Pendant les sept heures de l’audience, le boxeur a tenté d’expliquer son geste. L’un des deux gendarmes frappés le 5 janvier était présent dans la salle.

Il y a tellement de monde dans la salle de la 23e chambre correctionnelle du tribunal de grande instance de Paris, ce mercredi 13 février, que la première prévenue, une jeune femme accusée du vol d’un portefeuille et assistée par une traductrice, est au bord de larmes. “Je ne comprends pas la situation. Pourquoi il y a autant de monde ici…” Devant elle, l’avocate Laurence Léger sourit : “Elle n’a pas compris que ce n’était pas pour elle.”

Christophe Dettinger fait alors son entrée dans le box, une chemise blanche passée sous un gilet gris. Le 9 janvier, la même cour avait décidé son maintien en détention provisoire. Quelques jours plus tôt, le 5 janvier, lors de l’acte 8 du mouvement des “gilets jaunes”, cet ancien champion de boxe avait été filmé portant des coups très violents à deux gendarmes mobiles lors d’un face-à-face entre manifestants et forces de l’ordre, à deux pas du Musée d’Orsay, à Paris. Rapidement reconnu sur les réseaux sociaux, il s’était constitué prisonnier le lundi suivant.

Ce mercredi, les débats se sont étirés pendant près de sept heures.

“C’est là que c’est parti”

La présidente cherche d’abord à dissiper tout malentendu sur l’ambition de son tribunal. “Nous ne sommes pas là pour savoir si les policiers avaient raison ou pas de vouloir bloquer la passerelle. Nous n’allons pas rentrer dans ce débat”, insiste-t-elle, après avoir prié la salle, bondée, de garder son sang-froid, malgré la tension, palpable, qui entoure le procès.

Les faits dont est saisi le tribunal et rien que cela, donc. Comment ce samedi de mobilisation, à 15 heures, Christophe Dettinger, qui était accompagné de sa femme et d’une amie, s’est-il retrouvé sur la passerelle Léopold-Sédar-Senghor en première ligne face aux gendarmes ? “Pourquoi essayez-vous de passer alors que la passerelle est bloquée et qu’il est possible de passer par le quai Anatole-France, qui n’est pas plein ? Sur les images, on voit beaucoup de ‘gilets jaunes’ qui rebroussent chemin par là. […] C’est un choix délibéré des manifestants de vouloir forcer le passage”, note la présidente, après la diffusion des images extraites des caméras de vidéosurveillance de la Ville de Paris. Christophe Dettinger :

“Le seul accès que je voyais à ce moment-là, c’était la passerelle. A chaque fois, je me suis greffé sur des groupes de ‘gilets jaunes’. Je ne m’intéressais pas au tracé de la manifestation. Les policiers ont laissé un engorgement pour que les manifestations puissent avancer sur la passerelle. Nous étions parqués. C’était un choix collectif.”

Il détaille les quelques minutes qui ont précédé les coups de pied et de poing qu’il a portés : “On arrive sur la passerelle, les forces de l’ordre nous mettent en garde. On les prévient que derrière nous, cela pousse très fort. […] On s’est fait gazer à bout portant. Je cherche ma femme et mon amie du regard et, là, je lève les yeux et je vois une dame au sol qui reçoit un coup de pied donné par un gendarme.” “C’est là que c’est parti. Je suis intervenu, je lui ai mis des coups de poing, des coups de pied”, explique-t-il. Et de réutiliser la même comparaison que lors de l’audience de janvier : “C’est comme voir une femme se faire agresser dans le métro.”

Et Christophe Dettinger d’ajouter calmement :

“Si réellement ils ne voulaient pas qu’on passe, ils auraient mis un effectif plus important. Toutes les manifs sont organisées de façon à pousser les ‘gilets jaunes’ à la faute.”

Ce que conteste l’avocat d’un des deux gendarmes. Les deux se sont portés parties civiles. Selon lui, la chronologie des événements expliquée par le prévenu ne tient pas. Ni son mobile.

