Et un épisode de plus...

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L’affaire Carlos Ghosn secoue l’actualité internationale du moment. Comment l’un des plus grands patrons du Cac 40, l’un des plus grands PDG mondial s’est-il retrouvé en prison au Japon et a-t-il fuit le pays tel un gangster ? Et pourquoi, malgré la gravité des charges qui pèsent contre lui, reçoit-il autant de soutiens de la part d’une large partie de la classe politique française ?

L’affaire Ghosn a commencé en novembre 2018. Accusé de malversations financières, le PDG de l’alliance Renault-Nissan-Mitsubishi Motors, l’un des plus grands groupes automobile mondial, est arrêté au Japon et mis en détention.

Comme patron de Nissan, les autorités du pays lui reprochent des absences de déclarations d’activités et de revenus. Au fil des jours, la presse locale fait fuiter des révélations accablantes. Carlos Ghosn est suspecté de fausses déclarations auprès des autorités financières et boursières japonaises pour n’avoir pas déclaré 30 millions d’euros de revenus entre 2010 et 2015. De plus, il aurait sous-estimé son salaire de 25 millions d’euros entre 2015 et 2016, et aurait signé un accord secret de retraite-chapeau à hauteur de 70 millions d’euros. Des revenus hors normes pour celui qui, dès le début de sa présidence chez Nissan à partir de 1999, avait mis en place un plan d’économies drastiques lui valant le surnom de « Cost Killer » (Chasseur de gaspillage).

Abus de bien sociaux et emplois fictifs

Mais l’affaire ne s’arrête pas là. Il aurait fait endosser des pertes personnelles à Nissan sur des produits dérivés financiers pour 14 millions d’euros lors de l’effondrement de la banque Lehman Brothers en 2008. Le rôle de sa sœur aînée est également mis en cause dans un soupçon d’emploi fictif chez Nissan, au travers de rétro-commissions occultes en Inde et au Brésil.

À partir de 2013, un audit comptable et financier a commencé à exprimer des doutes sur l’achat de résidences de luxe au Liban et au Brésil, mises à la disposition de Ghosn, et effectué à travers une filiale de Nissan. Pour mener ses enquêtes et établir ses accusations, le procureur s’appuie sur les déclarations du repenti et lanceur d’alerte Hari Nada, ancien bras droit de Ghosn et administrateur de la filiale en question.

Une sympathie globale de la part de la classe politique et médiatique française

« Il n’y a rien de particulier à signaler sur la situation fiscale de Carlos Ghosn en France » avait pourtant déclaré Bruno Le Maire au lendemain de son arrestation. Rien de particulier en effet, car Carlos Ghosn ne paie plus d’impôt en France depuis 2012, s’étant fiscalement expatrié aux Pays-Bas afin de bénéficier d’une fiscalité plus avantageuse.

En mars 2019, le tribunal de Tokyo lui octroie une libération conditionnelle. Plusieurs journaux comme Le Figaro ou le JDD évoquent l’affaire en parlant « d’une justice de l’otage », pointant la dureté du droit japonais et de la période souvent longue (plusieurs mois ou années) durant laquelle un accusé est détenu et interrogé avant tout procès. Début avril, il est de nouveau arrêté et placé en détention pour abus de confiance aggravé. Jean-Yves Le Drian, ministre français des Affaires étrangères, appelle alors le Japon « à faire respecter les droits de Ghosn ».

Sa nouvelle détention ne durera pas des mois ou des années. Le 25 avril 2019, le désormais ancien PDG est encore une fois libéré par la justice japonaise, en l’échange d’une caution, et assigné à résidence avec interdiction de quitter le pays. En outre, il lui est interdit de communiquer avec sa femme Carole.

Un an après le début de l’affaire, en novembre 2019, une trentaine de députés, dont le président des Républicains Christian Jacob, celui de l’UDI Jean-Christophe Lagarde, la députée En marche Anne Genetet et les sénateurs LR Gérard Longuet et Bruno Retailleau signent une tribune. Ils y dénoncent « la longueur et la brutalité de la détention de Carlos Ghosn, doublées d’un acharnement judiciaire ». Toutefois, si Carlos Ghosn n’avait pas le droit d’aller à l’étranger, une fois libéré, il vivait relativement libre de ses mouvements à l’intérieur du Japon, moyennant quelques restrictions de durée de séjour hors de la capitale.

