Iran : entre révoltes et propagande, que s’y passe t-il vraiment ?


Loin des clichés, nous faisons le point sur la situation...


Accablée par les sanctions économiques suite à la sortie de Washington de l’accord nucléaire de 2015, le gouvernement iranien a dû prendre la décision d’augmenter le prix du pétrole afin de répartir convenablement les richesses auprès des classes les plus pauvres. Mais la colère face à cette hausse du prix n’a pas manqué et des protestations ont éclaté vendredi dans certaines villes. Le gouvernement décide alors de limiter l’accès à internet à travers le pays. Dans la presse internationale, c’est le tollé, les réactions et les leçons de morale sont de sortie. Un point sur la situation.

Jusqu’à la semaine dernière, les iraniens pouvaient acquérir jusqu’à 250 litres d’essence par mois à 0.11 centimes d’euros le litre. Mais ce n’est plus le cas, on passe maintenant à 60 litres par mois à 0.22 centimes par litre. Un coup dur pour ceux ayant de faibles revenus, et pour les chauffeurs de taxi/VTC, une activité très exercée par les jeunes en Iran.

Ajoutons à cela, la crise économique qui affecte le pays avec l’effondrement de la valeur du Rial, l’inflation à 40% et le manque d’amélioration en terme d’infrastructures et d’emplois qui aurait dû être résolue avec l’accord nucléaire avant que Donald Trump ne décide de faire marche arrière et n’augmente les sanctions, empêchant ipso facto le lancement de contrats d’un milliard de dollars. Pour 2020, le FMI prévoit une contraction et une stagnation de l’économie iranienne.

Malgré ces retombées économiques paralysantes, Hassan Rohani a soutenu la décision de la hausse du prix de l’essence, affirmant que l’argent gagné servirait à aider les classes les plus appauvries. Ce plan d’action participatif devrait générer environ 300.000 milliards de Rials par an (2.5 milliards de Dollars). C’est une mesure qui permet de rééquilibrer la balance. « Pour cela, nous devions soit augmenter les impôts sur la population et exporter plus de pétrole, soit recalculer les subventions en reversant une part à ceux qui sont le plus dans le besoin » a-t-il déclaré.

Usine de pétrole, Ahwaz, Province du Khuzestan, Iran, 25 juillet 2005. Crédit : REUTERS/Raheb Homavandi

Et voilà qu’en réaction à cette cacophonie, la presse internationale s’empare de l’info et l’enflamme dans une démesure totale. Que ce soit sur Twitter, Facebook, Instagram, ou ailleurs dans les médias, on lit les mêmes lignes, les mêmes invectives, mais jamais on ne parle des réactions du peuple sur place. Car quand bien même le réseau internet est limité, il est encore totalement possible d’utiliser un téléphone et d’entrer en communication avec les iraniens.

« Si vous réfléchissez une minute, vous voyez que quelque chose ne tourne pas rond… Pourquoi les iraniens, pris en laisse dans ce blocus économique et ne rêvant que d’une chose: que l’Iran puisse exercer son commerce librement et se développer avec plus de moyens, iraient-ils casser des banques où siège leur argent, des commissariats où travaillent ceux qui nous protègent, et des enseignes publiques où des iraniens travaillent? Nous sommes déjà assez coincés comme ça pour détruire encore plus notre beau pays! Que nous soyons d’accord ou pas avec cette hausse de l’essence, nous n’avons certainement pas pour but de faire de la casse. Nous savons très bien que depuis des années, des gens malintentionnés tentent de renverser le régime. Nous ne voulons plus d’un régime similaire à celui du Chah. Même si certains jeunes ont du mal à le comprendre car ils n’ont pas vécu cette période désastreuse« . Affirme Reza, père de famille à Téhéran.

Manifestation à Shiraz

Des leçons de morale venant des quatre coins du monde….

La presse jubile, on ne manque pas d’éditer de gros titres apocalyptiques, on représente un peuple plongé dans son ire. Incendies de voitures et de bus, routes bloquées par des manifestants, attaques contre des bureaux publics et des banques. Des émeutes à n’en plus finir. En effet, les images colportées font peur à voir. Ce qui a forcément fait réagir des représentants d’états, « outrés » par cette violence et par cette répression qui nous sont présentées.

