LE SCAN POLITIQUE – Arrivé au terme de son ultime mandat, Jean-Marie Le Pen a prononcé son dernier discours dans l’hémicycle du parlement européen à Strasbourg mardi.

«Députés qui êtes restés aveugles, sourds et muets, la postérité vous maudira.» C’est sur cette dernière bravade, lâchée dans l’hémicycle quasi désert de Strasbourg, que Jean-Marie Le Pen aura mis, mardi soir, un terme à près de quarante ans de vie parlementaire, dont 33 passés au parlement européen. Une sortie saluée par les applaudissements des eurodéputés RN Nicolas Bay, Steeve Briois, Marie-Christine Arnautu comme de son plus fidèle lieutenant, Bruno Gollnisch.

Appuyé au bras de son assistant personnel, Gérald Gérin, l’homme de 90 ans assure ne pas avoir de vague à l’âme en sillonnant pour la dernière fois le froid palais européen. «J’aurais pu rester plus longtemps. J’ai encore la tête pour ça, livre celui qui a un temps candidaté pour figurer sur la liste du RN pour le scrutin de mai. Mais ce n’est pas de tête dont a besoin ici, mais de pieds. Je ne manquerai ici, ni à mes devoirs, ni à mes collègues.» Dans l’ombre du «menhir», son épouse Jany Le Pen fait la moue. «Il y a forcément un peu de nostalgie, glisse-t-elle. Mais il était temps qu’il se soulage de tout ça. Qu’il pense un peu à lui et à terminer son bouquin.» Au second tome de ses mémoires prévu pour l’automne, Jean-Marie Le Pen a décidé d’ajouter un ultime chapitre «plus sentimental». «Celui-ci évoquera tous les sacrifices qui ont été consentis pour qu’un parti d’opposition comme le Front national puisse survivre. Des militants ont perdu leur situation, leur famille, voire ont trouvé la mort en raison de leur engagement politique. Je voulais avoir un mot pour eux», confie au Figaro le fondateur du Front national.

Non sans amertume envers une institution qui aura levé à six reprises son immunité parlementaire – et continue de lui réclamer 320 000 euros dans l’affaire des assistants présumés fictifs – le doyen de l’hémicycle dit ne garder, en guise de souvenir, qu’«un sentiment d’inutilité.» «Nous sommes dans un moulin à vent. Comme le meunier d’Alphonse Daudet, nous ne charrions dans notre brouette que des sacs de sables au lieu de sacs de blé. Pour faire illusion», moque-t-il, vociférant contre «le véritable chef qu’est l’administration européiste». Comme à l’encontre de son projet d’Europe fédérale «construit sournoisement depuis des décennies». Persuadé, à l’image de sa fille Marine Le Pen, que «la Nation a démontré sa supériorité comme cadre légal, politique et moral», le vieux chef émet cependant des réserves à demi-mot quant au nouveau projet européen dévoilé par le Rassemblement national, vingt-quatre heures plus tôt.

Si l’éternel non-inscrit veut croire que «les forces eurosceptiques peuvent s’unir et doivent le faire», l’avènement d’une hypothétique majorité souverainiste au Parlement européen ne permettrait pas, selon lui, une mutation de l’Union européenne en une «Europe des nations» chère à la formation nationaliste. «Le Parlement n’en a pas les pouvoirs. Surtout la règle de l’unanimité du Conseil européen (nécessaire à toute révision des traités, NDLR) est pratiquement impossible à satisfaire dès lors que le sujet devient un tant soit peu brûlant», souligne-t-il tandis que ses fidèles s’affairent dans son bureau à faire place nette, les bras chargés de cartons. «Voilà les déménageurs bretons!», lâche le natif de la Trinité-sur-Mer en guise d’encouragement.

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