On est plus à une connerie près...

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Selon une enquête de Franceinfo parue ce jour, plusieurs maires de France sont décédés après avoir été contaminés par le Coronavirus pendant la campagne et lors du premier tour des élections municipales. Dans un entretien au magazine Le Point repris dans la presse hier, Emmanuel Macron affirme « assumer totalement » la décision de maintenir le scrutin du 15 mars, deux jours avant de prononcer le confinement du pays.

Il n’y a bien sûr pas de lien direct entre les deux informations, mais le timing et la juxtaposition sont intéressants. S’il est très difficile de connaître le nombre réel d’élus victimes du Covid-19, l’enquête de Franceinfo s’appuie sur des témoignages pour démontrer que plusieurs Maires, souvent très âgés, sont décédés peu de temps après la tenue du premier tour des élections municipales. Ils présentaient tous des symptômes de l’épidémie en cours. Ces témoignages montrent aussi comment la campagne et la permanence dans les bureaux de vote le jour du scrutin ont été des facteurs très aggravants.

« Même si on avait mis en place les prescriptions du gouvernement pour les isoloirs et les distances, on était équipés de façon très sommaire », raconte l’Adjoint Alain Lalouette. Avant de poursuivre : « On a fait les élections à visage découvert. Pour les gens qui tenaient les bureaux, c’était comme en 14-18 sur le chemin des Dames, on était en première ligne ! ».  Alain Lescouët, le Maire sortant de 74 ans et figure locale, a été réélu quelques jours auparavant à la tête de Saint-Brice-Courcelles, dans la Marne. Pour son adjoint, il ne fait aucun que le Maire a contracté le virus le jour du scrutin, le dimanche 15 mars, alors qu’il tenait la permanence du bureau de vote avec lui. Monsieur Lalouette ressent lui aussi les premiers symptômes du Covid-19 dans les jours qui suivent le scrutin, et il n’est pas le seul. « Une dizaine de personnes du conseil municipal sur dix-neuf ont aussi été infectées. Toutes avaient participé au scrutin », soutient-il.

Jean-Jacques Zalay, 67 ans, Adjoint au Maire de Tracy-Le-Mont dans l’Oise, est décédé le 31 mars dernier. C’est précisément lors du dépouillement que les premiers doutes apparaissent, Jacques Zalay est “en sueur” de même qu’un autre conseiller. La Maire Sylvie Valente-le-Hir, raconte. « J’ai alors pensé au coronavirus », dit-elle, d’autant que quelques jours plus tard « d’autres membres du conseil municipal qui ont participé au dépouillement avec mon adjoint ont été malades, ainsi que des personnes venues nous aider ». Six personnes seraient tombées malade dans cette ville. Dans le même département, à Compiègne,  trois élus et trois employés de la mairie sont diagnostiqués positifs. Aujourd’hui guéris, ils ont pour point commun d’avoir été présents à la soirée organisée au soir du premier tour. Frederika Guillaume, journaliste à Oise Hebdo était présente à cette soirée : « Les gestes barrière ont disparu, plus personne ne pensait au Coronavirus […] Ce qu’on ne sait pas c’est que le chef de la police municipale, qui participe à la soirée, sera testé positif le lendemain. Que le directeur de cabinet, lui aussi présent dans la salle, va être dépisté positif la semaine suivante, de même que la directrice de communication de la ville, ainsi que l’adjoint à la culture, et le député Pierre Vatin ». Les témoignages complets sont à retrouver ici.

De nombreux autres cas d’élus contaminés

Selon France Bleu,  le Maire de Beurey-Bauguay (Côte-d’Or) et celui de Saint-Louis (Haut-Rhin) sont morts au mois de mars. Dans le Territoire de Belfort, Corinne Coudereau, Maire sortante de Valdoie et candidate a été testée positive le 9 mars, tout comme David Hecq, Maire sortant et battu à Hanzin-Saint-Aubin (Pas-de-Calais). Toujours dans le Nord, à Coudekerque-Branche, plusieurs assesseurs qui tenaient des bureaux de vote sont tombés malades, et 17 élus ont été infectés.

D’autres contaminations d’élus ont eu lieu durant la campagne comme à Crépy-en-Valois (Oise) où le 1er mars, le maire sortant Bruno Fortier, est dépisté positif. La campagne est alors suspendue, la commune confinée et les lieux publics fermés, bien avant le reste de la France. Selon l’Agence régionale de santé (ARS) il aurait pu être contaminé à la mi-février, lors d’un conseil des élus de la communauté de communes. Mais avant d’être testé, Bruno Fortier a croisé, et donc contaminé potentiellement, près d’une centaine de personnes : « j’ai vu régulièrement le personnel, les élus », explique-t-il.

Macron assume totalement la tenue du premier tour

Il ne fait aucun doute que les candidats battant campagne, serrant des mains, organisant des réunions publiques n’ont fait qu’empirer le problème malgré eux. Pourtant, l’affaire était connu au plus haut sommet de l’État comme l’a révélé Agnès Buzyn, l’ex-ministre de la santé. « Quand j’ai quitté le ministère, je pleurais parce que je savais que la vague du tsunami était devant nous. Je suis partie en sachant que les élections n’auraient pas lieu […] Depuis le début je ne pensais qu’à une seule chose : au coronavirus. […] La dernière semaine a été un cauchemar. J’avais peur à chaque meeting. J’ai vécu cette campagne de manière dissociée », a-t-elle déclaré le 18 mars au Monde.

« On aurait dû tout arrêter, c’était une mascarade » Agnès Buzyn, ministre de la santé puis candidate à la mairie de Paris

Dans un entretien avec Le Point dont les extraits sortent actuellement dans les médias, Emmanuel Macron assure « assumer totalement » le maintien du premier tour des élections municipales le 15 mars sur fond de propagation du Covid-19. « Si le Conseil scientifique m’avait dit que les maintenir mettrait la santé des Français en danger, je ne les aurais pas maintenues. J’assume totalement la décision. Si le Conseil scientifique nous éclaire par des avis, il y a tout au long de cette crise un ordre politique et un ordre scientifique », explique le Président.

De son côté, le président du Mouvement démocrate (MoDem) François Bayrou, a affirmé que le chef de l’État avait renoncé à l’idée de reporter les élections sous la pression des « oppositions criant au déni de démocratie ». Nous avions démontré dans un précédent article que Laurent Fabius, président du Conseil constitutionnel français (la plus haute juridiction de France), farouche opposant au report des élections, a été l’un de ceux qui avait lourdement influencé Macron dans son choix.

Fabius et Larcher auraient convaincu Macron de ne pas repousser les élections municipales

Une question nous vient alors légitimement. Laurent Fabius, “responsable mais pas coupable” dans le scandale du sang contaminé, Agnès Buzyn ou encore Emmanuel Macron répondront-ils de leur gestion de la crise le jour d’après ? Rien n’est moins sûr…

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AdKaaris
3 mois il y a

il assume tout ce merdeux … pendouiller au bout d’une corde aussi si c’est le prix ?
le peuple ne demandera pas ta permission tu sais, à ton ministre de l’intérieur ou le prem