L’ONU s’est aussi exprimée, et a fait part de son inquiétude suite aux décès de plusieurs manifestants, elle exige que Téhéran mette fin à la répression de la liberté d’expression et de manifestation : « Nous appelons les autorités iraniennes à éviter le recours à la force pour disperser les assemblées pacifiques. Les manifestants doivent manifester pacifiquement sans recourir à la violence physique et à la destruction de biens « .

Emmanuel Macron, quant à lui, a fait part de sa solidarité envers le peuple iranien. Notons que Christophe Castaner avait qualifié les casseurs qui avaient saccagé une statue du Maréchal Juin à Paris, « d’imbéciles, brutes et voyous ». Mais voilà que soudainement, ce même type de casseurs à l’autre bout du monde se transforme en « citoyens ayant le droit de manifester« . Très ironique de la part d’un gouvernement qui mutile ses manifestants et leur tire dessus à bout portant.

Donald Trump affirme également être de tout cœur avec le peuple iranien qui a raison de se soulever contre le régime des Mollahs. Il tweet par ailleurs, que le blocage d’internet a pour but de cacher la tragédie et la mort.

« L’Iran est devenue tellement instable que le régime a carrément censuré son réseau internet, ce qui empêche le grand peuple iranien de parler de ces énormes révoltes à travers tout le pays »

« Ils veulent ZÉRO transparence et pensent que le monde ne découvrira jamais la tragédie et la mort que le régime est en train de causer ! »

Est il nécessaire de rappeler le taux de criminalité et la corruption qui règnent aux États-unis ? Sans évoquer, bien sûr, leur politique interventionniste peu scrupuleuse qui a ruiné de nombreux pays, leur répression contre la liberté d’information avec l’exil d’Edward Snowden et la maltraitance infligée à Julian Assange… La liste serait trop longue.

Des missions sabotages organisées…

Selon la Russie, ces actes de vandalisme seraient des coups montés de l’étranger. C’est d’ailleurs ce que révèlent les forces de renseignement du corps des gardes de la révolution islamique (IRGC) de la province d’Alborz, qui ont identifié et arrêté 150 chefs de groupes subversifs ayant prévu des sabotages dans la province.

Certains d’entre eux ont avoué avoir été embauchés par des personnes qualifiées à l’intérieur et à l’extérieur du pays, pour incendier et détruire des propriétés et des bâtiments publics en échange d’argent. Les manifestants présents sur place ont refusé de se joindre aux émeutiers. De même que dimanche, l’IRGC a arrêté deux leaders de ces groupes de sabotage à Shiraz où tout se déroulait dans le plus grand des calmes. Ces deux personnes ont affirmé avoir été embauchées par certains pays étrangers pour inciter les gens à attaquer des centres importants dans les villes en échange d’argent et de biens immobiliers. Ils étaient aussi chargés de filmer les actes de destruction et de les envoyer à leurs dirigeants en question. Au programme: incendier des centres de police, des voitures et détruire des bâtiments gouvernementaux ainsi que des stations-service.

Émeutes dans les rues de Téhéran. Crédit Photo : AFP

Comme un air de déjà-vu….

L’Iran, avec ses 80 millions d’habitants, est l’un des plus grand pays au monde mais aussi et surtout l’une des plus grandes sources de pétrole, qui malheureusement n’a pas toujours fait le bonheur de son peuple. En effet, depuis 1908, c’est l’Anglo-Iranian Oil Company (AIOC) qui contrôlait l’exploitation pétrolière du pays, mais la plus grande partie des profits étaient réservée à Londres.

Après un ras le bol général, le 15 mars 1951, le parlement iranien décide de nationaliser cette énergie fossile, ce qui met brutalement fin au contrôle de L’AIOC. L’ONU jugera cette décision comme un « danger pour la paix et la sécurité internationale« . C’est le début d’une longue série de blocus et de chantages politiques.

Mais avec l’arrivée du Dr Mossadegh au gouvernement, l’Iran va connaître une once d’espoir. Celui-ci dénonce fermement l’ingérence étrangère dans les affaires internes du pays et dans l’exploitation des ressources. Les britanniques sont alors forcés de suspendre leurs activités et d’évacuer leur personnel du territoire iranien.

