RECIDIVE. Le centre pénitentiaire d’Alençon-Condé-sur-Sarthe a été le théâtre d’une nouvelle prise d’otages mardi par le détenu Francis Dorffer, auteur de cinq précédents actes du même type.

« Champion de la prise d’otages carcérale », « coutumier des faits »… Au lendemain de la prise d’otages de deux surveillants, dont une stagiaire, au centre pénitentiaire Alençon-Condé-sur-Sarthe (Orne), les qualificatifs ne manquent pas pour brosser le portrait de son auteur, Francis Dorffer. Le détenu compte désormais six prises d’otages à son actif en prison.

Né à Hayange (Moselle) en 1984, il est un habitué du système judiciaire. Son incarcération en continu a débuté le 24 avril 2000. Il est condamné à six années d’emprisonnement, à l’âge de 16 ans, pour « vol avec violence » et « viol » après avoir contraint l’un de ses camarades de foyer à lui faire une fellation. Depuis, cet « enfant de la maison d’arrêt » comme le décrit son ancien avocat Me Thomas Hellenbrand, a enrichi son sombre palmarès. Il a dû répondre devant la justice pour des faits de violences, menaces de mort sur des gardiens, assassinat de son codétenu à Metz et ses prises d’otages en série. Francis Dorffer ne sera libérable qu’en 2060.

Le Lorrain a connu une enfance chaotique, secouée par la mort de sa sœur à l’âge de 19 ans à la suite d’une overdose. « Il n’y a plus eu ni affection, ni amour à la maison. C’est elle qui s’occupait de moi, elle avait pris le rôle de la mère, débordée par son travail, mon frère et mon père qui buvait », raconte-t-il dans les colonnes de L’Est Républicain.

« Troubles psychiatriques »

Du fait de son profil psychiatrique jugé lourd, ses « troubles » reconnus et sa carrière carcérale prolifique, selon le ministère de la Justice, le détenu de 35 ans est inscrit au registre des DPS (détenu particulièrement signalé). Il est suivi pour « radicalisation au sens très large » indique une source pénitentiaire à l’AFP. « Il n’a rien à voir avec Chiolo [le détenu radicalisé, auteur de la précedente attaque à la prison de Condé]. »

Ballotté de prison en prison, Francis Dorffer a fréquenté une vingtaine d’établissements. « Je vais crever en taule, alors qu’est-ce que je risque ? Je peux tuer encore, frapper, faire toutes les conneries, ça ne sera pas pire pour moi », avait-il lâché gravement, en 2006 devant la cour d’assises de la Moselle. Il était alors jugé pour l’assassinat sauvage de son codétenu.

Pour rappel, dans la nuit du 14 au 15 septembre 2003, un différend au sujet d’un programme télévisé éclate entre Francis Dorffer et Michel Gober, son compagnon de cellule à la prison de Metz-Queuleu. Le premier ne supporte plus le second notamment par peur de ses « pratiques vaudou », détaille Me Thomas Hellenbrand. Il le frappe, le bâillonne, le ligote et l’égorge avec une fourchette. Gober, 19 ans et originaire de la Guyane, devait être libéré quinze jours plus tard. Cette affaire vaut à Francis Dorffer sa plus longue peine : 30 ans de réclusion, assortie de 20 ans de sûreté.

Un mode opératoire récurrent

Mais ce sont ses six prises d’otages en prison qui fondent sa « notoriété ». En 2006, il retient une psychiatre à la prison de Nancy, en 2009, un surveillant à Clairvaux (Aube), en 2010, un psychiatre à la Santé (Paris), en 2011, un gardien à Poissy (Yvelines) et en juin 2017, avec deux autres détenus, il maintient en captivité un surveillant de la maison centrale d’Ensisheim (Haut-Rhin). Il est condamné en avril 2018 à Colmar, à 12 ans de prison.

Bien qu’elles se soient toutes terminées sans blessé et par une reddition du forcené, ses attaques à répétition posent la question de la gestion des détenus dangereux. Et les revendications de Francis Dorffer vont toujours dans le même sens : faire pression sur l’administration pénitentiaire pour céder à ses demandes. Il souhaite par-dessus tout se rapprocher de sa femme, la sœur d’un ancien codétenu rencontrée au parloir en 2008, et de leur enfant.

La prison de Condé-sur-Sarthe, où il est incarcéré depuis moins de deux ans, n’y a pas fait exception. « Hier soir, un détenu tristement célèbre pour ses faits de violence et de prises d’otages, a tendu un piège à deux surveillants de Condé sur Sarthe », rapporte le syndicat FO Centre Pénitentiaire Alençon-Condé-sur-Sarthe. C’est après avoir servi le repas « dans la dernière cellule » qu’il serait passé à l’action.

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