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Comment les actes « antisémites » ont remplacé les Actes des Gilets jaunes…

Les « actes », le mot à la mode. Les Gilets jaunes, ces apôtres de la France d’après, en ont fait leur mot d’ordre, chaque samedi depuis 17 semaines. Les Actes avec une majuscule rappellent aux chrétiens ceux des apôtres. La comparaison historique s’arrête là car le cinquième livre du Nouveau Testament semble plus fabriqué, plus humain, moins divin que les quatre premiers. Il deviendra pour cette raison pouvoir, celui de l’Eglise, au fil du temps. Puis l’Eglise elle-même sera remplacée par une autre Eglise, ainsi va la politique, la vie du pouvoir.

Le pouvoir, les Gilets jaunes ne l’ont pas encore. Le pouvoir, comprendre ceux qui tiennent la justice, la police et l’argent, ne veut pas le lâcher. D’ailleurs, les Gilets jaunes ne sauraient qu’en faire, même avec un Chouard aux commandes. La démocratie réelle est un pic inaccessible mais l’important, c’est le chemin. Pas celui de Damas, plutôt de Paris, Paris ses centres de pouvoir. Pour preuve, ce dernier se sent visé : il est morveux, il se mouche ! Et quand il se mouche, ça crève les yeux.

La réponse sécuritaire ne solutionnera jamais un problème politique profond, celui de la (non) représentation d’une partie de la France, les sociologues parlent d’un tiers, ce tiers-État ou tiers dés-étasisé. Un tiers du corps social serait « gilet jaune », France périphérique, abandonné sur la route de la Mondialisation comme un pauvre petit chien sur la route des vacances. Sauf que cette France a rongé sa laisse et a poursuivi ses mauvais maîtres jusque dans leurs appartements. Les psychologues savent que la culpabilité peut rendre violent. On frappe celui qui incarne notre culpabilité, le témoin de nos crimes, et il paye doublement pour cela. Les Gilets jaunes passent deux fois à la caisse : une fois avec la paupérisation, à l’origine de leur soulèvement, une seconde avec la répression quand ils demandent à ne pas tomber plus bas.

La sauvagerie des ministres qui défendent leur pouvoir – justice, police, argent – est inédite dans notre histoire. Jamais élite politique n’a été si coupée de son peuple. Ces gens ne se sentant pas le moindre du monde solidaires des gueux, ils peuvent sans honte leur faire mordre la poussière. Virtuellement, ils font déjà tirer sur le peuple, ce n’est qu’une question de munitions. La folie de cette caste déshumanisée fera un jour tirer à balles réelles. Ses décisions liberticides vont toutes dans ce sens : avec la loi anticasseurs qui se profile (12 mars 2019), chaque Français mécontent est un criminel en puissance. Depuis deux ans, la France perd ses libertés une par une : aujourd’hui de parole, demain de déplacement. Quant à la contestation, mieux vaut ne pas y penser. Mieux vaut d’ailleurs ne plus penser du tout.

Les policiers pourront fouiller les sacs, ils fouillent déjà les esprits, les réseaux sociaux étant truffés de délateurs électroniques. Ce n’est pas de la science-fiction, nous y sommes déjà. La limitation de la liberté d’expression est forcément plus visible dans la rue : un joueur de tambour dans un défilé pacifique de Gilets jaunes passe une nuit au poste.

Celui qui sera appréhendé avec ce qui peut servir d’arme de jet ou de défense dans son sac à dos sera aussitôt appréhendé et considéré comme un séditieux, un ennemi du pouvoir, et traité comme tel. Dissimuler son visage coûtera 15 000 euros… pour les manifestants, pas pour les policiers.
La loi anti-casseurs est une loi anti-contestation, une loi anti-opposition, une loi pro-pouvoir, une loi totalitaire. La contestation sera lentement mais sûrement interdite sur les réseaux sociaux – Macron a rencontre Zuckerberg à ce sujet – et dans la rue. La restriction des espaces de liberté habituels n’est qu’une solution à court terme pour les macronistes. Même un Raphaël Enthoven, qui ne porte pas les Gilets jaunes dans son coeur, admet dans Paris Match que la censure se retourne contre les censeurs :

Ce n’est pas par principe que je combats la censure, c’est juste par calcul. J’ai tendance à penser et à vérifier que le geste de censurer renforce celui que l’on prive de parole. Des tas de gens prospèrent aussi grâce à la censure qui leur permet de se poser en victime d’un système inique. Il est aisé d’interpréter une censure publique comme l’expression d’une opinion d’Etat, et de tenir l’Etat pour le pantin d’un groupe sournois, acharné à en faire jouer les mécanismes à son seul profit… La censure est un mauvais moyen d’empêcher les choses. Elle les justifie, elle les nourrit, elle donne au bâillonné l’illusion de sa pertinence.

