Une vidéo de l’agence de presse Taranis News montre un blindé disperser un nuage de gaz, hier à Paris. La gendarmerie et la préfecture confirment à CheckNews qu’un véhicule a bien diffusé du gaz lacrymogène pour «disperser une foule de plus en plus violente.»

Bonjour, votre question a été modifiée, la voici en intégralité : «Bonjour, est-ce vrai que de la “poudre de gaz CS” a été tirée pour la 1ère fois depuis un VRBG à coté de l’Élysée comme l’affirme le média indépendant Taranis News ?»

Vous faites allusion à un tweet publié sur le compte Twitter de l’agence de presse indépendante Taranis News, affirmant, vidéo à l’appui, qu’un VBRG (pour «véhicule blindé à roues de la gendarmerie») aurait utilisé, et pour la première fois, «un nouveau gaz.»

Comme cela avait été le cas lors de la manifestation du 8 décembre, notamment, plusieurs VBRG ont été déployés samedi dans la capitale pour le dispositif de maintien de l’ordre.

Les images publiées par Taranis News, samedi, montrent l’un d’eux dégageant brièvement un nuage de gaz, au niveau du rond point des Champs-Elysées.

Sur la vidéo, le journaliste filmant les images interpelle un gendarme, sur un ton moqueur : «vous avez un petit problème technique? Il est question d’une arme à base de gaz CS en poudre. Qu’est ce qui est sorti?» «Je sais pas», répond le gendarme, avant de mettre un terme à l’échange et de s’éloigner. La suite de la vidéo montre une conversation, qui semble vive, entre le même gendarme et un collègue aux commandes du VBRG qui a dispersé le nuage.

De quoi laisser à penser, selon Gaspard Glanz, journaliste fondateur de l’agence, à l’hypothèse d’une «fuite», et donc d’une diffusion accidentelle.

Contacté par CheckNews, le journaliste raconte : «il n’y avait aucune agitation à ce moment-là. Mais je me suis approché un peu trop près. Est-ce qu’il y a eu une fuite, ou est ce que le gendarme a voulu envoyer un petit coup de gaz pour me faire partir? je ne sais pas. Mais comme j’avais le vent dans le dos, je n’ai rien senti du tout. En revanche, les gendarmes qui étaient à gauche du blindé en ont pris dans la tronche.»

La gendarmerie confirme, et évoque un ordre de la préfecture de police

Contacté par Checknews, le Sirpa Gendarmerie, qui gère la communication de la gendarmerie, nous a confirmé la diffusion de gaz lacrymogène «sur ordre», infirmant donc l’hypothèse d’une diffusion accidentelle : «un VB (véhicule blindé, ndlr) a diffusé du gaz lacrymogène pour disperser une foule hostile et de plus en plus violente sur le secteur de l’Arc de Triomphe». Les directives auraient, selon la même source, été «données aux unités par la préfecture de police».

Également contactée par CheckNews, la préfecture de police confirme l’utilisation de «gaz poudre» par un VBRG, «en petites poussées», sans en dire plus.

Difficile de savoir si le Sirpa gendarmerie et la Préfecture de police font allusion à la vidéo de Taranis News, ou si un VBRG a fait usage du diffuseur de lacrymogène à un autre moment de la manifestation.

Les images de Taranis News ne permettent pas de voir de personne hostiles, ni aucune dispersion de foule, au moment où le véhicule projette le gaz. Par ailleurs, la scène filmée par le journaliste l’a été sur le rond-point des Champs-Elysées, le Sirpa évoquant lui la zone, certes proche, de l’Arc de Triomphe.

À notre connaissance, toutefois, aucune autre image vidéo ou témoignage n’a fait état d’un blindé diffusant du gaz lacrymogène, samedi. «Je doute franchement qu’un VBRG ait utilisé son diffuseur à un autre moment», dit Gaspard Glanz.

La vidéo filmée par Taranis News, et la confirmation apportée à Checknews, fait écho au débat -et aux spéculations- qui s’était tenu sur le produit dont sont équipés les VBRG. Le sujet avait suscité une vive controverse lors de la manifestation des gilets jaunes du 8 décembre.

l’hebdomadaire Marianne avait assuré, le 10 décembre, soit deux jours après la manifestation, que les blindés avaient été équipés d’une arme secrète, un «liquide incapacitant» capable, selon la source de l’hebdomadaire, d’«arrêter net [les manifestants], mettant les gens à terre, même avec des masques». Une arme de «dernier recours», qui n’avait pas été utilisé le 8 décembre, précisait l’hebdomadaire.

«Poudre lacrymogène»

Plusieurs observateurs du maintien de l’ordre en France s’étaient avoués très surpris à la lecture du papier de Marianne, expliquant n’avoir pas entendu parler d’une telle arme. Au ministère de l’intérieur comme à la direction de la gendarmerie nationale, on assure d’ailleurs que ce liquide incapacitant n’existe pas. Dans un tweet moqueur, la gendarmerie assure qu’elle «ne dispose pas d’une arme secrète […] pas plus qu’elle de dispose de sabre laser.»

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