Sujet plus complexe qu'il n'y paraît !

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La statue de Jean-Baptiste Colbert, initiateur du Code noir, a été vandalisée mardi. Pourtant, malgré les critiques qui fusent depuis plusieurs semaines à l’encontre de cet ancien ministre de Louis XIV, beaucoup peinent encore à justifier réellement cette hostilité.

Qui était Jean-Baptiste Colbert ?

Jean-Baptiste Colbert, né le 29 août 1619 à Amiens et décédé le 6 septembre 1683 à Paris, était un des principaux ministres de Louis XIV mais également l’un de ses très proches conseillers. Tout au long de sa vie, il a accumulé plusieurs fonctions : secrétaire d’État de la Marine, secrétaire d’État à la Maison du Roi, contrôleur général des Finances ou encore surintendant des Bâtiments, Arts et Manufactures de France. Issu d’une riche famille de marchands, il travaille, durant une vingtaine d’années où il sert fidèlement la couronne, à faire de la France une puissance commerciale et industrielle. Père du « colbertisme », il souhaite attirer les richesses « de dehors et les conserver dedans ». C’est ainsi qu’il fonde en 1664 la Compagnie des Indes, afin de développer le commerce français et concurrencer notamment les Hollandais et surtout les Anglais. Deux ans plus tard et conscient que la science amène le progrès, il crée en 1666 l’Académie des Sciences, qui regroupe des savants français mais aussi étrangers, tous spécialistes reconnus dans divers domaines scientifiques. Réformateur, il décide de s’attaquer au problème de l’esclavage mais surtout du flou juridique qui l’entoure. Il entame alors la rédaction du Code noir, mais décède avant de pouvoir le terminer : son fils et successeur, le marquis de Seignelay, achève sa rédaction et Louis XIV le promulgue en 1685.

Qu’est-ce que le Code noir ?

Initialement nommé « Édit du Roi sur la police de l’Amérique française », le Code noir subira plusieurs modifications (dont le nom) avant d’être abrogé définitivement en 1848. Interdit en métropole, l’esclavage est massivement utilisé dans les colonies françaises : c’est le fameux “commerce triangulaire”, c’est à dire la traite négrière, la mise en esclavage des Noirs, considérés alors comme des êtres inférieurs. Sans remettre en cause ce statut, Jean-Baptiste Colbert décide toutefois d’encadrer les relations entre les maîtres et les esclaves, lesquelles échappent totalement à la législation en vigueur en France métropolitaine. Cependant, en voulant encadrer ces relations, ils les légalisent, c’est un fait. C’est donc dans un recueil de 60 articles que sont dictés les devoirs – mais aussi paradoxalement quelques « droits » – des esclaves. Les maîtres peuvent désormais faire face à la justice s’ils ne suivent pas ces nouvelles “règles”, et doivent désormais entretenir, à leurs frais, leurs esclaves. Le Code noir valide et autorise les châtiments corporels, mais il donne en maigre compensation quelques vagues indications sur la « bonne traite » des esclaves, en ce qui concerne les domaines de l’habillement, de l’affranchissement, de la religion, du mariage, de la nourriture, et même d’une relative « retraite ». Bien sûr, l’esclavage est une chose abominable que rien ne saurait justifier, mais il est important d’analyser une loi dans son contexte historique. Et il faut rappeler que cette réglementation nouvelle dans les îles françaises, tout en légalisant l’esclavage, ce qui est bien sûr hautement condamnable, octroie un certain nombre de « protections » – du moins théoriques, car l’État s’est-il réellement donné les moyens de punir les maîtres qui enfreignaient les règles ? – aux esclaves, là où auparavant aucune règle juridique n’existait et où l’esclave était livré totalement à l’arbitraire de ses propriétaires.

La statue de Colbert vandalisée

https://twitter.com/Antinegrophobie/status/1275591830642528256

Mardi 23 juin, la statue de Jean-Baptiste Colbert trônant devant l’Assemblée nationale a été vandalisée par un membre de la « Brigade Antinégrophobie », qui a recouvert en partie la statue par de la peinture rouge et inscrit « négrophobie d’État » sur le socle. Rapidement interpellé, l’homme s’est justifié : « c’est une statue qui vient prôner la négrophobie, le meurtre des Noirs, le viol des Noirs, la torture des Noirs ». Pour lui, Colbert a « industrialisé et institutionnalisé la négrophobie et le meurtre des Noirs ». Cette statue serait ainsi le symbole d’un « racisme systémique » et d’une « négrophobie systémique ».

Un lycée Colbert renommé en Rosa Parks

Par ailleurs, le lycée Colbert – Sophie Germain de Thionville sera débaptisé et renommé Rosa Parks, en référence à l’activiste noire américaine connue pour avoir refusé de céder sa place à un homme blanc dans un bus en 1955. La région Grand Est a précisé que le processus est éloigné de « toute contingence politique », et qu’il n’y a donc aucun lien avec le mouvement « Black Lives Matter ». Au contraire, cette réflexion daterait de septembre dernier, où plusieurs noms étaient déjà en concurrence : Rosa Parks, Simone Veil et Wangari Muta Maathai, prix Nobel de la paix kenyane en 2004. Il serait tout de même bon de rappeler qu’en France, trois ans avant le début de la ségrégation raciale aux États-Unis en 1876, Severiano de Heredia devenait le premier élu noir : d’abord maire, puis député et enfin ministre. La France était-elle alors si raciste que certains le prétendent maintenant ?

« Si j’avais fait pour Dieu ce que j’ai fait pour cet homme, je serais sauvé dix fois », à croire que cette citation de Jean-Baptiste Colbert était prémonitoire.

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1 mois il y a

Les anglo saxons qui dominent la planète par leur propagande permanente font tout pour faire passer les français et les espagnols comme les seuls responsables de tous les maux de l’Histoire..; N’oublions pas que les derniers esclavagistes sont les Etats Uniens… Revisitons la ségrégation des années 1960 aux Etats Unis ou encore l’apartheid des années 1980 en Afrique du Sud.. Revoyons aussi toutes les vedettes noires qui se sont réfugiées en France au XXè siècle car ils n’avaient aucune chance aux Etats Unis… Et les nouvelles générations acculturées de notre pays arrêteront peut-être de manifester contre la France et son… Lire la suite »

Avlula
1 mois il y a

Euh l’esclavage ne s’est jamais arrêté, il a muté c’est tout… En Libye on est de retour quelques siècles en arrière.