« Je ne déprime pas, je ne pars pas à la retraite. Je suis au combat et j’y resterai jusqu’à mon dernier souffle », a expliqué le député des Bouches-du-Rhône, samedi sur son blog.

Le « mélenchonisme » sans Jean-Luc Mélenchon est-il possible ? Les cadres et les militants de La France insoumise (LFI) devront bientôt résoudre cette épineuse question. Dans une note de blog sibylline parue le 1er juin, le député des Bouches-du-Rhône laisse entendre qu’il pourrait se mettre − un temps – en retrait de la vie politique. « Après le 6 juin, je m’exprimerai plus largement, aussi clairement que j’en suis capable. Je dirai mon appréciation du moment politique. Je proposerai une suite pour notre chemin et je dirai ce qu’il en sera pour moi, écrit l’ancien sénateur socialiste. Quelques précisions pour éviter les fantasmes médiatiques traditionnels à mon sujet : je ne déprime pas, je ne pars pas à la retraite. Je suis au combat et j’y resterai jusqu’à mon dernier souffle, si je le peux. » Et de citer Albert Camus : « Il faut imaginer Sisyphe heureux ».

Repli stratégique

Dans la garde rapprochée du leader « insoumis », personne ne veut lui subtiliser la primeur de l’annonce, mais tous laissent entendre qu’il prendra du champ, « de la hauteur », pour s’extraire de la gestion quotidienne. « Mais il n’a pas encore tranché tout ce qu’il voulait faire », avertit une figure du mouvement.

Ce repli stratégique, s’il est confirmé, laissera un vide dans cette famille politique qui est structurée autour du chef charismatique. Et ajoutera un peu plus à la confusion qui règne au sein de La France insoumise, depuis les mauvais résultats des élections européennes, où la liste emmenée par Manon Aubry a rassemblé 6,31 % des voix, très loin de l’objectif annoncé de 11 % des suffrages.

Une défaite qui a ouvert une crise de basse intensité au sein de LFI et qui révèle les faiblesses de l’organisation « gazeuse » du mouvement. Il n’y a pas de lieu de débat où la ligne peut être tranchée, et le leader n’a pas de fonction statutaire : son sort ne dépend que de son bon vouloir. En période de tumultes, tout se règle donc en public, sur les réseaux sociaux et dans la presse, y compris les débats stratégiques.

Depuis une semaine, justement, on voit que deux positions sont en train de se définir pour rebondir après la débâcle européenne. La première est celle défendue par Clémentine Autain ; la seconde est incarnée par Alexis Corbière.

« Big bang »

Mme Autain a, dès l’annonce des résultats, sévèrement critiqué le discours porté par LFI et Jean-Luc Mélenchon depuis deux ans. « Notre famille politique prospère quand elle s’appuie sur le ressort de l’espérance et non sur celui de la haine, expliquait-elle dans un entretien à L’Obs. Le mouvement a mis l’accent sur le clivage entre le “eux” et le “nous”, qui ne me paraît ni juste ni efficace. Cela revient à rejeter d’un bloc les élites, cela s’est traduit par un rejet global des médias et une prise de distance à l’égard du monde intellectuel. » En disant cela, la députée de Seine-Saint-Denis se met à distance de la stratégie populiste dont l’un des axiomes est de tracer une ligne entre un « eux » et un « nous ». Le retrait de M. Mélenchon et la panique générale à bord de LFI donnent une opportunité à la parlementaire pour pousser son avantage et proposer une voie alternative au populisme.

Dans une tribune au Monde, Mme Autain et sa camarade communiste Elsa Faucillon (elles dirigent ensemble la revue Regards) appellent à un « big bang nécessaire pour construire une espérance capable de rassembler et de mobiliser ». « Le pire serait de continuer comme avant, de croire que quelques microaccords de sommet et de circonstances pourraient suffire à régénérer le camp de l’émancipation, que l’appel à une improbable “union de la gauche” à l’ancienne serait le sésame. (…) Il est temps de se parler et de s’écouter, de se respecter pour pouvoir avancer en combinant le combat pour les exigences sociales et écologiques », peut-on notamment y lire. Ce texte a été signé par plusieurs figures de la gauche et de l’écologie antilibérales, qui viennent du mouvement social, de Génération.s (dont Guillaume Balas, le bras droit de Benoît Hamon), du Parti communiste français (PCF) ou des proches de LFI. Il y a également des intellectuels, des artistes et des militants associatifs. Une réunion doit se tenir le 30 juin à Paris pour mettre tout cela en musique.

« Il faut mettre ensemble des gens d’horizons différents, faire vivre le pluralisme, précise Mme Autain. Je ne parle surtout pas d’un cartel électoral. Il faut abattre les murs, fédérer des courants politiques organisés avec des citoyens, des artistes, des intellectuels, des acteurs du monde associatif et syndical. » Seule manière, selon elle, de renouer avec l’esprit de la campagne présidentielle de 2017, où Jean-Luc Mélenchon avait réuni plus de 19 % des voix.

Age d’or

2017 : la référence de tous les « insoumis », sorte d’âge d’or du mélenchonisme. Cet esprit de la présidentielle, Alexis Corbière veut également le retrouver mais en adoptant une stratégie différente de celle de Mme Autain. Le député défend une ligne « populiste et humaniste ». « Le débat doit s’engager chez nous, reconnaît-il. Mais il faut que cela soit propre, que ce ne soit pas un moment d’éclatement, mais de rassemblement autour d’une orientation stratégique. »

Selon lui, il faut abandonner la référence au mot « gauche », vide de sens depuis le quinquennat de François Hollande. Surtout, il estime que le clivage droite-gauche n’a plus de pertinence. « On doit redonner le pouvoir aux gens, défendre l’intervention directe des citoyens, continue M. Corbière, qui estime que les élections municipales sont l’occasion rêvée de mener ce combat. Il y a les garants de la Ve République et les partisans de la VIe, avec des contrôles citoyens très forts, la question de la démocratie est essentielle. Lors de la présidentielle, nous avions une singularité, celle d’un mouvement qui veut redonner le pouvoir au peuple. Il faut retrouver cela. C’est le seul moyen de convaincre les abstentionnistes. »

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