Mais ils ne comptent pas capituler aussi facilement. Alors par le biais du MI6 et de la CIA ils décident d’organiser un putsch sous le code « Opération Ajax » ayant pour mission de fomenter de faux attentats, de corrompre des députés, de payer des « manifestants », de diffuser des rumeurs et le point d’apothéose: réaliser un coup d’état. Le premier ministre Mossadegh est alors renversé et supplanté par la dictature du Chah Reza Pahlavi. Ce dernier zèle en faveur des États-unis: commandes de milliards d’armements, dépôt de sommes d’argent conséquente à la Chase Manhattan Bank, création d’une police dictée par la CIA: la Savak, avec laquelle il procéda à des arrestations et tortures de masse, ainsi que plus de 6000 massacres (le 5 juin 1963). Les directives de l’opération Ajax indiquaient que « si le Chah ne suit pas les propositions du gouvernement et ne signe pas les documents correspondants, les États-unis agiront même sans la coopération du Chah« .

Révolte de masse et répression sous la dictature du Chah dans le pays, le 05 Juin 1963

Le 13 août 1953 marquera la révocation du Dr Mossadegh. Il sera arrêté, jeté en prison et assigné à résidence jusqu’à la fin de sa vie. La nationalisation du pétrole est alors annulée. Les américains adoptent une posture dominante et dirigent les activités économiques.

Le Dr Mossadegh, arrêté par la police du Chah

« Nous avons pu nous assurer le contrôle total du pétrole iranien… À l’heure actuelle, le Chah ne saurait entreprendre le moindre changement dans la composition de son gouvernement sans consulter notre ambassadeur accrédité auprès de lui » déclarait Nelson Rockefeller, président d’Exxon et de la Chase Manhattan Bank.

En 1979, le Chah sera renversé par l’Ayatollah Khomeini. Nombreux sont les européens et les américains qui ne comprennent pas sa popularité auprès du peuple et même de ceux qui ne partageaient pas son point de vue religieux. « Si un officier américain assassinait le Chah d’Iran, nous ne pourrions même pas le traduire en justice, mais si le Chah d’Iran touche à un seul cheveu d’un américain, ils le traduiraient en justice« . Khomeini dénonça ainsi le pouvoir impérial des États-unis sur l’Iran. Il avait gagné la confiance du peuple et appela les iraniens à reprendre leurs droits et leur dignité.

1979, l’Iran toute entière soutient l’Ayatollah Khomeini

Cependant, on ne peut pas ignorer cette jeunesse iranienne, n’ayant pas de recul sur la période du règne americano-perse du Chah, et souffrant de cette précarité de l’emploi. Tiraillés aussi entre ce fantasme d’une vie à « l’occidentale », et leur culture. Un ras le bol général et une envie d’envol et de découverte touchent une partie de ces iraniens. Comme dans tous les pays, en tout lieu en tout temps, il y a des réactionnaires, des bords politiques et religieux différents, des apolitiques. Des sensibilités et des opinions à entendre et à ne pas oublier. Mais ce que l’on constate c’est un acharnement de la presse internationale à ne relater que ce mal-être touchant cette partie de la population, devenu une récupération politique et civilisationnelle. Comme à son habitude, on exploite le superflu pour dissimuler les vrais problèmes.

Une semaine après le début des émeutes, la tension s’est dissipée. Les émeutiers arrêtés. Leur décision judiciaire est à suivre. Hassan Rohani a déclaré ces quelques mots : « Notre peuple est sorti victorieux à diverses reprises face au complot des ennemis, et cette fois encore, face à ces émeutes – qui étaient un complot de l’ennemi contre la sécurité [de la Nation], le peuple a été totalement victorieux« .

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Frank Saez
2 années il y a

Super article.Bravo.

Claude Tartas
2 années il y a

Bonjour, Je suis un habitant d’Auvers sur Oise. J’ignore qui est à l’origine de ce reportage mais côtoyant les responsables du CNRI Conseil National de la Résistance Iranienne depuis la rafle du 19 juin 2003 je suis surpris que votre reportage ne fassent jamais mention de cette résistance. Comment et pourquoi le CNRI branche politique de l’OMPI Organisation des Moudjahidines du Peuple d’Iran dont Massoud RADJAVI est l’un des représentant de cette résistance, ont-t-ils élu domicile dans notre village de 7800 habitants? L’un de ses frères Saleh Radjavi cardiologue à l’hôpital du Plessis, possède une résidence rue des Gords à… Lire la suite »

Bakloe
2 années il y a
Reply to  Claude Tartas

Qui les financent et à quel titre les suivez-vous dans leurs déplacements ?

Bakloe
2 années il y a

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