Sur-immigration oui, sur-tourisme non !

L’augmentation constante des flux touristiques est désormais perçue dans certaines métropoles comme une menace pour la qualité de vie. A Venise, Barcelone, Londres ou Amsterdam, les autorités prennent des mesures pour limiter l’afflux de visiteurs, en cherchant à privilégier la qualité sur la quantité. Tout en préservant les gains financiers.

Longtemps courtisés pour les recettes qu’ils génèrent, les touristes, lorsqu’ils sont trop nombreux, ne sont plus forcément les bienvenus. A Venise, Barcelone, Amsterdam ou Dubrovnik, Il ne s’agit plus d’attirer encore plus de visiteurs, mais au contraire de limiter un afflux vécu comme une menace pour la pérennité des lieux. En instaurant des quotas pour les sites les plus populaires. En limitant la durée des locations d’hébergement touristiques entre particuliers. Ou encore en régulant l’arrivée des paquebots de croisière. Ailleurs dans le monde, comme en Thaïlande ou aux Philippines, les autorités ont pris des mesures radicales, en fermant carrément certaines plages pendant plusieurs mois. Tour d’horizon.

Venise tente de protéger son écosystème

L’incident a marqué les esprits. Début juin, un paquebot de croisière a semé la panique à Venise, heurtant un quai alors qu’il tentait de s’amarrer , du fait d’une panne de moteur. Les autorités ont recensé quatre blessés légers. Si le pire a été évité, cet épisode a relancé la polémique à propos des dommages infligés à la Cité des Doges et à son fragile écosystème par ces géants des mers, censés pour les plus gros d’entre eux accoster bientôt dans un nouveau terminal construit à Marghera. Et plus généralement par l’afflux de touristes. Chaque année, plus de 30 millions de personnes visitent la Sérénissime. Le maire, qui demande désormais son inscription sur la liste Unesco du patrimoine en danger, multiplie les mesures pour la protéger.

En 2017, la création de nouveaux hôtels dans le centre-ville a été interdite, un quota de 20.000 participants a été fixé sur la place Saint-Marc pendant le carnaval et lors de certains jours fériés, et la fermeture de certaines rues et débarcadères décidée. Une taxe d’entrée devrait en outre être introduite en janvier prochain. Comprise entre 2,50 et 5 euros, jusqu’à 10 euros en haute saison, elle devrait être insérée dans les billets de train ou d’avion. Cette taxe devrait rapporter entre 40 et 50 millions d’euros, pour notamment financer les services d’entretien de la ville.

La Sardaigne instaure des numerus clausus

Comme Venise, Florence ou Rome sont aussi concernées par le tourisme de masse. Dans les trois communes, les amendes pour préserver les monuments et la propreté des rues ont été renforcées. Se baigner dans le grand canal, dans une des fontaines de la Ville éternelle ou pique-niquer sur les marches du Duomo coûte au moins 500 euros. Les autorités se réservent également la possibilité de prononcer des interdictions d’assister aux événements sportifs. A l’origine adoptées pour lutter contre le hooliganisme, elles servent désormais à écarter des centres-villes les touristes peu respectueux, que la presse transalpine qualifie « d’invasions barbares ».

Les villes ne sont pas les seules à être prises d’assaut et à se sentir menacées. En Sardaigne, de nombreuses plages ont instauré un numerus clausus compris entre 300 et 1.000 personnes par jour qui doivent s’acquitter d’un billet d’entrée entre 1 et 10 euros, selon qu’elles viennent à pied ou en voiture.

L’Italie, qui reçoit chaque année environ 60 millions de visiteurs, est le cinquième pays au monde attirant le plus de flux touristiques. Les autorités du pays ont promis de faire plus pour lutter contre l’afflux non maîtrisé de touristes… sans pour autant renoncer à la manne financière qu’ils génèrent. D’après les chiffres de Bankitalia, l’an dernier, elle s’est élevée à près de 42 milliards d’euros. Un chiffre en hausse de 5,7 %, alors que la croissance du PIB italien était de 0,85 % en 2018 et risque d’être nulle en 2019. Il s’agit désormais de privilégier la qualité sur la quantité. Pour lutter contre « le flux croissant de hâte et de superficialité » et promouvoir le tourisme de qualité, le directeur des Offices de Florence a par exemple fait passer le prix du billet d’entrée de 8 à 20 euros.

La colère gronde à Barcelone

En Espagne, c’est Barcelone qui se révolte contre l’overdose touristique. « Le tourisme tue la ville. » La banderole déployée au début du mois de juillet au coeur de la ville, sur la façade de la Pedrera, l’un des immeubles les plus emblématiques de l’architecte Antoni Gaudi, en dit long sur l’exaspération des habitants.

La colère gronde, mais pas partout en Espagne. Deuxième destination au monde, le pays a reçu 82,6 millions visiteurs l’an dernier et le tourisme qui rapporte 14,6 % du PIB, est perçu comme une manne bienfaisante. « Les problèmes sont médiatisés mais très localisés, ils sont moins liés au nombre de touristes qu’aux frictions avec les populations locales contraintes de partager un espace congestionné », constate le consultant Bruno Hallé, responsable de la section « hospitality » de Cushman & Wakefield. Il rappelle qu’à Benidorm ou dans toutes les stations balnéaires bondées de la côte méditerranéenne, où l’urbanisme est adapté, le grand nombre de touristes ne pose pas de problème.

Palma encadre l’hébergement touristique

Ce n’est pas le cas à Barcelone. Victime de son succès, la ville voit défiler 30 millions de visiteurs par an pour 1,6 million d’habitants et dans l’ancien quartier des pêcheurs de la Barceloneta, en bord de plage, les commandos d’activistes se révoltent contre les excès des hordes de vacanciers éméchés. La même colère court sur l’île de Majorque, épicentre du tourisme aux Baléares. « Tourists go home », lit-on sur les murs de Palma, la principale ville de l’île, où les prix de l’immobilier flambent et rendent l’accès au logement impossible pour les autochtones.

 

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