Bel exemple de patriotisme !

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Le groupe français a créé la polémique, en affirmant qu’il servirait “en premier” les États-Unis en cas de vaccin contre le Coronavirus, avant de rétropédaler face aux critiques, notamment de l’Élysée. Néanmoins, l’Europe devra tout de même s’aligner financièrement sur l’offre américaine pour que l’entreprise française daigne lui fournir les potentiels futurs vaccins. Rappelons que Sanofi a annoncé il y a quelques jours des profits records pour le premier trimestre 2020, tout en payant un minimum d’impôts en France.

La direction de Sanofi a tenu un discours pour le moins discutable, ce mercredi, autour de la distribution d’un potentiel vaccin contre le Covid-19. La polémique est ainsi née quand le directeur général du groupe pharmaceutique, Paul Hudson, a affirmé mercredi qu’il servirait « en premier » les États-Unis s’il trouvait un vaccin. La raison évoquée ? Financière bien sûr, car les USA « partagent le risque  » des recherches dans le cadre d’un partenariat avec BARDA, l’autorité pour la recherche et le développement dans le domaine biomédical, rattachée au ministère américain de la santé. « (Le gouvernement américain) a le droit aux plus grosses précommandes, car (les États-Unis) ont investi pour essayer de protéger leur population », a expliqué Paul Hudson dans un entretien à l’agence Bloomberg.

Selon l’intéressé, cette “avance” aurait été de quelques jours voire quelques semaines. Quelques heures plus tard, face à la polémique naissante, le groupe a précisé dans un communiqué que « la production sur le sol américain sera principalement dédiée aux États-Unis et le reste de la production sera alloué à l’Europe, à la France et au reste du monde ». Sanofi s’est aussi engagée à ce que son éventuel vaccin « soit accessible à tous ».

Une histoire d’argent avant tout

Olivier Bogillot, le président de Sanofi France, a lui aussi tenté d’éteindre l’incendie hier matin sur BFMTV. « Non, je ne la confirme pas [cette priorité donnée aux Américains]. Il est évident que si Sanofi découvre un médicament ou un vaccin contre le Covid-19, et qu’il est efficace, il sera accessible à tous. […] Le débat est clos, je peux rassurer les Français et le gouvernement français, il y aura un vaccin mis à disposition des patients français s’il est découvert », a-t-il déclaré.


Cependant, Monsieur Bogillot a avoué qu’il s’agissait avant tout d’une problématique financière. À la question de savoir si le vaccin sera disponible pour la France en même temps qu’aux États-Unis, celui-ci a répondu que « si les Européens travaillent aussi rapidement que les Américains, ça ne fera aucun doute ». Le président de Sanofi France demande ainsi à l’Union Européenne de se montrer aussi « efficace » que les États-Unis pour financer le développement de son vaccin, expliquant que la somme versée outre-Atlantique se chiffre déjà à plusieurs « centaines de millions d’euros ».

Des déclarations initiales qui n’ont pas du tout plu du côté des autorités françaises

La secrétaire d’état à l’économie, Agnès Pannier-Runacher, a indiqué avoir immédiatement contacté le groupe pharmaceutique français après les propos de son directeur général. Puis, elle s’est exprimée ce matin à ce sujet sur Sud Radio : « Pour nous, ce serait inacceptable qu’il y ait un accès privilégié de tel ou tel pays sous un prétexte qui serait un prétexte pécuniaire ».  Avant de poursuivre : « le patron de Sanofi France m’a confirmé que le vaccin serait accessible à tous les pays et évidemment (…) aux Français, ce d’autant qu’il a des capacités de production en France. » 

La présidence a estimé quant à elle que « ce vaccin doit être extrait des lois du marché ». Puis de déclarer : « les efforts déployés ces derniers mois montrent qu’il est nécessaire que ce vaccin soit un bien public mondial. » Fidèle à sa vision supranationale, Emmanuel Macron a insisté pour arriver à construire une réponse collective et coordonnée face à la pandémie, autour d’acteurs multilatéraux. Enfin, l’Élysée a précisé qu’Emmanuel Macron recevrait des dirigeants de Sanofi en début de semaine prochaine pour échanger.

De son côté, le premier ministre Edouard Philippe, a par ailleurs assuré que le président du conseil d’administration, le Français Serge Weinberg, lui « a donné toutes les assurances nécessaires quant à la distribution en France d’un éventuel vaccin Sanofi ». Au vue des premières déclarations de nos gouvernants sur les masques, nous pouvons être sceptique.

Sanofi, entre optimisations fiscales et profits records

Sanofi est un géant du secteur pharmaceutique, connu principalement pour être le fabriquant du Doliprane. Il y a moins d’un mois, le groupe français a annoncé un chiffre d’affaires record de près de 9 milliards d’euros au premier trimestre 2020 (+ 6,9% par rapport au trimestre précédent). Contrairement à d’autres secteurs d’activité, Sanofi profite pleinement de l’épidémie de Covid-19. Rappelons également que le groupe verse des dividendes en hausse constante depuis 26 ans à ses actionnaires.

LIRE AUSSI > Sanofi affiche des ventes et des résultats records sur fond de Coronavirus

En 2013, en plein plan social, l’entreprise pharmaceutique avait selon L’Humanité, économisé des dizaines de millions d’euros via des techniques d’optimisation fiscale. Le journal s’était procuré un document confidentiel élaboré par le cabinet d’expertise Syndex et présenté au comité d’entreprise. Dans ce document, on y apprenait comment Sanofi parvenait à s’exonérer d’au moins 160 millions d’euros en toute “légalité”. Sur les plus de 600 millions d’euros d’impôts que Sanofi devait payer en 2012, L’Humanité assure que plus des trois quarts de la somme se seraient envolés en raison du crédit d’impôt recherche ou encore des réductions d’impôts liées au mécénat.

Nous nous interrogeons donc sur le peu de patriotisme affiché par le groupe français en ces temps de crise sanitaire. Une entreprise qui profite en outre largement des déductions d’impôts pour les groupes du CAC 40 mises en place par nos dirigeants successifs (Carrefour et Peugeot n’auraient pas payé d’impôts sur les sociétés en 2017). Un président et des membres du gouvernement qui se sont offusqués très rapidement de cette affaire, pour la forme, mais qui ne semblent pas si pressé de mettre fin à leurs pratiques d’évasion fiscale. Notons pour conclure que des connivences existent entre politiques et groupes pharmaceutiques. Emmanuel Babeau (DG de Schneider-Electric et administrateur de Sanofi) faisait par exemple parti du dernier Dîner du Siècle fin février, qui réunit dans le plus grand secret des hauts fonctionnaires d’État, des chefs d’entreprises, des hommes politiques de droite ou de gauche, et des représentants du monde de l’édition et des médias de premier plan…

Très rassurant.

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Christine Garcia
2 mois il y a

Qu’ils se foutent leur vaccin où je pense NOUS N’EN VOULONS PAS !