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A l’approche de l’acte 27 et des 6 mois d’existence du mouvement des gilets jaunes se pose la question du bilan provisoire de la résurgence d’un peuple, de la lumière apportée concernant l’état actuel du pays, ainsi que de la réponse donnée par les hautes sphères du pouvoir. Comment les citoyens se sentant concernés réagissent-ils ? Quels ont été les réponses du gouvernement dans cette crise sans précédent ? Quelles aspirations animent les Français réfractaires au pouvoir dominant ?

Une dérive autoritaire

Le 14 mai dernier un appel a été lancé sur les réseaux sociaux réunissant plus de 10 000 citoyens autours d’une pétition. Diffusée via la chaîne youtube « Le Média », la vidéo présente une accusation collective de citoyens français contre l’Etat. Plusieurs personnes comme Véronique, anthropologue ou Ludivine, historienne, ont décidé de s’unir pour dénoncer la dérive autoritaire du gouvernement et ainsi faire cause commune avec le mouvement des gilets jaunes. Le ton solennel et le regard déterminé, ces hommes et ces femmes proclament leur défiance vis à vis d’un pouvoir qui s’est auto-organisé depuis plusieurs décennies, trompant et spoliant le peuple souverain par la complicité des hautes sphères de l’Etat et des grandes institutions de ce pays ; rejoignant ainsi certaines révélations de l’ouvrage de J.Branco , Crépuscule sur la corruption du système actuel.

Un équilibre sociétale à revoir

La pétition accuse notamment E.Macron et son gouvernement de ne pas respecter les droits élémentaires du peuple français, comme celui de manifester et de s’exprimer, mais aussi d’organiser une répression policière sans précédent dans toute l’histoire de la 5ème République. De plus à travers ce discours, ils abordent la question de la paupérisation des classes moyennes et moyennessupérieurs avec la capitalisation de la société et la concentration des richesses aux mains d’une poignée d’individus, au détriment d’un essor collectif du peuple, en vu d’un partage équilibré et profitable pour le plus grand nombre. « Une politique qui a sciemment organisé le transfert des bien laborieusement accumulés par 95 % de la population vers les 5% des couches les plus aisées ».

Un système corrompu

D’ailleurs l’actualité récente nous le démontre une fois de plus avec l’accusation de fraude fiscale et de corruption du couple Balkany mais aussi avec la loi PACTE (Pour La Croissance et la Transformation des Entreprises) qui voit la privatisation prochaine des aéroports de Paris et de la Française des Jeux. Le mouvement du 17 novembre a permis la résurgence d’une masse silencieuse, la mise en lumière des mensonges étatiques et de leurs corruption, mais aussi l’émergence d’une parole de centaines de milliers de personnes absentes du système politico-médiatique censé les représenter. Se sentant exclus et rejetés au sein même de leur propre pays, le peuple animé a décidé de se réapproprier l’espace publique par la rue et a pris conscience dès ce jour, comme l’explique l’avocat F.Boulo, de la possibilité de se réattribuer leurs droits souverains, de s’émanciper ; en somme d’une révolution dans les esprits.

Le désenchantement d’un pouvoir étatique salvateur

L’exposé de l’assemblée citoyenne aborde rapidement la question du mépris des classes dominantes envers le peuple revendiquant plus de justice sociale, de participation aux décisions politiques du pays et de reconnaissance. Il rappelle la surdité et le silence des médias et du gouvernement durant les premières semaines du mouvement, ainsi que les leurres qui ont fait office de réponses politiques par la suite. Que ce soit au niveau des promesses, du pouvoir d’achat ou de la grande mascarade du grand débat qui a permis au président de parader et de faire campagne pour les européennes au frais du contribuable, en incarnant le rôle du professeur distribuant son savoir ; l’escroquerie ne trompe plus personne et la poudre de perlimpinpin n’enchante plus que sa personne et ses courtisans.

