Échanges vifs et directs entre Agnès Buzyn et des soignants en grève – et en souffrance – aux urgences Saint-Antoine, à Paris. La ministre les a rencontrés jusque tard dans la soirée de mercredi à jeudi. Nous y étions.

Au bout de quelques minutes de discussion, Agnès Buzyn s’interrompt. « Pardon Théo, s’adresse-t-elle à l’infirmier en face d’elle, je ne vous ai pas vu sur une vidéo sur Twitter ou YouTube ? Vous parliez de la grève. Vous étiez fatigué. » « Mais je suis fatigué Madame », souffle, ému, l’intéressé.

« Ils le sont tous », renchérit Fabien Brigant, médecin urgentiste, tout en désignant la douzaine d’infirmiers et d’aides-soignants réunis autour de la table. Jusqu’à minuit trente dans la nuit de mercredi à jeudi, la ministre de la Santé s’est invitée aux urgences de l’hôpital Saint-Antoine, à Paris. Une rencontre surprise que nous avons pu suivre en exclusivité.

« Vous ne nous avez pas reçus »

Le service n’a pas été choisi au hasard. C’est d’ici qu’est parti l’immense mouvement de contestation national, après l’agression de trois soignants par un patient le 13 janvier. « Cela fait si longtemps que l’on attendait de vous voir. On s’est déplacé jusqu’à votre ministère et vous ne nous avez pas reçus. Et là, vous venez à l’improviste… », lui reproche Laure, une infirmière dubitative qui en a gros sur le cœur du manque de personnel, des moyens limités, de l’absence d’intimité des malades alignés dans une chambre lugubre.

Plus loin, une patiente âgée termine son repas, allongée sur un lit trônant au milieu d’une salle d’attente. « Débarquer ainsi permet de sortir des postures et de se parler plus simplement », lui répond Agnès Buzyn.

Cet hôpital, elle le connaît bien. Avant d’être ministre de la Santé, la professeure Buzyn y avait sa consultation en hématologie, comme en témoigne la plaque encore apposée sur son ancien bureau, au 6e étage de l’établissement. « Je sais vos difficultés. La dégradation, je l’ai vécue. Je fais tout pour sauver l’hôpital. Dites-moi ce que vous attendez de moi », demande-t-elle.

Prime de risque

Déjà, une reconnaissance de la spécificité de leur travail. « On est sous-payés », résume Théo. N’en déplaise au calme olympien qui règne ce mercredi soir, les difficultés sont bien là. Un peu plus tôt, dans un box, un patient a tenté de se pendre, rapportent les soignants. « Les méningites, Ebola… on est en première ligne ! Les tubés, les drogués, on fait les soins ici », détaillent-ils.

« En plus de ma réforme de fond, je travaille dans l’immédiat à cette prime de risque. Ce vendredi nous avons la première réunion de la mission que j’ai installée. Je dégage aussi de l’argent pour que, lors des périodes en tension, vous puissiez recruter du personnel en plus », liste à son tour Agnès Buzyn qui assure avoir demandé que, au niveau national, on lui « rende des comptes » sur la gestion des lits.

La ministre leur confie avoir visité en décembre les urgences de la Pitié Salpêtrière, à Paris. Elle en est ressortie « hors d’elle » en constatant que les patients souffrant d’un cancer arrivaient par les urgences. « C’est scandaleux ». Devant elle, les soignants haussent les épaules. Ces situations, ils les vivent au quotidien.

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