Pendant ce temps, le gouvernement privatise en douce l’Office National des Forêts


...dans le silence médiatique


Le gouvernement Macron souhaite réformer le code forestier en favorisant l’embauche d’agents de droit privé au détriment des fonctionnaires. Alors que la question du réchauffement climatique est au cœur des débats à l’échelle internationale, le gouvernement fait le choix de privatiser lentement l’Office National des Forêts. Cela va-t-il améliorer la gestion des forêts françaises ? Rien n’est moins sûr.

Le gouvernement travaille actuellement sur un projet de loi d’habilitation sur « la modernisation de la Fonction publique ». Synergie FO, qui était présent lors de la réunion du 22 janvier dernier entre l’ONF et les organisations syndicales déclare que « [les] conséquences [des modifications législatives] pourraient être dramatiques […] elles entérineraient le processus de privatisation en cours ».

Le service public forestier se fait démanteler progressivement depuis plusieurs années. L’office comptait 15.000 salariés en 1985, aujourd’hui ils ne sont plus que 9.000. De plus en plus de gardes forestiers s’interrogent sur la gestion actuelle des forêts, jugée productiviste. Les forêts publiques se transforment en « usines à bois », et le gouvernement ne s’arrête pas là ! Il faut privatiser, encore et toujours ! Le nouveau Code forestier pourra être modifié de manière à ce que les fonctionnaires et les salariés du privé aient les mêmes missions. Le nouveau directeur de l’ONF, Bertrand Munch, voyait sa nomination contestée par l’intersyndicale de l’ONF avant même qu’il prenne le poste, ses connaissances du domaine forestier étant remises en cause (« Soyez fiers d’être amateurs ! »). Selon lui, la future modification du code forestier aura « pour principal effet de généraliser l’accès des personnels sous contrats de droit privé à l’ensemble des métiers et des fonctions de l’établissement. Les recrutements externes se feront désormais très majoritairement avec des collaborateurs salariés. Le recrutement de fonctionnaires restera possible ».  Les fonctionnaires représentent moins de 65% des effectifs à ce jour, la « défonctionnarisation » risque d’augmenter fortement avec le passage de cette loi.

Pour Philippe Canal, membre du syndicat majoritaire « c’est un recul sans précédent ». Il affirme : « Le statut de fonctionnaire nous rend indépendants. Les agents publics peuvent résister aux pressions des propriétaires et des marchands de bois. On peut appliquer la loi en toute impartialité. Ce ne sera pas le cas avec des contractuels de droit privé. ». L’embauche d’un fonctionnaire coûte 20% plus cher que celui d’un contractuel. « Les autorités prônent une gestion forestière à bas coût et à court terme, au détriment de l’intérêt général ». La privatisation est en marche.
L’État ne perd pas de temps. En 2019, 322 fonctionnaires ont dû quitter leur poste, et seulement 30 personnes ont été embauchées pour les remplacer. Côté salariés, on note 40 départs contre 203 entrées. Résultat : non seulement les contractuels remplacent les fonctionnaires, mais en plus les postes ne sont pas tous renouvelés.

Les champions du double discours (j’ai nommé LReM), vantent depuis janvier leur travail dans la protection des forêts françaises. Lors du 3ème conseil de défense écologique, le gouvernement souhaitait engager « une réflexion d’ensemble sur les enjeux liés à la forêt ». Elisabeth Borne s’est quant à elle, rendue en Haute-Marne, où a été créé le onzième parc national des forêts.  Comment peut-on prétendre prôner la protection des forêts tout en malmenant les travailleurs chargés de les protéger ?

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