L’illusion démocratique

Les citoyens abordent la question de la violence d’Etat, cette force illégitime et brutale mise en place et organisée par les plus hautes sphères du pouvoir à l’encontre du peuple dans un but de répression et d’intimidation. On a tous vu ces images choquantes de ces milliers de personnes mutilées, éborgnées, blessés, gazés et traumatisées. Tout cela le plus souvent sans sommation, en « nassant » les manifestants (méthode du kettling) et en s’attaquant de façon arbitraire aux personnes les plus faibles et qui ne représentent la plupart du temps aucun danger au bon déroulement de la manifestation. On se souvient de Geneviève Legay, militante de 73 ans agressée par les forces de l’ordre, gravement blessée à la tête ou de Zineb Redouane, 80 ans décédée à la suite d’une grenade lacrymogène alors qu’elle était dans son appartement. La police nationale semble avoir été discrètement remplacée par une police politique, une milice. D’ailleurs l’ONG Amnesty International, qui a pour mission de défendre les Droits de l’Homme partout où elle le peut, a publié plusieurs articles depuis mi-Décembre concernant le respect des droits élémentaires en France, ainsi que sur les violences commises par les forces de l’ordre à l’égard des manifestants. Rappelons que selon le droit international, la liberté de manifester ne devrait être soumise à aucune autorisation légale.

Entre censure et propagande

Le collectif évoque ensuite les mensonges du gouvernement, ainsi que la censure et la mise en scène du pouvoir. En effet que ce soit au niveau du président, des ministres et des médias mainstream, on a pu assister à beaucoup de rapports fallacieux et d’expertises mensongères à l’encontre des manifestants. Tout d’abord au niveau de l’image où les grandes chaînes d’informations ne relayaient pas les centaines d’actions menées partout sur le territoire, mais seulement des scènes sporadiques de chaos ou d’insultes, sciemment mises en scène pour décrédibiliser le mouvement et passer outre les principales revendications d’un peuple qui se soulève. Le gouvernement a même cherché à criminaliser ce dernier en usant de termes injurieux pour les qualifier comme des antisémites, des factieux, des homophobes etc… Le 1 mai dernier on a pu assister au « mensonge de trop » de l’Etat évoquant une scène d’attaque de plusieurs manifestants contre l’hôpital de la Pitié Salpêtrière alors que ces derniers ne cherchaient en réalité qu’un refuge pour s’extirper des gaz et des coups de matraques des forces de l’ordre. Police répressive, Etat complice. Ceci n’est pas nouveau en réalité, il y avait déjà eu dans des quartiers populaires ou dans d’autres manifestations de graves exactions provocant le décès de citoyens et qui ont abouti pourtant sur un non lieu. On peut se souvenir de l’affaire d’ A.Traoré en 2016 ou de R. Fraisse en 2014, tous deux morts des suites d’une intervention policière.

Une connivence des pouvoirs

On peut aussi évoquer cette propagande à travers la jonction du privé et du public via l’émission de télévision de C.Hanouna où ce dernier fait office de canalisateur et de relais entre le gouvernement et les gilets jaunes, sous l’apparence héroïque de porte-parole de ces derniers. En réalité il n’est qu’un instrument de plus pour l’Etat de diffusion de sa propagande et de contrôle des masses, en usant cette fois-ci d’une émission populaire de grande écoute. D’ailleurs le journal courrier international pose la question dans son dernier numéro « Cyril Hanouna incarnerait-il le bouffon à la cour de E.Macron l’intellectuel ?». On retrouve ce conflit d’intérêt antidémocratique avec la rencontre ce 10 mai dernier d’E.Macron et de M. Zuckerberg concernant la mise en place d’une « co-régulation » sur le réseau social pour limiter, voir supprimer, tout contenu dissident à l’encontre de la politique menée, tout cela sous le vernis de la lutte contre les propos haineux. De plus depuis le début du mouvement, la majorité des journaux et médias ne font que relayer les propos du gouvernement, ou alors se voient censurer dans l’exercice de leur métier. Par exemple M.Desthal, co-fondateur de Disclose a été convoqué par les services de renseignement intérieurs et a reçu des pressions concernant son enquête sur l’utilisation des armes françaises au Yemen sur des civils, vendus par la France à l’Arabie Saoudite. Il a été auditionné en qualité de citoyen reniant son droit journalistique et sa couverture juridique de lanceur d’alerte, concernant ici la participation de la France à des crimes de guerre. De plus sur le territoire nationale, le LBD ou lanceur de balles de défense, est toujours utilisé alors qu’il a été classé comme arme de guerre dans le règlement international.

