L’éternelle guerre des mémoires

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Depuis le début des manifestations « Black Lives Matter », certaines statues représentant des personnalités historiques liées à l’esclavage ont été attaquées. Certains voient à travers ces symboles une oppression constante, quotidienne et historique.

Les statues, une oppression systémique ?

Il y a trois ans était déboulonnée la statue du général Robert Lee à Charlottesville, chef des armées confédérées, après la manifestation « Unite the right » en août 2017, où une femme avait perdu la vie. Aujourd’hui, les manifestants se revendiquant de l’antiracisme multiplient les dégradations voire les destruction de ces symboles historiques. Au-delà des États-Unis où les statues confédérées sont majoritairement prises pour cible (ainsi que celle de Christophe Colomb récemment), ces attaques à l’encontre du patrimoine historique se sont rapidement exportées en Europe. Léopold II en Belgique, Winston Churchill et Edward Colston en Angleterre : des voix s’élèvent déjà en France pour déboulonner la statue qui trône devant l’Assemblée nationale et qui représente Jean-Baptiste Colbert, initiateur du Code noir. D’autres devraient bientôt suivre, à en croire la Ligue de Défense Noire Africaine (LDNA) qui a déclaré sur Twitter : « Les statues publiques des maudits Colbert, Napoléon, du Général de Gaulle rejoindront les poubelles de l’Histoire de l’Humanité ».

Les États-Unis et la France, même combat ?

Cette importation idéologique des États-Unis vers la France a-t-elle réellement un sens ? Non, pour certains spécialistes et historiens, qui voient dans cette volonté de détruire des symboles d’anciennes personnalités historiques un véritable déni d’histoire. Dans un entretien pour Sputnik, l’historien Dimitri Casali explique que ces exactions découlent directement d’une « américanisation de la pensée ». L’historien rappelle que les histoires de ces deux pays n’ont « rien à voir », et que les premiers élus noirs l’ont été en France il y a plus d’un siècle, alors qu’au même moment la ségrégation sévissait outre-Atlantique. Un véritable racisme institutionnalisé qui n’a finalement été aboli qu’en 1965, après avoir duré presque 90 ans. D’autre part, il se déclare inquiet d’une « fuite en avant sans fin puisqu’il va falloir débaptiser, déboulonner toutes les statues des pays occidentaux » signée par une « idéologie décoloniale ». Une véritable « guerre des mémoires » en somme, entraînée par une ignorance vis-à-vis de l’interprétation du message véhiculé par ces monuments.

Les noms de l’espace public bientôt en ligne de mire ?

Certains évoquent également le souhait de rebaptiser certains noms de rue, voire même d’école. Sur BFMTV, Louis-George Tin, président d’honneur du Conseil représentatif des associations noires de France (CRAN), déclare que les attaques perpétrées contre les statues témoignent de « l’accumulation de siècles de violence et de haine ». Pour lui, « on ne choisit pas de faire une statue ou un nom de rue pour enseigner, on n’enseigne pas avec les noms de rue, on célèbre ». Il réclame également plus de diversité : « il n’y a pas assez de femmes, il n’y a pas assez de diversité dans les noms de rue, et c’est cela que nous demandons ». Pendant que certains se demandent si, un jour, en France ou aux États-Unis, il sera possible de débaptiser des noms de l’espace public car liés à la l’esclavage, d’autres se questionnent sur la faisabilité du projet. Alors que George Washington, le premier président américain – qui a donné son nom à la capitale – possédait à la fin de sa vie plus d’une centaine d’esclaves, l’historien Dimitri Casili s’interroge à juste titre : « Que vont faire les Américains ? Vont-ils devoir débaptiser leur propre capitale ? »

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Christine Garcia
2 mois il y a

Les Etats-Unis et la France, même maîtres ?….
Et pendant ce temps, les Chadoks POMPAIENT, pompaient, pomp…., ….