Les propositions d’Edouard Philippe n’ont pas convaincu les protestataires. Ils maintiennent leurs points de blocage et la journée de mobilisation prévue samedi.

Certains ont écouté les annonces du premier ministre, Edouard Philippe, en direct à la radio, mardi 4 décembre. D’autres ont attendu le journal télévisé de 13 heures. Quant à ceux qui les ont manquées, ils ont demandé aux premiers de les leur détailler, vérifiant sur leur smartphone qu’ils disaient vrai.

Quelle que soit la façon dont les « gilets jaunes » ont pris connaissance des propositions du gouvernement pour calmer la crise, que le premier ministre doit défendre à l’Assemblée nationale, mercredi, elles n’ont convaincu aucun de ceux que Le Monde a interrogés.

Chez les quelque soixante-dix « gilets jaunes » revenus mardi occuper l’un des ronds-points de Gaillon, dans l’Eure, c’est un tollé. « Ce sont des miettes, peste Frédérique, serveuse de 46 ans venue participer aux blocages dès le début. Il évoque une augmentation du smic de 3 % en janvier, ça fait quoi, 3 ou 4 euros de plus à la fin du mois ? Il veut qu’on s’achète quoi avec ça ? » D’autant qu’Edouard Philippe n’a en fait pas annoncé le coup de pouce au smic très attendu. L’augmentation évoquée de manière alambiquée mélange hausse automatique, baisses de prélèvement et versement de prestations sociales.

Frédérique n’est pas davantage convaincue par le moratoire sur la hausse des taxes sur le carburant : « Si c’est pour que les prix repartent de plus belle dans six mois, ça sert à quoi ? » Autour du rond-point, tous dénoncent « un effet d’annonce ». « Ils se foutent de nous ! C’est pour nous calmer, mais c’est de la poudre aux yeux. Ils n’ont pas compris qu’on est prêts à rester jusqu’à Noël », lance Rose, intérimaire de 32 ans. En ce début décembre, le rond-point a été égayé de sapins et de guirlandes.

« Le gouvernement a laissé pourrir la situation »

Karl Toquard, forain tout juste désigné porte-parole du rond-point, est moins sévère. « Il ne faut pas être que négatif : c’est un début, plaide-t-il. Mais ça ne va pas assez loin. Il faudrait supprimer complètement la taxe écologique. » D’autres réclament la baisse de la contribution sociale généralisée (CSG), la hausse du pouvoir d’achat. Ou la démission d’Emmanuel Macron.

« Le gouvernement a laissé pourrir la situation, reprend Karl Toquard. Les revendications sont devenues beaucoup plus nombreuses. Ce n’est plus avec quelques petites mesures qu’il calmera le mouvement. »

Ils sont nombreux comme lui à penser que ces mesures auraient pu calmer la crise le 18 novembre. Mais désormais, beaucoup sont mobilisés depuis près d’un mois et ils attendent davantage.

« La crise est devenue beaucoup plus profonde, le mouvement a évolué intelligemment », souligne Eric, 53 ans, chef d’une PME dans les énergies renouvelables et le traitement des eaux. Un des porte-parole de plusieurs groupes de « gilets jaunes » de Gironde réunis mardi soir devant Darwin, emblématique friche rénovée, explique : « Les gens réfléchissent, échangent entre eux, et se rendent compte que beaucoup de choses ne vont pas. On se demande comment on en est arrivés là. »

« Il y a maintenant une défiance généralisée qui s’est installée. Pourquoi avoir attendu un mois ? », insiste Benjamin Cauchy qui évoque une « cristallisation de toutes les colères ». Comme les dix signataires d’une tribune appelant au dialogue avec le gouvernement ce week-end dans Le Journal du dimanche, il a finalement décliné l’invitation de Matignon, mardi : « Les décisions étaient déjà prises, on n’aurait été que des marionnettes. » Il prône désormais une dissolution de l’Assemblée nationale et une nouvelle élection à la proportionnelle.

« Les gens ne vont pas rentrer chez eux »

Mobilisé depuis le 17 novembre à l’échangeur du Magny, à Montceau-les-Mines (Saône-et-Loire), Pierre-Gaël Laveder, 43 ans, demande aussi la dissolution et un scrutin proportionnel. Il n’est pas convaincu notamment par la grande « concertation » évoquée par le premier ministre : « On crée des commissions qui s’étouffent par elles-mêmes et au final rien n’est fait. »

Au Magny aussi un sapin de Noël est apparu. Signe, pour Pierre-Gaël Laveder que « les gens ne vont pas rentrer chez eux ». « On est prêt à faire le jour de l’An ici ! On ne cessera que lorsqu’on obtiendra gain de cause. Ce mouvement de révolte va renverser quelque chose, les gens sont persuadés qu’ils vont gagner à la fin : il faut qu’on modifie les modes de scrutin. »

A l’heure où le gouvernement espérait éteindre la crise, des actions persistent partout en France : du barrage filtrant au blocage de plateforme logistique. On voit même de nouveaux « gilets » se mobiliser. Ainsi mardi soir, ils étaient cinq réunis devant la mairie de Montmagny (Val-d’Oise), pour la création d’un groupe local. Pour les surveiller, pas moins de deux policiers en civil.

Dans ce groupe, Serge Grossvak porte son gilet jaune en permanence depuis un mois. « Quand je faisais mes courses, en voyant mon gilet une dame m’a dit “vous êtes notre héros !” Je ne suis pas héroïque, mais ça dit l’atmosphère. »

Source Le Monde.fr – lire la suite de l’article

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