Le champion des frappes de drones, Obama ou Trump ? La réponse va vous surprendre


Par Pierre Martin pour le Journal de Montréal

Les apologistes du président Trump citent parfois en exemple les frappes aériennes par drones à l’appui d’arguments selon lesquels, en dépit de sa rhétorique musclée, les actions militaires de l’administration Trump à l’étranger sont plus modérées que celles de son prédécesseur. Les données disponibles n’appuient pas cette prétention.

Dans ma dernière chronique, le passage suivant m’a valu quelques commentaires sceptiques de la part de lecteurs qui semblent croire que je prends des libertés avec les faits, ce qui n’est pas dans mes habitudes :

« Les apologistes de Trump le présentent souvent comme un modéré en rappelant que son prédécesseur utilisait massivement des bombardements aériens par drones et qu’on n’entend plus parler de ces bombardements. En fait, il y a eu plus de bombardements par drones dans les deux premières années de l’administration Trump que pendant les huit ans d’Obama. »

Qu’en est-il ? Qui est le champion des attaques de drones ?

Il est vrai qu’on entend beaucoup moins parler des bombardements par drones menés par l’aviation américaine contre ses adversaires dans la «Guerre au terrorisme» et autres conflits affiliés depuis l’arrivée au pouvoir de Donald Trump qu’on en entendait parler pendant les années Obama. Il y a trois bonnes raisons à cela. D’abord, le cirque à cinq pistes que constitue la présidence Trump fait en sorte qu’il est facilement excusable qu’on perde un peu la trace de conflits lointains. Ensuite, comme les critiques des frappes aériennes menées par l’administration Obama venaient autant de l’opposition que de ses propres partisans, il était normal qu’on leur fasse beaucoup de place. D’autant plus que l’image d’un récipiendaire du prix Nobel de la paix qui exécutait sommairement les ennemis qui se trouvaient sur sa kill list était un peu dissonante. Troisièmement, et c’est là la plus importante raison, l’administration Obama avait mis en place des règles strictes de transparence qui l’obligeaient à rapporter publiquement les statistiques d’utilisations de frappes aériennes par drones et surtout les estimations du nombre de victimes civiles collatérales de ces attaques. L’administration Trump a été beaucoup moins enthousiaste à appliquer ces règles de transparence et, en mars 2019, le président a signé un décret qui révoquait ces règles et qui rendait par conséquent beaucoup plus opaques les opérations militaires américaines à l’étranger.

Donc, est-il vrai que les frappes aériennes par drones ont diminué pendant les années Trump? Pas du tout. En fait, elles ont significativement augmenté. Parmi les données à ce sujet qui sont publiquement disponibles, celles du Bureau of Investigative Journalism (un organisme indépendant basé à Londres) sont probablement les plus complètes. Elles indiquent la progression des frappes aériennes américaines sur différents théâtres d’opération en rapportant le nombre de frappes et le nombre estimé de victimes (combattants présumés et civils).

Les statistiques peuvent être obtenues sur le site du Bureau of Investigative Journalism.

  • Au Pakistan, 375 frappes ont été menées pendant l’administration Obama mais le déplacement des opposants vers la fin du mandat a fait en sorte que les frappes ont cessé depuis l’été 2015 (entre 2095 et 3415 tués, dont entre 237 et 634 civils), alors qu’il n’y a eu aucune frappe rapportée dans ce pays après janvier 2017.
  • Au Yemen, on rapporte 162 frappes de janvier 2009 à janvier 2017, qui ont fait de 801 à 1100 tués, dont entre 133 et 170 civils. De janvier 2017 à janvier 2019, on compte 166 frappes (213-278 tués, dont 41-55 civils). Plus de frappes en deux ans qu’il n’y en avait eu pendant les huit années précédentes, mais elles ont fait moins de victimes.

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Avlula
6 mois il y a

Ok, intéressant et bon à savoir, ça ouvre un champ d’investigation.
https://www.thebureauinvestigates.com/projects/drone-war/charts?show_casualties=1&show_injuries=1&show_strikes=1&location=afghanistan&from=2015-1-1&to=now
Était-il possible (et souhaité) par Trump de faire cesser immédiatement les opérations militaires en question, commencées bien avant son arrivée ? Avec quelles conséquences ?

Bakloe
6 mois il y a

OBAMA a préféré la guerre par proxy, ainsi il n’entachait pas son image de grand pacifiste sauf que l’armée syrienne et ses alliés en libérant ALEP, ont fait prisonnier des pseudos rebelles djihadistes qui comptaient parmi leur état major, des militaires de l’OTAN de différentes nationalités et ô surprise ! même des agents israéliens. Pour ceux qui ont suivi la guerre d’agression contre la Syrie dès 2011 par l’OTAN en soutien de la pustule israélienne, même de loin c’était à vomir et à pleurer. Je n’ose imaginer pour les syriens. Avec son VICE-président Joe BIDEN, il a bien illustré ses… Lire la suite »

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