“Entre le moment où vous avez été gazé et votre intervention, il y a eu 2 minutes et 20 secondes ! C’est 140 secondes ! Vous n’avez pas agi dans la confusion et cela n’a pas duré qu’une seconde, le temps de ‘lever les yeux’.”

Le procureur enfonce le clou : “Vous dites avoir une âme de justicier. Pourtant, les images vous montrent vous désintéresser complètement de cette femme. Même à l’issue des sept ou huit coups que vous portez au policier, vous ne retournez pas la voir. […] Et puis, frapper un homme au sol, ce sont des valeurs qu’on vous a enseignées à la boxe ?” Christophe Dettinger répond :

“Non, mais la boxe c’est un sport, on s’entraîne avec des règles. Là, ça faisait huit semaines qu’il n’y avait plus aucune règle. […] Bien sûr que je regrette, j’aurais dû m’arrêter après l’avoir poussé pour le mettre à l’écart.”

Bal des interprétations

Au tour de Gwenaëlle de s’adresser au tribunal, qui l’a affublée d’un nouveau surnom : “la femme aux cheveux roses”. Sur les vidéos de la première altercation, elle est la fine silhouette écarlate que l’on distingue dans la pagaille générale à deux mètres du boxeur.

Après la révélation de l’identité de Christophe Dettinger, elle s’était exprimée dans les médias et rapprochée de la justice, assurant que l’homme lui avait “sauvé la vie” en écartant le gendarme. Elle aussi était venue en famille à la manifestation. Elle raconte cette même sensation de ne plus pouvoir reculer une fois arrivée en face des gendarmes sur la passerelle Léopold-Sédar-Senghor. Gwenaëlle répète avoir été frappée par un gendarme, projetée au sol, puis sauvée par l’intervention du boxeur.

Mais alors que la profusion des vidéos laissait espérer que la reconstitution des faits se fasse sans difficultés particulières, il n’en est rien. L’examen minutieux – et très laborieux – des images ne permet pas au tribunal de valider le récit du seul témoin à décharge.

Et pour cause : Gwenaëlle apparaît dans le champ de la caméra alors qu’elle est déjà au sol. Les avocats de deux camps se pressent vers la présidente, photos à la main, pour tenter de peser sur son interprétation…

Les images montrent-elles oui ou non, un gendarme porter des coups de pied à la témoin ? Visiblement perdue, la juge, qui écarquille les yeux en regardant les clichés disposés devant elle, se lance dans une analyse des événements parfaitement incompréhensible :

“Mais alors, si le pied de la dame est celui que l’on voit au-dessus de la jambe du policier… Cela voudrait dire que le coup de pied a été donné avec la jambe et par en dessous ?”

“J’aurais pris deux coups de tonfa dans la tête”

A la suite de la première altercation, l’ancien boxeur avait de nouveau été filmé distribuant des coups de poing très précis à un gendarme au milieu de la passerelle. Là encore, le prévenu et sa défense veulent rappeler le “contexte” qui a entouré ces violences. “J’ai vu une ligne de plusieurs gendarmes distribuer des coups à des ‘gilets jaunes’. J’ai essayé de mettre une claque sur le casque de l’un d’entre eux et j’ai basculé.” Mais les vidéos des “coups de matraque” ne sont pas diffusées. D’ailleurs, la question n’est pas là, insiste le procureur qui multiplie les questions :

“Pourquoi avoir avancé avec l’intention de porter des coups au gendarme en face de vous ?

– Si j’étais remonté les mains dans les poches, j’aurais pris deux coups de tonfa [matraque des gendarmes, NDLR] dans la tête !

– Mais pourquoi remonter, ne pas faire demi-tour comme vous le demandaient les forces de l’ordre ?

– Je voulais remonter. Désolé. Si on devait écouter à chaque fois la police, tous les ‘gilets jaunes’ resteraient chez eux… “

Source nouvelobs.com – lire la suite de l’article

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