Sainte-Sophie, le célèbre monument d’Istanbul, devenu musée national depuis 1934, va retrouver une fonction religieuse.
Ce vendredi, le président turc, Recep Erdogan, a signé un décret rendant au monument son statut de mosquée. Depuis 86 ans, le monument bâti au VIème siècle était devenu un musée. Cette décision, perçue comme une énième provocation par certains, a également été mal été accueillie par l’UNESCO et la plupart des États occidentaux.
1700 ans d’Histoire
Le site de Sainte-Sophie revêt une importance historique colossale. On y trouvait déjà une église bâtie au IVème siècle commandée par l’empereur romain Constantin. Détruite, puis reconstruite sous l’égide de l’empereur Justinien au VIème siècle, elle resta aux mains des chrétiens jusqu’en 1453. Cette année là, les Ottomans, ayant conquis la ville, transforment l’édifice en moquée. À mi-chemin entre deux cultures, et emprunte de deux religions, le bâtiment est finalement converti en musée en 1934. Le premier président de la république turque, Mustafa Kemal Atatürk assurait par cette décision vouloir offrir le bâtiment à l’humanité. Longtemps contestée par les islamistes, cette résolution se voit donc aujourd’hui abrogée.
Colère à l’international
À l’étranger, la décision du président Erdogan est loin de faire l’unanimité. La Russie et les Etats-Unis ont, par exemple, vivement regretté ce décret. De son côté, le voisin grec, avec qui les relations sont déplorables, n’a pas mâché ses mots. Pour les autorités du pays, il s’agit d’une « provocation envers le monde civilisé » et « Erdogan ramène son pays six siècles en arrière ». En France, ce changement de paradigme n’a pas non plus ravi le gouvernement.
« Ces décisions remettent en cause l’un des actes les plus symboliques de la Turquie moderne et laïque. L’intégrité de ce joyau religieux, architectural et historique, symbole de la liberté de religion, de tolérance et de diversité, inscrit au patrimoine mondial de l’Unesco, doit être préservée. Sainte-Sophie doit continuer à représenter la pluralité et la diversité du patrimoine religieux, le dialogue et la tolérance. » a expliqué Jean-Yves Le Drian, ministre des affaires étrangères.
Inquiétude de l’UNESCO
L’UNESCO a, quant à elle, fait part de son inquiétude concernant ce changement de statut du monument inscrit au patrimoine mondial. « Un État doit veiller à ce qu’aucune modification ne porte atteinte à la valeur universelle exceptionnelle du bien inscrit sur son territoire. Toute modification nécessite une notification préalable par l’État concerné à l’Unesco, puis, le cas échéant, un examen par le Comité du Patrimoine mondial ». Or avec ce changement de statut certains craignent des modifications physiques de l’édifice. On sait déjà que le choix entre les structures chrétiennes et musulmanes au sein de l’édifice provoquait un débat lors des restaurations.
Elle restera ouverte aux visiteurs
Afin de rassurer la communauté internationale, le président turc a néanmoins garanti que le monument resterait ouvert à tous les visiteurs. « Sainte-Sophie restera ouverte à tous, Turcs et étrangers, musulmans et non-musulmans » a-t-il assuré. Il faut dire que l’édifice attire chaque année pas moins de 2.8 millions de curieux. Une manne financière colossale sur laquelle la ville aurait du mal à s’asseoir…
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