Un fossé sépare les Français de la bande à Macron

Les danseurs et danseuses de l’Opéra de Paris bénéficient, depuis Louis XIV, d’un régime spécial de retraite et sont bien évidemment visés par la réforme en cours, elle-même commanditée par l’Union Européenne. En grève depuis plusieurs jours, ils ont obtenus une concession de la part du gouvernement : ne seront touchés par les nouveaux barèmes que les futurs entrants à l’Opéra à partir de 2022. Une proposition rejetée par les danseurs au nom de la protection de leur art sur le temps long.

Les « petits rats » partent actuellement à la retraite à l’âge de 42 ans. Ce régime spécial leur a été accordé en 1698 afin de tenir compte de la pénibilité de leur métier, des risques de blessures et surtout du niveau d’excellence demandé par leurs représentations. En effet, il est difficile d’imaginer continuer à danser les grands ballets au-delà d’un certain âge avec le même niveau d’excellence. Il est dès lors aisé de comprendre que supprimer le régime spécial des danseurs et danseuses de l’Opéra revient à tuer ce métier, car qui voudra être danseur de haut niveau, se sacrifier à la tâche, sans espoir d’avoir une retraite avant 64 ans, voire plus ? Voilà pourquoi l’Opéra de Paris est en grève depuis le 5 décembre. Le 24 décembre dernier, en pleine rue, devant l’Opéra Garnier à Paris, les danseurs et danseuses ont interprété le Lac des Signes, en signe de protestation. Instant magnifique.

Mais cette grève a un coût pour l’institution. Elle a entraîné l’annulation de près de 50 ballets et opéras. L’Opéra estime avoir perdu près de 8 millions d’euros de recettes de billetterie depuis le début du mouvement. Dans de telles circonstances, il était évident que le gouvernement allait tenter de les amadouer…

Une tentative de compromis qui ne passe pas

Selon Les Echos du 26 décembre 2019, le ministre de la culture Franck Riester et le nouveau secrétaire d’État chargé des retraites Laurent Pietraszewski, ont adressé un courrier commun trois jours plus tôt au directeur général de l’Opéra de Paris, Stéphane Lissner. « La réforme entrera en vigueur pour les danseurs recrutés après le 1er janvier 2022, tandis que les règles actuelles seront maintenues pour les danseurs recrutés avant cette date » ont-ils notamment écrit dans ce courrier. L’exécutif a donc en quelque sorte proposé à l’Opéra de Paris d’épargner les danseurs actuels mais de sacrifier les futures générations de danseurs. Ce sera non.

En effet, les professionnels de l’Opéra de Paris ont opposé une fin de non-recevoir au gouvernement. Dans un texte publié le 27 Décembre, et partagé sur les réseaux sociaux par plusieurs membres de l’Opéra, ces derniers ont vivement rejeté le “geste” du gouvernement.

« Il nous est proposé d’échapper personnellement aux mesures, pour ne les voir appliquées qu’aux prochaines générations. Mais nous ne sommes qu’un petit maillon dans une chaîne vieille de 350 ans. Cette chaîne doit se prolonger loin dans le futur: nous ne pouvons pas être la génération qui aura sacrifié les suivantes »

Diviser pour mieux régner

C’est une stratégie vieille comme le monde que semble choisir le gouvernement depuis le début des grèves, les plus longues de la cinquième République : diviser pour mieux régner. Mais cette tentative de division – comble du vice – s’étend désormais aux générations entre elles. La “clause du grand-père” n’est autre que la tentative de faire entériner par les générations présentes le sacrifice des générations futures. Il a rarement été vu de calcul plus cynique et immonde. D’ailleurs, le fait même que le gouvernement propose cette clause n’est-il pas le signe qu’ils savent que leur réforme est intrinsèquement inacceptable ? Sinon, pourquoi proposeraient-ils de la faire appliquer aux Français de demain par les Français d’aujourd’hui qui en seraient épargnés ? Car ils croient que l’individualisme primera sur la conscience filiale du peuple français. Ils projettent sur les autres ce qu’ils sont eux-mêmes. Mais il n’y a rien de plus faux et la réponse de l’Opéra de Paris en est le symbole : les Français ne se battent plus pour eux-mêmes, ils se battent pour quelque chose qui est plus important encore à leurs yeux : leurs enfants, les générations futures, la France de demain qu’ils ne verront pas.

C’est pour elle qu’ils se battent et c’est ce qui fait que leur résistance est, contrairement à ces réformes, véritablement “universelle“.

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