Entretien avec Éric Beynel

[PAR REPORTERRE.NET]

Le projet de loi d’urgence sanitaire a été présenté en Conseil des ministres mercredi 18 mars. Ce texte prévoit « un accroissement exorbitant des pouvoirs » d’un gouvernement, qui agit « surtout à sauver le capitalisme », selon le syndicaliste Éric Beynel.

Éric Beynel est porte-parole de l’Union syndicale Solidaire. Fondée en 2003, cette union syndicale interprofessionnelle est composée de fédérations, de syndicats nationaux et d’unions locales et régionales. Elle a comme « leitmotiv la transformation sociale ou la mise à bas du capitalisme ».


Reporterre — Que pensez-vous du projet de loi d’urgence sanitaire élaboré par le gouvernement ?

Éric Beynel — Il prévoit un accroissement exorbitant des pouvoirs d’un gouvernement qui nous a appris dans le passé récent qu’il bafouait allègrement les libertés, comme celles de manifester, de se réunir ou de circuler librement. Donc, on n’est pas rassuré quand il s’arroge des pouvoirs supplémentaires, comme celui de modifier les règles de la santé du travail.

Tel qu’il est écrit, ce texte est une atteinte aux libertés individuelles et une restriction du droit du travail. Le problème est qu’on ne voit pas où sont les contre-pouvoirs car la vie démocratique est à l’arrêt depuis une semaine. Les décisions doivent être prises de manière plus équilibrée, sans autoritarisme : tout le monde sait ce qu’il doit faire pour gérer la crise. Il faut de la transparence sur les faits et de la cohérence sur les actes.


Le texte prévoit des dérogations au droit du travail notamment pour des entreprises essentielles. De l’autre côté, l’interdiction des licenciements n’a pas été retenue. Protège-t-on plus les employeurs que les salariés dans cette crise ?

J’ai l’impression que oui. Quand les salariés sont sur leur lieu de travail, ils le sont dans le cadre d’un contrat de travail. L’employeur est le seul responsable de la santé et de la sécurité des salariés. Il n’est pas normal que la majorité des dispositifs de sécurité soit à la charge des salariés et non des employeurs. Partout où les travailleurs veulent se protéger, patrons et ministres se mettent en travers de leur route. Il faut pouvoir cesser le travail là où il n’est pas indispensable.

Mais, quelles sont les entreprises essentielles ? Il faut se réunir collectivement pour définir ce qu’est une entreprise indispensable et ne pas laisser ces décisions entre les mains du seul gouvernement. Est-ce qu’on a besoin de construire des bateaux, des voitures, des avions ? On a besoin des gens qui travaillent dans le logement, dans la production alimentaire et dans la santé. Tous les autres doivent rester chez eux. L’économie doit être au service de tout le monde et pas de quelques-uns. Pour le gouvernement, il s’agit surtout de sauver le capitalisme.

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