Récupération politique d'une catastrophe naturelle : cas d'école

LE PARISIEN

Le président de la République a évoqué l’impact des incendies qui ravagent la forêt tropicale. Mais s’est trompé en évoquant l’action de l’Amazonie.

« Notre maison brûle. Littéralement. L’Amazonie, le poumon de notre planète qui produit 20 % de notre oxygène, est en feu. » La forme fait référence à la célèbre phrase de Jacques Chirac et le fond est alarmiste. Mais si le tweet de jeudi soir d’Emmanuel Macron, où il assimile les gigantesques incendies qui ravagent l’Amazonie à « une crise internationale », a provoqué une réaction agacée du président brésilien Jair Bolsonaro, il également mis en avant un chiffre, largement repris depuis.

« 20 % de notre oxygène » issu de la gigantesque forêt tropicale de 5,5 millions de km2 ? L’acteur américain Leonardo DiCaprio, très engagé sur le front de la défense du climat, évoque également ce chiffre dans un post Instagram « liké » plus de 3,5 millions de fois. Alors, un cinquième de ce qui nous permet de vivre viendrait de ce qui se consume sous les yeux du monde entier ?

« La formule est belle, mais elle n’est pas scientifique », tranche Philippe Ciais, chercheur au laboratoire des sciences du climat et de l’environnement. « Présenter la chose de cette manière, c’est n’avoir rien compris à comment fonctionne la forêt », lance Pierre Thomas, professeur émérite à l’Ecole normale supérieure de Lyon.

Mais de quoi parle-t-on quand on évoque la production d’oxygène de l’Amazonie ? Ses arbres, comme ceux des autres forêts du monde, absorbent le dioxyde de carbone (CO2) pour produire de l’oxygène, soit l’inverse de ce que réalise l’être humain. C’est ce qu’on appelle la photosynthèse. Cet oxygène est ensuite renvoyé à l’air libre et peut être respiré par les êtres vivants qui produisent à leur tour du CO2. Et ainsi de suite.



Sauf que… l’Amazonie ne se contente pas d’émettre de l’oxygène, elle en absorbe également. « Cette forêt est à l’équilibre, ce qui signifie qu’elle n’est plus en phase de croissance avec de nouveaux arbres, décrit Marc-André Selosse, professeur au muséum d’histoire naturelle de Paris. Donc, certains de ses arbres fabriquent de l’oxygène, mais d’autres meurent et se décomposent, des insectes consomment des feuilles, des champignons croissent sur les souches mortes et les bactéries prospèrent : tout cela consomme de l’oxygène. » « 20 %, c’est peut-être vrai à l’échelle d’une feuille, abonde Jérôme Chave, directeur de recherches au CNRS. Mais pas sur l’Amazonie prise dans son ensemble. »

« Pour faire simple, le bilan de la forêt en elle-même est nul quand elle est à son état d’équilibre, poursuit Pierre Thomas. L’impact de l’Amazonie sur la production d’oxygène est neutre. Si elle en créait autant sans en consommer, la quantité d’oxygène sur notre planète aurait grimpé en flèche. Or, son taux reste le même depuis plus de 20 millions d’années : 21 % ». Ce sont en réalité les océans qui fournissent la majorité du dioxygène présent dans l’atmosphère.

Pour être précis, la forêt fabrique indirectement plus d’oxygène qu’elle n’en consomme. En cas de tempête, le fleuve Amazone charrie sur ses flots des arbres déracinés qui finissent par couler. Au fond de l’eau, ils se transforment en charbon qui absorbera du CO2 et produira de l’oxygène.

Pour résumer, nous ne perdrions pas subitement un cinquième de ce qui nous permet de respirer si l’Amazonie disparaissait du jour au lendemain. « Ça aurait des conséquences désastreuses d’un point de vue écologique et environnemental, glisse Philippe Ciais. Mais ça ne changerait pas le taux d’oxygène dans l’atmosphère. »

« Dans l’absolu, les champs de soja installés à la place de la forêt par les fermiers en Amazonie produisent autant d’oxygène qu’ils en consomment, poursuit Pierre Thomas. Mais en oxydant les sols avec des techniques d’agriculture intensive, on tue la matière organique et c’est là où on met en péril l’équilibre. »

Du point de vue du réchauffement climatique la disparition de l’Amazonie constituerait également un préjudice. « Elle est intéressante par sa capacité à fixer le CO2. Sans elle, on peut imaginer une hausse des températures. Ce qu’on a eu à Paris en juillet, on l’aurait trois mois par an », conclut Jérôme Chave.

«20 % de notre oxygène» vient de l’Amazonie : pourquoi le chiffre de Macron est à nuancer

Source : Le Parisien – Consultez le site ici

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Jacques Abel Auteurs de commentaires récents
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Jacques Abel
Invité
Jacques Abel

Aux européennes, le président a été sauvé par le vote inattendu pour… les écologistes!

Depuis, il avaient disparu et, l’internet a remarqué cette absence…!
On remarquera, qu’ils sont de retour en même temps que le président… c’est la rentrée politique diront, les, “journalistes”.
Quand on a commis un braquage sans éveiller les soupçons, au début, et que, au fil du temps les regards se portent sur vous… vite! un alibi!…

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