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Alors que l’affaire Griveaux mobilise toute l’attention médiatique, certaines personnalités politiques et journalistiques remettent en cause le droit à l’anonymat sur les réseaux sociaux.

L’affaire Griveaux va-t-elle servir de prétexte pour réguler l’information sur les réseaux sociaux ? On est en droit de le craindre. En effet, depuis le lancement de cette affaire, un certain nombre de politiciens et de commentateurs se sont positionnés dans ce sens.

On peut tout de même s’interroger sur cette réflexion, lorsque l’on sait que cette affaire n’a pas été dévoilée par les réseaux sociaux, mais par l’activiste russe, Piotr Pavlenski, sur son site Internet. Si les réseaux sociaux ont en effet permis d’accélérer les choses, personne ne peut croire que les médias traditionnels auraient laissé passer une telle affaire de toute façon.

Contrôler les réseaux sociaux : une idée qui ne date pas d’hier

Le scandale Griveaux a plutôt tout du bon prétexte. Car cette volonté de contrôler les réseaux sociaux ne date pas d’hier, et c’est même une vieille marotte des politiques sécuritaires. On se souvient ainsi d’Eric Ciotti, membre des Républicains, qui déjà en 2016, demandait un contrôle de la carte d’identité sur les réseaux sociaux. Plusieurs autres politiciens se prononcent aussi dans ce sens depuis longtemps. On pense à Yannick Jadot, lassé d’être « insulté par des comptes anonymes », mais surtout à Emmanuel Macron qui n’a jamais caché sa volonté de contrôler l’information.

« Toutes les expressions sont légitimes mais toutes ne se valent pas. Je crois qu’on doit aller vers une levée progressive de toute forme d’anonymat et vers des processus où l’on sait distinguer le vrai du faux et où l’on doit savoir d’où les gens parlent et pourquoi ils disent des choses. Aujourd’hui on a beaucoup d’informations mais on ne sait pas d’où elle vient. » Emmanuel Macron en 2019

Aujourd’hui, ces déclarations trouvent un nouvel écho chez les Républicains et chez les Marcheurs. On a ainsi pu entendre Gérard Larcher, président LR du Sénat, déclarer qu’il « est grand temps de réguler les torrents de boue qui se déversent sur les réseaux sociaux. La liberté d’expression doit s’arrêter aux frontières de la vie privée que chaque citoyen est en droit d’exiger ». Même son de cloche pour la Macronie, où on a notamment pu entendre le député LREM Bruno Bonnel : « Internet, comme les plus grandes inventions de progrès, porte ses déviances que l’anonymat cautionne comme la calomnie ou la diffamation. Faisons de la France le pays de l’exigence et l’obligation de transparence des sources et sanctionnons les abus ».

Mais ces politiciens ne sont pas les seuls à se ranger du côté de la fin de l’anonymat. Pour l’éditorialiste Alain Duhamel, « l’anonymat fait ressortir mécaniquement ce qu’il y a de pire chez chacun ». Sans surprise, la LICRA, toujours dans les bons coups, a également pris ce parti. Pour l’association, « la régulation des réseaux sociaux est un impératif de survie démocratique ». On se demande bien où se trouve le rapport entre le bridage de la liberté d’expression et la démocratie… On nage en plein 1984.

Avons-nous besoin des réseaux sociaux pour éprouver de la haine ?

Toute cette affaire pourrait permettre de relancer la loi Avia, qui est toujours en discussion à l’Assemblée. Celle-ci devait permettre de lutter contre la haine en ligne, permettant aux plateformes de supprimer des contenus jugés illicites… Mais on se demande bien qui sera apte pour juger ce qui relève de la haine ou non… Toute critique d’Emmanuel Macron ou du libéralisme pourrait-elle constituer un acte de haine ? Et avons-nous besoin des réseaux sociaux pour éprouver de la haine ?

La fin de l’anonymat est une mauvaise idée

Pour Greg Tabibian, youtubeur sur la chaîne « J’suis pas content », la fin de l’anonymat sur Internet est une mauvaise idée. Selon lui, elle permet de « protéger sa vie privée », d’aller « outre une censure éventuelle », mais aussi d’entreprendre « des actions illégales ». En effet, une action illégale n’est pas nécessairement une action illégitime. On ne peut s’empêcher de penser à Julian Assange, actuellement enfermé pour des actions illégales mais justes. Peut-être serait-il encore en liberté s’il avait pu bénéficier de l’anonymat qu’offre les réseaux sociaux… Mais la contestation des gouvernements et de leurs lois ne fait sans doute pas parti des priorités d’Emmanuel Macron et de ses suiveurs…

Pourquoi la fin de l'anonymat sur internet est une mauvaise idée ?

Pourquoi la fin de l'anonymat sur internet est une mauvaise idée ?Intervention pleine de bon sens du youtubeur Greg Tabibian (aka J'suis pas content TV)

Publiée par Perspicace ? sur Samedi 23 février 2019

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erkaJoseph Boulier Auteurs de commentaires récents
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Joseph Boulier
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Joseph Boulier

C’est Éric Denécé, directeur du Centre Français de Recherche sur le Renseignement, qui disait tout à fait sérieusement dans son dernier entretien chez Thinkerview, que Facebook constituait “la plus grande agence de renseignement de masse au monde jamais mise en oeuvre”. Dans les faits, c’est donc bien à un fichage de masse que la fin de l’anonymat sur internet entrainerait mécaniquement. D’autre part, pour le cas présent, quel rapport entre l’affaire Griveaux et l’anonymat sur les réseaux sociaux ? Aucun : 1) La source de divulgation de la vidéo, l’artiste russe Piotr Pavlenski, ne s’en est jamais caché et l’a… Lire la suite »

erka
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erka

Ces béni-oui-oui saisissent n’importe quelle occasion pour tenter de limiter la liberté et pour contrôler les citoyens… D’une part, ce n’est pas parce que nous n’avons rien a cacher que nous souhaitons pour autant que l’on puisse lire a livre ouvert dans notre vie privée et d’autre part, s’emparer de l’affaire Benji Griveaux ou l’auteur de la publication des films que personne n’a forcé BG a faire ni a envoyer sur les réseaux sociaux a donné son identité et de plus s’est servi d’un site web créé pour l’occasion et pas des réseaux sociaux, pour demander la fin de l’anonymat… Lire la suite »

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