Encore une belle illustration du monde d'après ?


En Guyane, EDF veut construire une centrale thermique au fioul sur plus de 24 hectares de mangrove. Sur place, les associations dénoncent une catastrophe écologique.

Dans le département d’outre-mer frontalier du Brésil, un projet scandalise actuellement les défenseurs de la planète, celui de la centrale dite du « Larivot » d’une capacité de 120MW. En plus des retombées climatiques, sa construction nécessiterait en effet de raser plus de 24 hectares de mangrove (écosystème de marais maritimes) et de forêt. Le projet coûterait également très cher, puisqu’il ne mobiliserait pas loin d’un demi milliard d’euros.

90 mètres cubes d’eau contaminée par jour rejetée dans la nature

Le choix du fioul comme source d’énergie en 2020 apparaît lui comme d’une autre époque. Mais il n’est malheureusement pas la seule aberration de cette histoire. En effet, la centrale sera bâtie en zone inondable, et risquera donc une submersion marine. Par ailleurs, elle s’accompagnera de la construction d’un oléoduc de 14km. Outre les risques de fuites, non négligeables, il nécessitera 225.000 mètres cubes de remblais en pleine zone humide. Pire encore, 90 mètres cubes d’eau contaminée seront déversées chaque jour dans la mangrove. Entre la faune marine et la flore, c’est tout un écosystème qui est ainsi menacé.

Remplacer du polluant par du polluant

Cette nouvelle structure doit remplacer l’actuelle centrale, « extrêmement vétuste et obsolète » d’après la préfecture de Guyane. L’usine encore en service tourne en effet depuis 1982, presque quarante ans. Située sur le port de Dégrad des Cannes, elle fonctionne également au fioul. Grâce à des dérogations successives, elle devrait même perdurer jusqu’en 2023, malgré un taux de pollution important. Mais au lieu de profiter d’une opportunité pour basculer vers les énergies renouvelables, EDF veut donc dépenser une petite fortune et maintenir le statu quo. Par ailleurs, cette nouvelle centrale produira 48MW de plus que l’ancienne ; un non-sens à l’heure des économies d’énergie.

Aucune autonomie énergétique

Comme dans beaucoup de domaines, les politiques menées par le gouvernement français ne font rien pour offrir plus d’autonomie aux territoires d’outre-mer. Ainsi, cette centrale devra être alimentée en fioul par des cargos venus d’Europe. Pourtant, une loi de transition énergétique signée en 2015 réclame l’autonomie énergétique du territoire avant 2030. Ce projet va donc complètement à contre-courant. D’autant que la Guyane dispose d’importantes sources d’énergies renouvelables, comme le solaire, l’éolien, les rivières et surtout l’importante biomasse (arbres et plantes). Avec cette centrale, la zone repart donc pour une trentaine d’années de dépendance au pétrole…

Les associations vent debout

Sur place, les associations écologistes se dressent face à cette situation insensée. « À l’heure de la crise climatique et sanitaire, nous devrions limiter notre dépendance à l’importation des énergies fossiles. La Guyane est bien servie en énergies renouvelables et pourrait être un modèle d’autonomie énergétique décarbonée ! » martèle Rémi Girault, président de Guyane Nature Environnement. Dans une longue note, l’organisation dénonce également « un manque de démocratie », un « projet climaticide » et un « non sens économique ».  Le Conseil scientifique régional du patrimoine naturel de Guyane et le Conseil national de la protection de la nature ont eux aussi rendu un avis défavorable.

Validée par Hulot et la Macronie

Malgré toutes ces protestations, le gouvernement a validé sans sourciller l’idée d’EDF. C’est même le prétendu écologiste Nicolas Hulot qui a donné son accord dans ce dossier. D’après médiapart, le débat public a, quant à lui, eu lieu en plein confinement ! L’énorme dossier (4000 pages !) sur le sujet n’est d’ailleurs resté en ligne qu’un seul petit mois… Souvent tourné au ridicule, la majorité continue pourtant à parader en se prétendant écologiste. Quant à Nicolas Hulot, chantre du capitalisme vert, il est lui aussi régulièrement glorifié par les médias. Cette affaire démontre pourtant une nouvelle fois la différence entre une écologie de façade, et de véritables convictions…

LIRE AUSSI > Nicolas Hulot, le nouveau candidat du système ?

Projets d’écocides multiples en Guyane

Le territoire de la Guyane n’en est malheureusement pas à son coup d’essai en matière de projets dévastateurs pour l’environnement. Dans le département le plus boisé de France (98% de la zone), la principale menace se situe dans l’orpaillage, l’extraction de l’or. La quête de ce métal précieux est d’ailleurs la principale cause de la déforestation sur place. En 2017, Emmanuel Macron se déclarait même favorable à l’ouverture d’une super mine, surnommée « la montagne d’or ». Sous la pression des militants, le gouvernement semble avoir abandonné l’idée en 2019. Néanmoins, un autre projet du même type, est lui aussi à l’étude. Make our planet great again, qu’il disait…

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dominique maillery
1 mois il y a

quand je lis ce genre d’info, j’ai envie de pleurer… et je mesure mon impuissance face à ces décisions. ces gens se croient tout permis. ils disposent de la planète à leur convenance, dans le plus total mépris des êtres vivants qui l’habitent : les humains, les animaux, les végétaux.
j’ai des pulsions de violence extrême quand je pense à eux et aux injustices qu’ils commettent.

théron simone-laure
1 mois il y a

C’est impossible. Je n’arrive pas à croire que Nicolas Hulot cautionne un tel projet.

Le Perlier Président ADIMAD
1 mois il y a

Il conviendrait d”engager une réflexion mettant à jour l’enchaînement multiséculaire des causes et des effets d’une volonté de puissance