Plan de relance de l’UE : accord historique ou enfumage ?


Un accord "historique" ? Notre décryptage


Au bout de négociations fleuves, les 27 pays membres sont parvenus à un accord sur le plan de relance. Ce dernier comprendra 390 milliards de subventions directes aux États, favorisant les plus touchés par le Covid-19. Cette somme est obtenue via un emprunt commun des pays, ce qui a fait dire à une large partie de la presse “mainstream” qu’il s’agissait d’un accord “historique”. Toutefois, il est avéré que l’accord s’est aussi fait aux prix d’importantes concessions, notamment de la France aux pays du Nord, qui réduisent l’ambition initiale portée par “le couple franco-allemand”.

Ce mardi 21 juillet 2020, à 5 h 30 du matin, et après une nouvelle nuit d’intenses tractations lors d’un sommet européen entamé vendredi dernier, les chefs d’État et de gouvernement de l’UE sont enfin parvenus à un accord sur un plan de relance européen à hauteur totale de 750 milliards d’euros.

Pour Macron et Merkel, un accord « historique »

Au sortir de ce qu’ils jugent comme une victoire, comme un mantra, Angela Merkel et Emmanuel Macron ont répété le mot, docilement repris par une large parti des chaînes d’infos en continu : l’accord est « historique ». Le message est passé.

« Une étape majeure et essentielle a été franchie. C’est un changement historique de notre Europe et de notre zone euro », a insisté Emmanuel Macron au sortir des négociations. Des négociations qui furent particulièrement âpres. Durant les quatre jours et quatre nuits de ce sommet marathon, nous aurons pu constater l’écart qui s’est creusé entre les nations du nord et celles du sud de l’Europe. Pour parvenir à un accord,  Paris et Berlin ont dû sérieusement revoir à la baisse leurs ambitions initiales.

Mais un accord au prix de fortes concessions pour les états du nord de l’Europe

Quatre pays du Nord autoproclamés « frugaux », les Pays-Bas, la Suède, le Danemark et l’Autriche (puis la Finlande) ont chèrement monnayé leur accord. Très réticents au départ à l’idée de participer collectivement à ce plan, ils ont obtenu que la part des subventions soit ramenée de 500 milliards à 390 milliards d’euros, le reste étant constitué de prêts plus classiques aux États, à rembourser par chacun. Porté par les Pays-Bas, l’idée du veto n’est en revanche pas retenue. Ainsi, ces pays auront un simple “droit de regard” sur comment cet argent sera dépensé par les pays les plus bénéficiaires (principalement du sud).

Les concessions des pays du sud sont plus faibles : après avoir longtemps décrété la somme de 400 milliards d’euros comme  un minimum, ils ont accepté les 390 milliards. Du côté de la diplomatie française, on se félicite : « Il faut mesurer le chemin parcouru. En mars, l’idée même de subventions était inimaginable pour beaucoup. Aujourd’hui, ils l’ont tous accepté », insistaient dans la nuit des sources françaises et européennes. Le ministre des Finances, Bruno Le Maire, ce matin sur France Info, a salué « l’acte de naissance d’une nouvelle Europe ».

Principale bénéficiaire du plan avec l’Espagne, le gouvernement italien s’est réjoui de l’accord. Au final, la France devrait toucher 40 milliards d’euros de subventions, comme escompté. L’Italie et l’Espagne toucheraient chacun 60 milliards d’euros.

D’autres concessions au budget 2021-2027 de l’UE

Ce plan de relance, priorité absolue de Paris, Berlin, de la Commission européenne et du président du Conseil, Charles Michel, fait néanmoins une importante victime collatérale : le budget 2021-2027 de l’Union. En qualité de contributeurs “nets” au budget européen, à savoir qu’ils donnent davantage que ce qu’ils reçoivent, les “frugaux” ont obtenu d’autres rabais au budget sur les six prochaines années. Les Pays Bas notamment vont ainsi baisser leur facture européenne annuelle de deux milliards d’euros. Avec le départ du Royaume-Uni, c’est un coup dur pour les autres pays et notamment… La France ! Si l’Allemagne voit son rabais maintenu à son niveau passé, la France va devoir en grande partie compenser la perte de rentrée d’argent, et payer la note.

​Emmanuel Macron a défendu « des concessions proportionnées et nécessaires pour avoir l’essentiel, un plan de relance ambitieux. » « Aujourd’hui, avec le plan de relance, le budget européen est quasi doublé et désormais proche de 2 % du revenu national brut », a insisté le chef de l’État, pointant que « la Politique agricole commune est stabilisée, la politique de cohésion est maintenue et toutes les politiques d’avenir voient leur budget augmenter. » Angela Merkel quant à elle, a souligné que « ces concessions font partie de l’esprit de compromis, même si ce dernier a été douloureux. » 

Les eurosceptiques et Frexiteurs vent debout

Cet accord européen a toutefois été vivement critiqué par l’opposition, à gauche comme à droite. « Un accord historique peut-être, mais que de concessions ! », a réagi l’eurodéputée LR Agnès Evren.

« Macron vient de signer le pire accord pour la France de toute l’histoire de l’UE ! Pour protéger son ego, il sacrifie notre avenir et notre indépendance : impôts européens, abandon de notre agriculture, engagement financier colossal du pays », a quant à elle tweeté la présidente du RN Marine Le Pen.

« Macron a tout cédé : des rabais de cotisations aux pays radins, des contrôles de dépenses, la baisse du montant du plan de relance etc. Bérézina. Au secours la propagande », a réagi le patron des insoumis Jean-Luc Mélenchon.

Du côté des partisans du frexit, les critiques sont d’autant plus acerbes.

Notons enfin que l’accord prévoit ainsi que 30 % des dépenses, du budget comme du plan de relance, devront aller directement à la lutte contre le réchauffement climatique. « Pour la première fois dans l’histoire européenne, le budget est lié aux objectifs climatiques et le respect de l’État de droit devient une condition pour l’octroi des fonds », s’est de son côté félicité Charles Michel, le président du Conseil européen.

L’accord aura donc été arraché au prix de négociations musclées et surtout, de concessions nombreuses. Désormais, après la phase de négociation, une nouvelle séquence s’ouvre : chaque nation explique à son peuple que c’est elle qui a gagné… Et la France n’y échappe pas, le rouleau compresseur médiatique est en marche et nous somme d’acclamer cet accord “historique”.

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