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Tous les détenus devraient disposer d’ici à trois ans d’un terminal numérique dans leur cellule. Cet «Intranet» des prisons est déjà en test.

Après les téléphones, les ordinateurs ? Toutes les cellules de France devraient bientôt être équipées d’un terminal numérique permettant aux détenus d’interagir avec l’administration pénitentiaire via ce futur Intranet des prisons.

« Il n’y aura bien évidemment aucun accès à l’Internet extérieur », précise-t-on au sein de l’administration. Mais cela permettra tout de même d’effectuer la plupart des demandes liées à la détention. Par exemple, les commandes de « cantine » – l’épicerie des détenus -, mais aussi de produits culturels. Les prisonniers pourront réserver des parloirs, comme, depuis l’extérieur, leurs familles. Celles-ci pourront également approvisionner à distance le pécule de leur proche incarcéré.

Des tests avec des tablettes à Dijon, Meaux et Nantes

Le dispositif est déjà en phase de test depuis l’automne dernier à la maison d’arrêt de Dijon (Côte-d’Or), ainsi que dans les centres pénitentiaires de Meaux (Seine-et-Marne) et Nantes (Loire-Atlantique). Un test effectué avec des tablettes, visant à étudier comment détenus et surveillants s’approprient cette évolution. « On a ainsi demandé aux détenus d’acheter un paquet de cigarettes, et analysé où est-ce que ça bloquait », décrit un des responsables du projet au sein de l’administration pénitentiaire.

En fonction des retours, il sera alors décidé de la généralisation. « Soit via les télévisions, mais c’est peu ergonomique, souligne le même, soit avec des écrans tactiles équipés ou non de claviers. » Lesquels seront dans tous les cas « carénés aux murs pour des raisons de sécurité. »

Un budget global de 530 millions

D’ici à la fin de l’année, si l’expérimentation est positive, un appel d’offres sera lancé pour le déploiement, dans les trois ans, au sein des 50 144 cellules de France. « L’objectif c’est que 100 % des démarches administratives soient numérisées en 2022 », indique-t-on à l’administration pénitentiaire.

Côté financier, le projet devrait s’inscrire dans un budget global de 530 millions d’euros alloués à l’amélioration du numérique des prisons, comprenant notamment une hausse des débits des établissements, notamment pour permettre la visioconférence avec les tribunaux. Quant au câblage de ces terminaux, il sera associé à celui permettant la mise en place de la téléphonie.

Grâce à ce système, les détenus conserveront une trace de toutes leurs requêtes, lesquelles pourront être traduites directement. « Jusque-là, tout était transmis par écrit, avec parfois des difficultés pour l’administration à comprendre ce que voulait le détenu », détaille-t-on à la direction de l’administration pénitentiaire, où l’on veut croire que le système permettra aussi aux détenus de mieux travailler leurs cours en vue d’une future réinsertion.

« Pour ces cours, il fallait que le détenu fasse imprimer à l’extérieur des centaines ou des milliers de pages pour chaque matière, relève François Bès, de l’Observatoire international des prisons (OIP). Là, ça pourra être numérisé. C’est une avancée à saluer. » Quand bien même l’OIP aurait souhaité « un accès à Internet pour les détenus, à l’exception de ceux qui ont interdiction de communiquer. »

« Celui qui veut tricher a déjà portable connecté en 4G »

Damien Pellen, premier secrétaire du syndicat national des directeurs pénitentiaires (SNDP), est sur la même longueur d’onde. « Cette modernisation va dans le bon sens, même si elle aurait pu aller plus loin. Celui qui veut tricher arrive déjà à avoir un portable connecté en 4G, estime-t-il. Mieux vaut un accès Internet encadré, afin de réduire la fracture numérique, à l’heure où toutes les démarches – logement, travail – liées à la réinsertion se font en ligne. »

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