Les violences ayant marqué l’acte 18 des Gilets jaunes ont rebuté un certain nombre de manifestants et poussé le gouvernement à interdire certaines mobilisations en cas de présence d’«éléments ultras». Un coup dur pour le mouvement lui-même ?

Après avoir manifesté des signes d’essoufflement au cours des dernières semaines, la mobilisation des Gilets jaunes a été marquée, en son acte 18, par des incidents violents. Les images des Champs-Elysées frappés par des actes de vandalisme ou de la devanture du Fouquet’s en proie aux flammes, qui ont fait le tour du monde, ont une fois de plus terni l’image de la France à l’international mais aussi celle du gouvernement, qui apparaît impuissant. Face à ces dégradations, le pouvoir a été mis face à ses responsabilités et n’a pas tardé à réagir. De retour après son court séjour à la station de ski de La Mongie, le président de la République a envoyé un message on ne peut plus clair : «Je veux qu’on analyse les choses, et que, dans les meilleurs délais, on puisse prendre des décisions fortes, complémentaires, pour que cela n’advienne plus». «Ce qui s’est passé sur les Champs-Elysées, ce n’est plus une manifestation», a-t-il dénoncé. Et de poursuivre : «Beaucoup de choses ont été faites depuis novembre mais très clairement, la journée d’aujourd’hui montre que sur ces sujets-là et ces cas-là, nous n’y sommes pas.»

 

Les autorités pouvaient-elles anticiper et prévenir les violences ?

Ces violences étaient-elles prévisibles ? En tout état de cause, plusieurs figures médiatisées des Gilets jaunes avaient appelé à un acte 18 marquant. «J’en ai plus rien à foutre. [Je ne dirai plus] aux gens : “Restez calme”», avait prévenu par exemple, dans l’un de ses directs sur Facebook, Maxime Nicolle. «Il va se passer ce qu’il va se passer», avait-il encore lâché, refusant d’en appeler à la «violence» comme à la «non-violence».

En outre, l’acte 3 des Gilets jaunes du 1er décembre avait, déjà, été marqué des dégradations de grande ampleur. Pourtant, la police et les enseignes des Champs-Elysées semblent avoir sous-estimé la reproduction de telles violences : la manifestation du 16 mars, qui a débuté au matin place de l’Etoile, a très vite dégénéré, sous l’action de groupes de casseurs, visages couverts et vêtus de noir.

On les a laissés descendre tous les Champs-Elysées alors que les forces de l’ordre bloquaient toutes les rues

Or, au regard du déroulement de la manifestation, des commentateurs se sont demandé pourquoi la police n’a pas su empêcher ces scènes de casse. C’est l’impression partagée par de nombreux Gilets Jaunes qui ont pris part à cet acte 18. Plusieurs d’entre eux ont fait part à RT France de leur désarroi. «Il y a du gâchis», explique l’un deux, tandis qu’un autre déplore : «Je suis très triste des policiers qui laissent faire ça.» Invité sur le plateau de RT France, Elodie Crisias, porte-parole des Gilets jaunes du Val-d’Oise, regrette les violences mais pointe également du doigt l’inaction des forces de l’ordre : «On a vu des groupuscules de casseurs arriver et les forces de l’ordre rester en retrait. On les a laissés descendre tous les Champs-Elysées alors que les forces de l’ordre bloquaient toutes les rues. Nous-mêmes, les Gilets jaunes pacifistes, quand on voulait sortir des Champs-Elysées, ce n’était pas possible.»

Certains policiers ont fait entendre un son de cloche similaire. David Michaux, secrétaire national CRS à l’UNSA Police, a ainsi dénoncé auprès de France Info une mauvaise gestion des priorités : «C’est flagrant, à partir du moment où on n’anticipe pas un dispositif qui était annoncé à risques avec aucun contrôle en amont». D’après Wladimir Garcin-Berson, journaliste au Figaro, les forces de l’ordre auraient émis des doutes quant à l’objectif des autorités. «C’est pas croyable, on dirait qu’on les laisse faire ! C’est quoi l’objectif ?!», se serait ainsi indigné un officier entendu par le journaliste, alors qu’il conversait «discrètement» avec ses coéquipiers, «lors d’une pause aux alentours des Champs».

Les événements du 16 mars ont évidemment fait réagir la classe politique. Des voix se sont élevées dans l’opposition parlementaire – à droite en particulier – pour mettre en cause l’exécutif et pointer du doigt le manque d’anticipation. «[Emmanuel Macron] a donné un permis de casser aux casseurs», a dénoncé le chef de file des sénateurs Les Républicains (LR) Bruno Retailleau ce 18 mars. «Ce qui est grave, c’est que le gouvernement ne peut pas se cacher derrière un “je ne savais pas”. La semaine dernière moi-même, j’avais eu un certain nombre de renseignements […] qui prévoyaient justement que le week-end serait chaud», a encore accusé le sénateur. Le vice-président de la région Ile-de-France (LR) Frédéric Péchenard a appelé de son côté à «interdire les manifestations» de Gilets jaunes dans toute la France.

L’exécutif critiqué, le mouvement fragilisé

A la suite des événements du samedi 16 mars, les ministres se succèdent devant le président de la République.

Mais pour le mouvement Gilets jaunes également, l’impact de cette journée est douloureux. Depuis longtemps ciblés par des critiques et accusations de la part des membres du gouvernement et des élus de la majorité présidentielle (et même des fake news), les Gilets jaunes se retrouvent, une fois encore, associés à la casse et à la violence. D’ailleurs, Emmanuel Macron a encore été clair à ce sujet : «Tous ceux qui étaient là se sont rendus complices» des saccages.

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