Le médecin de l’ex-infirmier en état végétatif depuis dix ans a annoncé qu’il arrêterait les soins la semaine prochaine. Les parents, contre cette décision, veulent poursuivre leur combat.

C’est un pas de plus vers la mort de Vincent Lambert qui vient d’être franchi. Vendredi, le Dr Vincent Sanchez, du CHU du Reims – qui a en charge cet ancien infirmier de 42 ans en état végétatif depuis plus de dix ans après un accident de la route – a adressé un courrier aux proches du patient pour leur annoncer «l’arrêt des traitements» et la mise en place d’une «sédation profonde et continue jusqu’au décès». Le médecin précise qu’il le fera la semaine du 20 mai.

Cette annonce est logique. Elle est la conséquence de l’arrêt du Conseil d’Etat du 24 avril, qui après un nouveau recours des parents avait conclu «conforme à la loi la décision collégiale d’arrêt des soins, prise le 9 avril 2018 par le CHU de Reims» pour faire cesser «un acharnement thérapeutique». Les parents de Vincent Lambert avaient aussitôt déposé un recours devant la Cour européenne des droits de l’homme (CEDH) et le Comité international de protection des droits des personnes handicapées de l’ONU (CIDPH). La CEDH avait alors rejeté cette requête, mais le CIDPH avait demandé à la France de suspendre toute décision d’arrêt des soins, dans l’attente d’une instruction sur le fond. Cette annonce du CIDPH n’avait aucune valeur contraignante. La ministre de la Santé, Agnès Buzyn, avait d’ailleurs aussitôt expliqué qu’«aujourd’hui, juridiquement parlant, tous les recours sont arrivés au bout». Précisant : «Toutes les instances juridictionnelles, qu’elles soient nationales ou européennes, confirment le fait que l’équipe médicale en charge de ce dossier est en droit d’arrêter les soins de Vincent Lambert.»

Feu vert

Cette prise de position a été importante. Certes, la ministre de la Santé ne peut intervenir dans la liberté du choix d’une décision médicale, mais le fait qu’elle donne implicitement son feu vert change la donne. D’autant qu’au cours de cette longue histoire, la direction du CHU de Reims s’est montrée à plusieurs reprises réticente quant à un arrêt des soins, voire peu soutenante vis-à-vis de l’équipe. Ce n’est plus le cas.

Rappelons que l’affaire déchire la famille de Vincent Lambert : d’un côté, ses parents, un demi-frère et une sœur s’opposent à l’arrêt des soins. De l’autre, son épouse, Rachel Lambert, son neveu François et cinq frères et sœurs du patient pointent un acharnement thérapeutique. En 2014, le Conseil d’Etat s’était déjà prononcé pour la fin du traitement. Le juge des référés du Conseil d’Etat avait alors considéré que la poursuite du traitement, «n’ayant d’autre effet que le maintien artificiel de la vie», traduirait «une obstination déraisonnable», clé de voûte de la loi Claeys-Leonetti sur la fin de vie. De plus, la situation clinique de Vincent Lambert «était irréversible». Et enfin, avant l’accident, Vincent Lambert avait clairement indiqué à ses proches ne jamais souhaiter d’acharnement thérapeutique.

Bref, depuis plus de cinq ans sont «réunies les différentes conditions pour que la décision d’arrêter la nutrition et l’hydratation artificielles de Vincent Lambert puisse être mise en œuvre». Mais voilà, la loi n’était pas appliquée.

Non sans courage, le Dr Vincent Sanchez et son équipe ont décidé d’assumer leurs responsabilités. Car Vincent Lambert est nourri et hydraté artificiellement, ce qui relève d’un traitement. Et selon la loi, quand le patient n’est plus en état de prendre une décision, c’est au médecin, après une procédure collégiale, qui peut décider de l’arrêt des traitements.

Symboles

Tout est donc prêt pour la fin. Vincent Lambert va-t-il pour autant pouvoir mourir sans trop de bruit, ni de spectacle, et dans l’intimité ? C’est tout l’enjeu à venir. Ses parents poursuivent leur combat, portés par une foi inébranlable. «Il n’y a aucune urgence médicale à arrêter l’alimentation et l’hydratation de Vincent, ont répété ce week-end leurs avocats. C’est au mépris des mesures provisoires ordonnées par l’ONU au profit de Vincent Lambert, handicapé, vulnérable et sans défense, que le docteur Sanchez a décidé qu’il mourrait dans le couloir de la mort dans lequel il est enfermé à clé depuis des années.» Et d’en appeler une nouvelle fois au Défenseur des droits, Jacques Toubon, et au président de la République.

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