A ceci près, monsieur Enthoven Junior, que les revendications des Gilets jaunes sont légitimes. Qui va risquer de perdre un oeil ou une main pour le seul plaisir de défiler et faire du bruit sous les fenêtres des gouvernants et des possédants ? Et d’affronter une police sur les dents qui multiplie les bavures à dessein ? Là où le philosophe se trompe, c’est que les Gilets jaunes ne se prennent pas pour des victimes dans un renversement terminologique : ils sont les victimes objectives d’une politique consciente, calculée, destructrice. Cette politique n’est pas dite – les responsables ne sont pas fous, ils ne vont pas avouer au grand jour les graves conséquences pour le peuple de leurs « réformes » ultralibérales – mais elle est ressentie. Un ressenti tel qu’il a poussé des centaines de milliers de Français à braver la peur des grenades des FDO et des insultes de la presse.

La presse, parlons-en. Une des avancées démocratiques du mouvement des Gilets jaunes, c’est en premier lieu la défaite de la presse. Elle était fragile, elle est aujourd’hui moribonde. Fragilisée économiquement, dépendant du monde des affaires et de la générosité gouvernementale, elle a perdu son âme en se plaçant du côté de la répression. Les chiffres viennent de tomber, les journaux les plus impliqués dans cette trahison ont vu la chute de leurs ventes s’accélérer. Un phénomène français, et pas occidental, soulignons-le.

 

Le tableau montre les tendances 2018, et l’impact des Gilets jaunes se fera ressentir plus durement lorsque tomberont les chiffres 2019. Mais d’ores et déjà, les Gilets jaunes ont fait une victime : la presse de collaboration. Ce n’est pas rien : en déstabilisant cet auxiliaire du pouvoir (normalement ça devrait être le contraire), les Gilets jaunes ont gagné une importante bataille.

Acculé dans ses retranchements, la propagande laissant place à la violence, le pouvoir a alors sorti la carte de l’antisémitisme, un joker à double tranchant. Un foisonnement d’actes plus ou moins antisémites a alors fait les gros titres de la presse, qui a rapidement désigné le coupable : les Gilets jaunes. Un amalgame qui ne sauvera rien et qui ne changera pas la mobilisation, une mobilisation qui rend fous les éditorialistes qui parlent d’ « essoufflement » depuis trois mois maintenant… Ils s’essouffleront avant les Français. Même un Aphatie a admis que la réponse sécuritaire ne résoudrait rien. Il n’a en revanche pas parlé de l’attitude très partiale des médias, dont la radio Europe 1. Et pour cause, c’est la sienne.

Tout a été tenté pour discréditer les Gilets jaunes, pour leur ôter l’envie de manifester et pour salir leur lutte. Il y a les tirs de LBD dans la tête, il y a aussi les tirs de LBD dans l’esprit. La seconde citation d’Enthoven junior porte sur les prétendus fondements de la « haine » des manifestants :

D’ailleurs, vous avez expliqué en quoi le mouvement des «gilets jaunes» d’abord motivé par de justes revendications sociales, portait en lui cette haine.

