Anticipation, fermeture des frontières et port du masque obligatoire !

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La France traverse actuellement la pire crise sanitaire, économique et sociale de son histoire moderne, comme la quasi-totalité des pays dans le monde (2020 sera la pire année de récession en France depuis 1945). Au fil des jours, si le manque d’anticipation et de stratégie de nos dirigeants se fait de plus en plus ressentir, il existe des pays pourtant moins développés comme le Vietnam, qui résistent brillamment au virus. Quelle stratégie ont-ils adopté ? Quels choix différents ont-ils fait ?

Face au Coronavirus, le Vietnam partait pourtant clairement avec des désavantages majeurs par rapport à la France. Son PIB (soit la richesse produite dans le pays) est 1.000 fois inférieur à celui de la France, tout comme les revenus par habitant. En moyenne, les Français gagnent plus en un mois qu’un Vietnamien en un an. Sur le plan géographique et démographique, le Vietnam est peuplé d’environ 93 millions d’habitants contre environ 70 millions en France, sur un territoire deux fois plus petit que l’hexagone. Surtout, le Vietnam a une frontière terrestre de mille kilomètres avec la Chine, d’où est partie l’épidémie.

Le bilan à date est néanmoins sans appel : La France affiche plus de 117.000 contaminations et plus de 20.000 décès, contre à peine plus de 200 cas et aucun mort au Vietnam. Des chiffres jugés crédibles par l’OMS et l’Université John Hopkins (USA) référente en la matière. Quelles sont les raisons qui expliquent cela ?

Une meilleure anticipation et fermeture des frontières avec la Chine

Dès le 16 janvier, le ministère vietnamien de la Santé alertait les agences publiques de santé. Hanoï a mis en place dans la foulée un comité de gestion de crise réunissant scientifiques et ministères. Le gouvernement a réquisitionné personnels de soins retraités et étudiants en médecine, et a supervisé une montée en puissance de la production de masques (cette montée en puissance de la production nationale de masques a permis au pays d’offrir 550.000 masques à cinq pays d’Europe les plus touchés, dont la France, au début du mois).

Quelques jours plus tard, un premier cas est détecté sur le territoire. Hanoï suspend alors le trafic aérien en provenance de Chine. Le pays a été, le 1er février, un des premiers après la Russie à fermer sa frontière terrestre avec la Chine, malgré les récriminations de Pékin et à rebours des instructions de l’Organisation Mondiale de la Santé. Une décision d’autant plus forte que la Chine est le premier partenaire économique du Vietnam. Il semble ici que le gouvernement d’Hanoï ait agi avant tout dans l’intérêt sanitaire de la population. Le 13 février, après une période de vacances, décision est prise de ne pas rouvrir les écoles. Enfin, tous les voyageurs internationaux en provenance de l’étranger sont placés immédiatement en quarantaine quatorze jours, souvent dans des bâtiments militaires à l’extérieur des villes. Frédéric Noir écrit pour RFI: « j’ai moi-même été placé en quarantaine chez moi, parce que je revenais de Malaisie. »

Rappelons que, côté français, le ministère de la santé faisait mettre des affiches dans les aéroports en janvier, sans aucune autre mesure majeure. Les premières mesures prophylactiques (qui préviennent la maladie) ne sont prises en France que fin février.

Port du masque obligatoire et confinement moléculaire

Le Vietnam n’avait pas les moyens économiques de se lancer dans des dépistages massifs de la population par manque de test disponible (contrairement à la Corée du Sud par exemple, autre très bon élève dans la gestion de crise). En revanche, une stratégie d’isolement strict des premiers cas a été mise en place très rapidement. Qualifiée parfois de “low-cost”, la stratégie vietnamienne est pour le moment une réussite. Une commune entière de 10.000 habitants au nord de Hanoï a été totalement coupée du monde pendant trois semaines, parce qu’un cas positif y avait été détecté. De même, 1.600 personnes d’un même quartier ont été placées en isolement pendant vingt-huit jours dans le delta du Mékong à cause d’une seule personne testée positive. En tous, près de 100.000 personnes ont été placées en quarantaine, dans des camps militaires et des hôtels d’État.

Une stratégie qui se rapproche de celle mise en place en Grèce par exemple. Une stratégie que nous pourrions qualifier de “confinement moléculaire” ou confinement ciblé, contrairement à la France qui a fini par placer quasiment l’ensemble de la population, au lendemain d’une élection nationale mi-mars, en quarantaine. La tenue de cette élection a été tout bonnement catastrophique pour le bilan sanitaire de la France.

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La “stratégie” du gouvernement français sur le port du masque est quant à elle rocambolesque. Après avoir estimé que le port généralisé de masques était « inutile » pour lutter contre l’épidémie, l’exécutif fait marche arrière depuis quelques jours…

Ce n’est que le 1er avril, que le Gouvernement vietnamien prononce le confinement “total” de la population avec notamment l’interdiction des rassemblements, la fermeture des bars et des restaurants, et la forte recommandation de ne pas sortir de chez soi, sauf motif essentiel.

Frédéric Noir écrit sur ce point que le respect du confinement de la part de la population est très relatif… Ainsi, de nombreux Vietnamiens n’ont pas changé leurs habitudes. En revanche, tous ont un masque. Comme le souligne pour France Bleu Christophe Castellano, un habitant d’Aix-en-Provence coincé depuis le début du confinement à Saigon : « le port du masque est obligatoire partout depuis un mois et demi. Dans les rues je vois très peu d’européens et ceux que je vois sont les seuls à ne pas porter de masque ! Cela choque les Vietnamiens. Quand ils parlent de ce qu’il se passe en Europe, ils sont d’ailleurs sidérés de voir que personne ne porte de masques, pas même les policiers dans les rues. La situation est sous contrôle ici au Vietnam. C’est plus flippant quand je regarde les infos en France, c’est à se demander dans quel pays je vis ! »

Mais une surveillance accrue de la population

En France, la mise en place d’une application de “traçage numérique” permettant d’alerter les personnes ayant croisé une personne malade du coronavirus suscite des oppositions. Le Premier ministre Edouard Philippe souhaite un débat à l’Assemblée sur le sujet. Au Vietnam, la surveillance de la population est vécue de manière positive. À propos de sa mise en isolement, Frédéric Noir précise toutefois : « on a installé une caméra devant ma porte pour être sûr que je ne sorte pas. »

Un suivi rendu possible par « le strict quadrillage de la société et la surveillance de la population pratiqué par la police et les cellules du parti », souligne Benoît de Tréglodé, de l’Institut de recherche stratégique de l’école militaire et spécialiste du Vietnam. Une « forte intrusion dans la sphère individuelle qui ne constitue pas un enjeu politique dans ce pays à régime autoritaire », ajout-il, précisant que ce traçage « s’accompagne d’une politique de dénonciation publique des individus fautifs et, le cas échéant, d’un emprisonnement immédiat ». Une application mobile, NCOVI, a été lancée le 10 mars, pour inciter chacun à signaler sa condition sanitaire et être suivi en cas de contact avec une personne infectée. Une surveillance qui choque en occident. Du côté vietnamien, c’est la désinvolture affichée en Europe par les habitants au début la crise qui a fortement choqué.

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