Travailler plus, pour gagner pareil (voire moins) !

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Comment relancer l’économie française très durement touchée par la crise du Covid-19 ? Le gouvernement ainsi que de nombreuses organisations se penchent sur le sujet. L’Institut Montaigne, un centre de réflexion libéral, dans une note publiée ce jour, propose ses idées et milite, comme le syndicat patronal, pour un allongement du temps de travail à travers plusieurs mesures “chocs” qui pourraient avoir des conséquences durables sur la vie des Français.

Le Medef, le syndicat patronal, a donc été le premier à prôner un allongement du temps de travail à la sortie du confinement. C’était le 10 avril dernier, dans une interview au Figaro. Son président, Geoffroy Roux de Bezieux, entendait alors mettre sur la table la question du temps de travail, des jours fériés et des congés payés pour soutenir la reprise économique. Il déclarait alors : « il faudra bien se poser la question tôt ou tard du temps de travail, des jours fériés et des congés payés pour accompagner la reprise et faciliter, en travaillant un peu plus, la création de croissance supplémentaire. »

Accroissement du temps de travail, sans paiement immédiat des heures supplémentaires

Pratiquement un mois plus tard, c’est au tour de l’Institut Montaigne de relancer le débat. Il s’agit d’un groupe de réflexion (aussi appelé think tank) d’orientation libérale, qui regroupe des cadres d’entreprises, des hauts-fonctionnaires, des universitaires ou encore des représentants de la société civile. L’organisation est dirigée par Laurent Bigorgne. Dans une note parue aujourd’hui, celui-ci avance neuf propositions, dans le but de redresser l’économie française, faisant face à la plus forte récession de son histoire récente.

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En préambule, disons que l’Institut Montaigne n’évoque pas de toucher aux 35 heures hebdomadaires de travail, par un retour généralisé aux 39 heures par exemple. Il faut dire que les 35 heures ont été très largement assouplies voir enterrées sous le quinquennat Hollande, dont Emmanuel Macron a été le ministre de l’économie.

En revanche, l’Institut préconise par exemple, pour « rebondir face au Covid-19 […] d’assouplir quelques verrous juridiques persistants » en permettant aux entreprises de « déroger au temps de repos quotidien de 11 heures minimum par jour ». Il préconise aussi la suppression d’un jour férié à partir de l’an prochain, à savoir celui de l’Ascension. Une mesure qui serait définitive donc. Il propose également d’encourager la formation en dehors du temps de travail, avec l’accord du salarié tout de même.

Du côté des services publiques, le think tank prône l’extension des horaires. « Les fonctionnaires de secteurs d’activité nécessaires à la vie économique ou en tension […], en contrepartie d’une rémunération supplémentaire et après concertation avec les organisations syndicales » est-il écrit dans la note. Pour être crédible, l’état devrait d’abord solder les heures supplémentaires impayées, est-il aussi souligné. Dans la fonction publique toujours, il propose de diminuer, provisoirement, les RTT.

Une autre mesure évoquée risque de faire grincer des dents. En effet, Montaigne avance l’idée d’un paiement différé des heures supplémentaires, souhaitant ainsi un « accroissement du temps de travail sans pour autant que la rémunération supplémentaire correspondante ne soit versée immédiatement. » En somme, pour le public, l’institut recommande à l’état de payer les heures supplémentaires, mais il milite pour un délai de paiement de ces heures supplémentaires pour le privé, c’est-à-dire pour les entreprises. Autre proposition qui risque de faire grincer quelques dents : supprimer la première semaine des vacances scolaires de la Toussaint, afin de rattraper le retard accumulé durant le printemps.

Alors, ces propositions peuvent-elles avoir un écho au plus haut niveau de l’état ? C’est plus que possible. En effet, le directeur de l’Institut, Laurent Bigorgne, semble être très proche d’Emmanuel Macron, comme le souligne Mediapart.

Des propositions critiquées par les syndicats

Des propositions déjà vivement critiquées par la CGT, par la voix de son porte-parole Benjamin Amar sur LCI :

« C’est de la poudre aux yeux […] On connaît très bien comment ça se passe, on propose une ‘dégueulasserie’, c’est du provisoire qui dure longtemps et le provisoire se transforme en pérenne » a-t-il ainsi dénoncé. Les réseaux sociaux s’en sont également donné à coeur joie.

Au vu de ce dernier tweet, nous comprenons mieux pourquoi ce think tank marche dans les pas du Medef. Toutefois, pourquoi demander aux Français de travailler plus pour relancer l’économie alors qu’ils ne sont pas responsables de sa mise à l’arrêt ? Le personnel soignant par exemple, acceptera-t-il de travailler plus ? Après avoir privé les Français de leurs droits fondamentaux de circuler, accepteront-ils de travailler plus sans la moindre hausse de salaire ? Pourquoi cette organisation fait-elle tout pour soutenir les entreprises et leurs capacités de production, sans pour autant soutenir le pouvoir d’achat et la consommation des ménages ? Autant de questions qui peuvent être soulevées à la lecture de ces propositions.

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