L’un des paradoxes (et non le moindre) du mouvement des gilets jaunes, est que la colère n’a jamais été atténuée par les différentes conquêtes (Le gel des frais bancaires, hausse du Smic et de la de la prime d’activité, défiscalisation des heures sup, suppression des hausses de taxes sur les carburants etc)… Ce qui laisse penser que les doléances en question n’étaient elles-mêmes que l’alibi d’une haine plus fondamentale, qui prenait les atours avantageux d’une colère sociale. Comme dit Bergson, dans la vie, on décide et après seulement on délibère. En l’occurrence, les gilets jaunes ont décidé de haïr un gouvernement dont ils ont opportunément décrété la surdité. Quant au cousinage des gilets jaunes et de l’antisémitisme, il tient à la parenté entre le sentiment (parfois légitime) que le juste fruit du travail est dérobé aux gens qui travaillent par des gens qui s’engraissent, et le sentiment (toujours fou) que les juifs contrôlent et exploitent le monde en secret. Je ne dis pas que l’un vaut l’autre, mais qu’il est plus facile d’adhérer au second quand toute vision du monde se résume au premier. Quand j’entends Jean-Luc Mélenchon ou Etienne Chouard se défendent de tout antisémitisme en déclarant sincèrement que la haine des juifs est une saloperie, je me dis qu’ils commettent l’erreur d’oublier que l’antisémitisme est aussi un principe d’explication générale du monde. C’est une haine qui, le juif n’étant pas identifiable, a eu besoin de se donner l’alibi d’un pouvoir imaginaire. Pour que les « gilets jaunes » éradiquent l’antisémitisme dans leurs rangs, il faudrait changer de façon de penser.

A ceci près que ce sont les éditorialistes de la presse qui ont décidé que les Gilets jaunes étaient globalement et vaguement antisémites, une conclusion obtenue à partir de quelques slogans ou déclarations ultra marginales. Un seul antisémite parmi des centaines de milliers de manifestants aurait ainsi raison de la « pureté » d’un mouvement ? L’antisémitisme déteindrait si facilement sur tous à partir d’un seul ? Quel incroyable pouvoir… On se demande comment la France entière n’a pas été contaminée plus vite et plus largement. Un Finkielkraut insulté, une boite aux lettres taguée, c’est peu pour toute une nation antisémite.

La télévision parle désormais plus d’antisémitisme que de Gilets jaunes, mais ce glissement sémantique n’empêche pas ce puissant mouvement de se structurer : la conscience politique a grandi d’un coup et touché de larges catégories de Français qui n’étaient pas ou plus politisés. Cette évolution, personne ne pourra la retirer. Il n’y a pas de retour en arrière.

 

Il y a eu les réseaux sociaux, la rue, le grand débat… Quatre mois après le début du mouvement des «gilets jaunes», celui-ci n’a jamais été aussi faible. Deux sondages parus mi-février ont révélé qu’une majorité de Français souhaitait désormais la fin de la mobilisation. «On sent que le vent a tourné», confie au Figaro l’un des pionniers des ronds-points dans le sud de la France. Depuis quelques semaines, les porte-voix des «GJ» ont en effet beaucoup moins souvent micro ouvert dans les médias. Ils sont moins visibles, mais toujours aussi critiqués. La faute à une baisse du nombre de manifestants et à d’autres actualités fortes, comme la séquence sur la multiplication des actes antisémites en France. «La phase des plateaux est en sommeil depuis quelques semaines, mais ce n’est pas encore tout à fait le retour à la normale», atteste Jean-François Barnaba, «gilet jaune» de l’Indre porteur d’une liste aux européennes.

Ce que Le Figaro (du 26 février 2019) ne dit pas, c’est que les réseaux sociaux en question censurent un à un les groupes de Gilets jaunes… qui émigrent vers des cieux moins liberticides. La Macronie est une Afrique, une terre de départ !

Le mouvement des Gilets jaunes est apparu un jour, surprenant tout le monde. Il était caché parce que souterrain, la graine a germé et cette graine, parmi beaucoup qui ont séché sur place (1981, 1995), est devenue un arbre. « Le royaume des cieux est semblable à un grain de sénevé qu’un homme a pris et semé dans son champ. C’est la plus petite de toutes les semences ; mais, quand il a poussé, il est plus grand que les légumes et devient un arbre, de sorte que les oiseaux du ciel viennent habiter dans ses branches. »
Il est possible que cet arbre, qui est devenu grand et fort à partir d’une seule graine, donne bientôt des graines qui donneront d’autres arbres.

Victor Mara

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Daniellevotier.lysiane Auteurs de commentaires récents
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votier.lysiane
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votier.lysiane

voter asselineau cest notre seule chance de sortir de l information tous droit sorti des banquiers ces eux qui dirige le pays

Danielle
Invité
Danielle

Asselineau n’est pas un politicien comme les autres. Je constate qu’il est rejoint par des gens bien, voire exceptionnels. Si on applique la devise “qui se ressemble s’assemble” alors tout devient très clair.

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