Notre entretien exclusif intégral avec Patrick Maffeis, directeur des opérations pour l’Europe de GE Power, et Antoine Peyratout, directeur général du site GE Gaz de Belfort. Ils affirment que la société américaine ira au bout de son plan social, restera implantée à Belfort et travaille à un projet de diversification dans la production de pièces pour l’aéronautique.

La question que tout le monde se pose est, évidemment : General Electric, après ce plan social, cette coupe dans les effectifs, va-t-il rester à Belfort ?

Patrick Maffeis : “GE est présent à Belfort depuis 1959, cela fait soixante ans. GE y a investi ces trois dernières années, malgré une situation hypertendue… L’année dernière, on a enregistré près d’un milliard de pertes dans la division GE Power, ce qui correspond à trois millions par jour. On a quand même investi sur le site de Belfort, rien que pour l’activité gaz, 150 millions sur 3 ans. Un industriel responsable n’aurait pas investi 150 millions sur le site, s’il n’y avait pas d’avenir pour celui-ci. N’oublions pas que GE à Belfort c’est un site diversifié, dans les activités turbines à gaz, turbines vapeur, hydroélectricité et systèmes de conversion électrique. GE a été, est et restera présent à Belfort.”

Le plan social y est quand même d’ampleur…

P.M. : “Au sein de l’activité Gaz, un projet a été présenté pour Belfort. Il est la conséquence d’un projet beaucoup plus global, à l’échelle mondiale. Belfort est le dernier touché, malheureusement… Parallèlement nous avons présenté un projet concernant nos services partagés, essentiellement dans les fonctions finance.”

Dernier touché à cause des engagements qui avaient été pris pour la France par la direction de GE…

P.M. : “À cause des engagements que GE avait pris et a voulu tenir et parce que l’activité permettait pendant un certain temps d’accepter un certain nombre de surcoûts. Mais on arrive au bout de ce que GE pouvait faire. Ce plan a touché plus de 12 000 personnes dans le monde. Le chiffre de 792 personnes pour le site gaz de Belfort n’est pas sorti d’un chapeau. Cela montre que les équipes se sont focalisées dans le détail sur chaque position qui a été pesée au niveau global et sur l’aspect local. Malheureusement, aujourd’hui, on n’a pas de plan B. Ce projet, on peut en discuter, mais nous avons besoin de partenaires en face pour en discuter. La politique de la chaise vide ne sert les intérêts de personne.”

Ce qui est reproché, c’est qu’à un certain niveau de baisse des effectifs, il n’y aura plus la possibilité d’accompagner une reprise du marché et qu’on se prive de l’opportunité de redémarrer.

P.M. : “Je comprends le regard local, mais il faut regarder la structure de l’ensemble des autres sites de GE Gaz qui ont subi, absolument, les mêmes contraintes et certains ont largement dépassé le seuil de contraintes qu’on envisage pour le site de Belfort, que ce soit les États-Unis, l’Angleterre, l’Allemagne, la Suisse. Tous les pays ont fait des efforts considérables.”

Un point qui revient souvent est de dire qu’il y a transfert d’une partie de la production vers les États-Unis pour maintenir à flot la production des usines américaines.

P.M. : “Oui et non. Oui, parce que la décision de traiter au niveau global, mondial, la production fait qu’on concentre un certain nombre d’activités sur certains sites, pour éviter d’avoir à dupliquer les investissements. Cela impose des choix. Mais de la même manière qu’on transfère des choses aux États-Unis, on en rapatrie sur Belfort.”

Qu’est-ce qu’on a rapatrié sur Belfort ?

P.M. : “Une ligne d’ailettes complète.”

En matière de volume de travail, ces échanges sont équilibrés ?

P.M. : “Pour Belfort, dans un contexte où la charge globalement a diminué, on ne va pas retrouver les volumes d’ailettes qu’on avait avant. On arrive sur une balance, malheureusement pas sur les effectifs de départ car les volumes baissent. On essaye d’avoir un comportement équilibré quand on regarde le plan de charge de l’usine américaine et de l’usine de Belfort. Cette règle est appliquée depuis des années et il y a des turbines, qui peuvent être faites des deux côtés, qui servent de variable d’ajustement pour équilibrer les deux sites.

On peut nous faire des procès d’intention, mais notre volonté c’est d’essayer de rester un industriel compétitif dans un secteur qui est sous pression. Cinq ans, 50 % de moins en volume. Les mêmes qui avant-hier parlaient d’une niche gaz qui allait perdurer n’avaient pas vu la montée des énergies renouvelables qui, aujourd’hui, représente 70 % des nouvelles capacités installées. On a mal anticipé la bascule qui s’est opérée mais nous ne sommes pas les seuls : Siemens et Mitsubishi sont dans la même situation.”

Quand vous parlez de volume de production, quelle est l’unité de mesure ?

P.M. : “Aujourd’hui, c’est le Gigawatt. Dans notre métier, on mesure des besoins en Gigawatts et après on les transforme en turbines, avec différentes tailles de turbines.”

– Antoine Peyratout. À Belfort, on fait beaucoup moins de machines qu’avant. On fabrique 30 machines contre 45, 50 il y a encore deux ou trois ans. Mais ce ne sont pas les mêmes machines, elles sont plus grosses. Mais même avec ce mix, cela nous fait beaucoup moins d’heures de travail. À ce jour, nous avons 23 % de sous charge dans nos ateliers.

C’est à périmètre constant ou la baisse de charge à Belfort correspond à une montée en charge des États-Unis ?

P.M. : “Non, chiffres en mains, on équilibre en permanence. On est sur des volumes équilibrés qui permettent de balancer les deux sites. On n’est pas en train de spolier Belfort pour favoriser le reste du monde.”

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