« Nous accusons »

La déclaration se termine par une série d’accusations contre le ministre de l’Intérieur, le gouvernement, la hiérarchie de la magistrature et l’Inspection Générale de la Police Nationale en guise d’ultime avertissement contre la dérive opérée par le pouvoir en place. Les citoyens veulent retrouver une réelle séparation des pouvoirs, se réapproprier leurs droits souverains, en finir avec la corruption à tous les niveaux, retrouver une justice digne de ce nom et non une justice à deux vitesses (ex : comparutions immédiates et prison pour certains gilets jaunes et complaisance pour A. Benalla). Ils réclament également une presse libre qui vérifie ses sources, ainsi qu’une sanction contre les forces de l’ordre (et non les gardiens de la paix comme auparavant) qui ont commis des exactions. Enfin ils exigent la démission du ministre de l’Intérieur et appellent à l’ouverture d’une enquête indépendante pour traduire en justice les vrais responsables de cette répression. Dans ce contexte on peut citer cette phrase de l’article 35 de la Constitution qui va dans le même esprit que cette allocution :

« Quand le gouvernement viole les droits du peuple, l’insurrection est, pour le peuple et pour chaque portion du peuple, le plus sacré des droits et le plus indispensable des devoirs.»

Un esprit commun

Ce format d’un texte solennel et accusatoire n’est pas sans nous rappeler l’article d’E. Zola J’accuse publié le 13 janvier 1898 en première page du quotidien parisien l’Aurore. Cependant notons l’évolution très évocatrice du titre de celui-ci, passant d’un individualisme à un collectif , du « je » au « nous », d’un esprit conscient à une conscientisation des esprits. En voici un extrait :

« Je le répète avec une certitude plus véhémente: la vérité est en marche et rien ne l’arrêtera. C’est d’aujourd’hui seulement que l’affaire commence, puisque aujourd’hui seulement les positions sont nettes: d’une part, les coupables qui ne veulent pas que la lumière se fasse ; de l’autre, les justiciers qui donneront leur vie pour qu’elle soit faite. Je l’ai dit ailleurs, et je le répète ici : quand on enferme la vérité sous terre, elle s’y amasse, elle y prend une force telle d’explosion, que, le jour où elle éclate, elle fait tout sauter avec elle on verra bien si l’on ne vient pas de préparer, pour plus tard, le plus retentissant des désastres ».

Vers un souverainisme retrouvé ?

L’émancipation du peuple à travers cet appel va de pair avec d’autres entreprises comme les ateliers constituants mis en place à l’initiative d’E.Chouard, initiateur également du Référendum d’Initiative Populaire, mais aussi de la procédure de destitution du président émis par F. Asselineau au début du mois de Décembre en invoquant l’article 68 de la Constitution, l’occupation symboliques des rond-point etc. Période défervescence et de réveil des masses silencieuses, les gilets jaunes précurseurs et annonciateurs d’une transition, ont permit d’apporter la lumière au reste des citoyens encore en sommeil sur l’état actuel de notre démocratie qui n’a de démocratique que son nom. La liberté et l’égalité n’étant plus que des fables, le peuple s’est retrouvé au sein de la fraternité et est déterminé à restaurer les valeurs de la fille ainée de l’Eglise, qui rappelons le, a donné naissance aux Droits de l’Homme de part sa filiation spirituelle au christianisme.

Cet article a été proposé par F.Lefebvre. Vous aussi, proposez-nous un article !

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