Les dates de péremption seraient à l’origine de plus de 20% du gaspillage alimentaire dans les foyers européens. Une absurdité économique et écologique.
Qui n’a pas déjà jeté un produit d’après la date inscrite dessus, sans même chercher à savoir s’il était vraiment impropre à la consommation ? Dans une société où la consommation est reine, on en oublie souvent le bon sens. Pourtant la date limite de consommation imposée par la loi, telle qu’on la connaît aujourd’hui n’existe officiellement en France que depuis 1984. Ce genre de détail n’est pas anodin, puisque chaque français perd en moyenne près de 160€ dans le gaspillage alimentaire chaque année. Une économie non négligeable, lorsque l’on sait que la crise pourrait bien faire augmenter les prix des aliments.
Des mentions qui prêtent à confusion
Il existe une nuance que beaucoup de gens ignorent entre date limite consommation (DLC) et date limite d’utilisation optimale (DLUO). La première prévient effectivement de possibles risques sanitaires ; on la retrouve sur les emballages avec l’intitulé « À consommer avant le … ». La seconde, signifiée par la mention « À consommer de préférence avant le … » prévient simplement d’une possible dégradation des qualités gustatives du produit après une date donnée. En revanche, il n’existe aucun risque sanitaire à consommer ces produits après cette limite. Seulement près d’un consommateur sur deux s’y perd entre ces deux dénominations. Bon nombre d’aliments ne périment pourtant jamais ou presque.
Les petites magouilles des industriels
Le problème, c’est qu’hormis pour les œufs et le lait cru, ce sont les industriels eux-mêmes qui se chargent d’établir la date de péremption de leur produit. Selon l’UFC que choisir, trois produits sur dix comporteraient des DLC raccourcies volontairement pour des raisons marketing. Imposer des dates courtes permettrait ainsi un meilleur roulement des produits dans les rayons. L’image de produits ultra-frais serait aussi très positive pour les marques. Et peu importe si les Français jettent chaque année vingt kilos de nourriture, dont sept jamais déballés.
« Dans aucun des dix cas, nous n’avons relevé de problème de sécurité sanitaire, relève UFC. Notre propos n’est vraiment pas de dire que les DLC ne servent à rien et que les aliments peuvent être consommés après la date de péremption, non. Les DLC doivent être respectées mais il faut qu’elles correspondent réellement aux dates limites de consommation, ce qui n’est pas toujours le cas aujourd’hui » assure Olivier Andrault, chargé de mission à UFC-Que Choisir au journal Libération.
Un peu de bon sens
Comme robotisés, nous nous fions donc sans réfléchir aux dates de consommation alors qu’il serait parfois plus simple de se fier à nos propres sens. Des emballages gonflés, des traces de moisissures, une odeur suspecte, ou encore un aspect gluant doivent nous alerter. Un œuf qui flotte dans l’eau s’avèrera également impropre à la consommation. Un bon sens que nous appliquons pourtant quotidiennement avec les fruits et légumes frais qui ne disposent d’aucune date.
Des associations à pied d’œuvre
Des associations, mais aussi des entreprises, tentent de lutter contre ce véritable phénomène d’obsolescence programmée alimentaire. Car les produits ne finissent pas tous à la poubelle depuis nos foyers. Beaucoup d’entre eux sont, en effet, jetés par les magasins, avant même d’être vendus. Depuis quelques années une nouvelle législation impose normalement aux distributeurs de donner leurs invendus à des associations. Dans les faits, la loi n’est pas toujours respectée, comme avait pu le constater notre équipe lors d’un reportage. Preuve s’il en est, qu’il nous reste encore de nombreux progrès à faire.
https://www.youtube.com/watch?v=_qOEpMvP3PI
Le Média pour Tous