Quand la commission européenne part en croisade contre les nationalisations

Ce lundi, la commissaire européenne Margrethe Vestager a mis en garde les États contre la nationalisation d’entreprises.

La concurrence libre et non faussée a depuis toujours été LE dogme de l’Union Européenne. La loi du marché prévaut sur tout ; rien ne doit empêcher les plus forts d’écraser les plus faibles. Cette belle philosophie, sur laquelle est fondée cette organisation prétendument solidaire, s’attaque aujourd’hui aux nationalisations préconisées par certains politiciens européens.

Pour l’UE la nationalisation est une concurrence déloyale

Margrethe Vestager, commissaire européenne à la concurrence (oui ça existe), veille donc au grain afin que personne ne soit favorisé par l’État. Au journal l’Opinion, elle déclare ainsi : « Nous anticipons des besoins de recapitalisations d’entreprises dans les semaines et mois à venir. Il y a différentes manières de procéder. Si c’est en proposant des actions de l’entreprise à la vente, pas de problème. Mais s’il s’agit d’une vraie recapitalisation publique, où l’Etat verse de l’argent, attention » Pour elle, une nationalisation représenterait un avantage déloyal octroyé par la nation. « Si vous avez l’Etat à votre capital, vous pouvez vous trouver dans une position bien plus solide qu’une entreprise qui n’a pas obtenu le même appui dans cette crise », explique-t-elle.

« Gérer les services publics comme n’importe quelle entreprise »

Bien sûr, dans l’esprit de ces technocrates européens, une entreprise est une entreprise, peu importe sa nature. Ainsi la notion de stratégie d’État n’existe pas. Pas plus que celle de service public. Un hôpital ou une école devraient être gérés exactement comme une fabrique de chaussures. De même une petite boulangerie doit être traitée de la même façon qu’une multinationale comme Amazon.

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La faillite du CICE comme emblème de ce modèle décadent

De cette mentalité ont jailli des dispositifs absurdes comme le CICE qui devait aider les entreprises. Seulement, l’État a ainsi jeté des milliards par les fenêtres en offrant cet appui aussi bien à des PME dans le besoin qu’à des multinationales qui roulaient déjà sur l’or. Comble du cynisme, cela n’a pas empêché certaines d’entre elle de licencier à tour de bras, à l’instar de Carrefour.

La recapitalisation plutôt que la nationalisation

Plutôt que la nationalisation, Margrethe Vestager préconise la « recapitalisation ». Comprendre par là un gros investissement financier de l’État afin de redresser la barre des sociétés en difficulté. Les Français devront donc investir dans les entreprises par les impôts sans aucun retour sur investissement. La nationalisation à l’inverse offre une compensation aux citoyens que ce soit par les revenus générés par l’entreprise ou bien par un service public utile et de qualité.

Nationaliser les pertes, privatiser les profits

Dans la même veine, le MEDEF se déclarait favorable à la nationalisation des entreprises en grandes difficultés. Entre les lignes, on se doute bien que l’organisation patronale voit par là une aubaine pour que l’État assume la gestion catastrophique de certaines entreprises, avant de se retirer bien sûr. En revanche, lorsque d’autres sociétés publiques s’avéraient ultra rentables, les mêmes idéologues se précipitaient pour réclamer leur privatisation. Ce fut notamment le cas pour les autoroutes, ou plus récemment pour la Française des Jeux et les barrages hydroélectriques.

Luxfer et Famar au cœur des débats

En France, plusieurs responsables politiques ont réclamé des nationalisations non pas dans un but lucratif, mais plutôt sur le plan stratégique. On ainsi pu entendre très rapidement Jean-Luc Mélenchon réclamer la nationalisation de Luxfer et Famar. La première est une société productrice de bouteilles d’oxygène mis en liquidation par son actionnaire anglais en 2019. La seconde, actuellement en redressement judicaire, est la seule entreprise française à produire de la chloroquine, médicament possiblement efficace contre le coronavirus. La demande du leader de la France Insoumise a également été appuyée par le PS et Marine Le Pen. Mais du côté de la majorité cette idée a été rejetée en bloc, affirmant que ces sites ne seraient pas stratégiques. Il faut dire que la notion de stratégie en Macronie, reste, somme toute, assez nébuleuse…

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