Paris a vivement dénoncé la posture de son allié américain qu’elle accuse d’avoir vidé de sa substance une résolution adoptée ce mardi soir, censée intensifier la lutte contre les violences sexuelles faites aux femmes lors des conflits. La Russie et la Chine se sont abstenues.

Face au risque d’une impasse, la France a fait entendre sa voix. À l’ONU, Paris a vivement dénoncé la position des États-Unis pour avoir vidé de sa substance une résolution, adoptée à une large majorité ce mardi soir, censée intensifier la lutte contre les violences sexuelles faites aux femmes lors des conflits. «Nous sommes consternés par le fait qu’un État ait exigé le retrait de la référence à la santé sexuelle et reproductive pourtant agréée» dans de précédentes résolutions en 2009 et 2013, a déclaré l’ambassadeur français à l’ONU, François Delattre. «Nous déplorons que des menaces de veto aient été agitées par des membres permanents de ce Conseil pour contester 25 ans d’acquis en faveur des droits des femmes dans des situations de conflits armés», a-t-il ajouté.

«Les femmes doivent pouvoir disposer librement de leur corps» François Delattre, ambassadeur français à l’ONU

Après amputation de nombreuses mentions à la demande des États-Unis, mais également de la Russie et de la Chine, la résolution a été adoptée par 13 voix et deux abstentions, celles de Moscou et Pékin. «Des concessions importantes ont été accordées sous la pression de plusieurs membres permanents qui n’ont pas permis au texte d’aller aussi loin que nous l’aurions souhaité», a poursuivi François Delattre. «Il est inexplicable que l’accès à la santé sexuelle et reproductive ne soit pas explicitement reconnu aux victimes de violences sexuelles, elles qui sont souvent la cible d’atroces exactions et de mutilations barbares», a aussi lancé le diplomate. Alors que les «victimes ont de toute évidence besoin de ces soins», «cette omission est inacceptable et porte atteinte à la dignité des femmes», a-t-il insisté. «De même, il est intolérable et incompréhensible que le Conseil de sécurité soit incapable de reconnaître que les femmes et les filles qui ont subi des violences sexuelles en temps de conflit et qui n’ont évidemment pas choisi d’être enceintes, ont le droit d’avoir le choix d’interrompre leur grossesse», a-t-il dit. «Les femmes doivent pouvoir disposer librement de leur corps», a-t-il réclamé.

À l’origine de cette querelle diplomatique, un projet de texte allemand qui voulait établir un groupe de travail formel, mettre en place un «mécanisme» pour aider à faire traduire les coupables en justice et développer la protection des victimes en leur reconnaissant des droits en matière de droits sexuels et reproductifs. Selon des diplomates, l’opposition de l’administration conservatrice de Donald Trump a été déterminante pour empêcher un consensus à ce sujet. Depuis plus d’une semaine, Washington s’est efforcé de gommer dans le texte les mentions relatives aux femmes tombant enceintes après un viol, afin de ne pas favoriser les avortements. «Le texte a été réduit à sa portion congrue et il n’y a plus grand-chose», déplore un diplomate. «Les Américains ont pris en otage une négociation à partir de leur idéologie, c’est scandaleux», abonde un autre diplomate.

Les Nobel de la Paix 2018 réclament justice à l’ONU

Ce mardi, les Nobel de la Paix 2018 congolais Denis Mukwege et yazidie Nadia Murad ont appelé le Conseil de sécurité de l’ONU à ce que justice soit rendue aux victimes de violences sexuelles dans les conflits. «Pas une seule personne n’a été traduite en justice pour esclavage sexuel», a dénoncé Nadia Murad en évoquant sa communauté détruite par le groupe djihadiste État islamique en Irak et Syrie. «Les espoirs d’une génération entière ont été détruits», a-t-elle ajouté, évoquant un «échec collectif» de la communauté internationale. «Nous prononçons des discours à l’ONU mais aucune mesure concrète ne suit» en matière de justice et «rien n’a été fait», a-t-elle insisté.

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