« Nous avons fait tout ce qui est nécessaire pour que Carlos Ghosn ait la protection consulaire, pour que sa présomption d’innocence soit défendue. C’est notre rôle. » répondait alors Bruno Le Maire à cette initiative de parlementaires. En revanche, concernant un éventuel rapatriement de Ghosn du Japon vers la France, le ministre déclarait que ce n’était pas son rôle.

Carlos “Gone” ne sera pas extradé au Japon s’il revient en France

Dernier épisode en date : sa fuite rocambolesque et mystérieuse du Japon le 29 décembre dernier. Sous le coup de quatre inculpations pour corruption, Carlos Ghosn s’enfuit clandestinement à bord d’un avion privé et atterrit à Beyrouth au Liban, son pays natal, où il retrouve son épouse. Des zones d’ombre persistent néanmoins sur les conditions de ce voyage. Le pays du Soleil-Levant se demande toujours comment l’homme d’affaires a-t-il réussi à quitter son territoire, alors qu’il était sous contrôle judiciaire et assigné à résidence, ses passeports ayant été confisqués. Son avocat japonais s’est dit abasourdi par la nouvelle. Comment un homme dont le visage faisant la Une de l’actualité depuis plusieurs mois peut-il quitter le pays dans le plus strict anonymat ? Un temps, la chaîne de télévision MTV Liban a expliqué que l’homme d’affaires avait fait venir un groupe de musique chez lui pour repartir à leurs côtés, caché dans une malle destinée au transport d’un instrument. Un scénario démenti depuis.

Carlos Ghosn détenait deux passeports français, dont un qu’il portait sur lui. Cependant, il ne semble pas l’avoir utilisé pour s’échapper. Il est donc soupçonné d’avoir employé un «moyen illégal» de sortie du territoire (sous une autre identité ou en échappant aux contrôles), souligne la chaîne publique de télévision NHK citant des sources proches des enquêteurs. En tout état de cause, selon un document de LCI et TF1, le « fugitif »  a semble-t-il passé un agréable réveillon en famille.

La dernière déclaration de soutien en date est celle de la secrétaire d’état à l’économie, Agnès Pannier-Runacher. Cette dernière a insisté, comme Bruno Le Maire son ministre de tutelle, sur le fait que la France n’extradait pas ses nationaux. « Si monsieur Ghosn venait en France, nous n’extraderons pas monsieur Ghosn » a-t-elle déclaré.

Monsieur Ghosn semble cependant avoir choisi le Liban car il a également peu de chances d’y être expulsé. En effet, il n’existe pas de traité d’extradition entre le Japon et le Liban. Cependant, une toute dernière information vient de tomber au moment où nous écrivons ces lignes. Le ministre de la justice libanais annonce avoir reçu une demande d’arrestation d’Interpol (la police criminelle internationale). L’ex-patron de Renault-Nissan fait l’objet d’une « notice rouge » pour les fugitifs recherchés dans le cadre de poursuites.

Il est intéressant de noter le soutien apporté par le gouvernement français à plusieurs dirigeants controversés de la finance mondiale. Il sera intéressant de suivre l’évolution de cette affaire de plus en plus hollywoodienne, et, au vue des nouveaux éléments, de voir comment nos dirigeants réagiront dorénavant. Gageons que si Carlos Ghosn avait été un justiciable français comme les autres, l’État aurait tout fait pour permettre d’éclaircir les très lourdes accusations qui pèsent contre lui et faciliter les procédures. Ce n’est clairement pas le cas pour Carlos “Gone”.

BONUS : ci-dessous, vous pouvez visionner le fastueux et démesuré mariage au Château de Versailles de Carlos Ghosn, qui a privatisé le palais, l’a peuplé de figurants en tenue d’époque, et a pris la place du roi soleil pour l’occasion. Un homme modeste, à n’en pas douter.

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