Le ministre français des finances, Bruno le Maire, a confirmé mercredi le probable veto de la Commission européenne au rapprochement entre les deux entreprises, qu’il a qualifié d’« erreur ».

Le ministre français des finances, Bruno le Maire, a confirmé mercredi 6 février le rejet attendu par la Commission européenne du projet de fusion entre Alstom et Siemens, fustigeant « une erreur » qui « va servir les intérêts » de la Chine. « Je crois que les jeux sont faits, a affirmé le ministre sur France 2. Je le regrette profondément parce que je considère que c’est une erreur économique. »

Le groupe français Alstom tiendra, mercredi 6 février dans l’après-midi, un bureau du comité européen extraordinaire qui pourrait acter l’échec du projet de rapprochement avec l’allemand Siemens dans le ferroviaire, a informé, mardi 5 février, une source proche du dossier.

La même source indique que le PDG d’Alstom, Henri Poupart-Lafarge, devrait probablement annoncer aux dirigeants et salariés que le projet de mariage avec Siemens ne se fera pas. Dans une interview au Figaro mardi, M. Poupart-Lafarge, estimait « probable » un rejet du projet de rapprochement avec le conglomérat allemand dans le ferroviaire par la Commission européenne.

Malgré les pressions de Berlin et Paris, qui espéraient créer un champion européen du rail face à la concurrence chinoise, la commissaire européenne à la concurrence, Margrethe Vestager, devrait mettre son veto au projet de fusion, annoncé en grande pompe en septembre 2017, ont affirmé à l’AFP trois sources à Bruxelles et une source du gouvernement français. La commissaire danoise s’est inquiétée à maintes reprises des effets de ce rapprochement. Il réduirait le nombre d’industriels rivaux dans l’Union, ce qui risquerait de faire monter les prix des trains pour les compagnies ferroviaires, et celui des billets pour les consommateurs.

« Règles du jeu équitables »

De façon assez inhabituelle, le président de la Commission, Jean-Claude Juncker, a défendu mardi, dans un discours à Bruxelles, la politique européenne de la concurrence. Elle avait été vivement attaquée ces dernières semaines par les gouvernements français et allemand, ainsi que par les industriels de ces deux pays.

« Nous permettrons toujours une concurrence équitable pour les entreprises et, en fin de compte, pour les consommateurs (…). Nous ne ferons jamais de politique ou de favoritisme quand il s’agit d’assurer des règles du jeu équitables », a lancé le Luxembourgeois. Autrefois encensée par le président français Emmanuel Macron pour son intransigeance vis-à-vis des GAFA, Mme Vestager est devenue la cible d’attaques plus ou moins directes de Paris et Berlin.

Les deux capitales, comme les industriels, craignent la concurrence du chinois CRRC, numéro un mondial du ferroviaire né du rapprochement de deux entreprises d’Etat contrôlées par Pékin. CRRC fabrique 200 trains à grande vitesse chaque année, et Siemens-Alstom 35, notait récemment Bruno Le Maire.

Mardi, une source gouvernementale française a estimé que le veto attendu de Bruxelles était « symptomatique d’une certaine idéologie de la Commission qui va à l’encontre des intérêts européens », regrettant une interprétation des règles « extrêmement stricte » de la part de Bruxelles. Selon cette source, ce refus constitue « un cadeau à la Chine » qui voit s’ouvrir le marché européen, alors qu’elle se protège avec des subventions élevées et que son marché est « aujourd’hui extrêmement fermé ».

Le même jour, le ministre allemand de l’économie, Peter Altmaier, a également plaidé pour une politique favorisant des regroupements à l’échelle européenne, pour créer des groupes capables de jouer « à égalité » sur la scène internationale et une révision du droit européen de la concurrence. « N’y a-t-il pas des domaines tels que l’aviation, les chemins de fer, les banques où vous devez prendre le marché mondial comme référence plutôt que l’européen ? », a fait valoir le ministre.

Source lemonde.fr – lire la suite de l’article

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