Le peuple français aux oligarques : « Mais essayez la démocratie ! »


Ce vendredi, Emmanuel Macron s’est emporté contre les discours politiques qui remettent en cause la « démocratie française ». Il a ainsi invité leurs auteurs à « aller en dictature ».

Pour Emmanuel Macron, il n’y a aucun doute, la France est une démocratie. Et ceux qui osent remettre en question cette affirmation commencent sérieusement à l’agacer. Il a ainsi dénoncé devant Radio J : « Aujourd’hui s’est installée dans notre société – et de manière séditieuse, par des discours politiques extraordinairement coupables-, l’idée que nous ne serions plus dans une démocratie, qu’une forme de dictature se serait installée ».

Il est vrai que ces dernières années, et en particulier depuis la naissance du mouvement des Gilets Jaunes, les Français se montrent de plus en plus critiques envers le système français. Déjà en 2018, un sondage indiquait que 61% des Français jugeaient que la démocratie française fonctionnait mal. Des propos appuyés par bon nombre de représentants politiques. On a ainsi pu entendre par exemple François Asselineau s’insurger contre les européistes, refusant qu’ils se « targuent de démocratie » et les qualifiant de « dictateurs ». Dans la même veine, le député François Ruffin s’insurgeait : « Macron remet en cause la démocratie (…) la démocratie ça ne veut pas dire que pendant 5 ans on se tait ». Même son de cloche chez les Gilets Jaunes. On se souvient ainsi d’Eric Drouet, l’une des figures du mouvement, qui affirmait qu’en France « la démocratie n’existe pas » ajoutant que « Dans une vraie démocratie quand le peuple manifeste son mécontentement on l’écoute et on agit, on n’utilise pas les forces de l’ordre pour faire tampon ». Même la pourtant très « Macron-compatible », Ségolène Royal, évoque aujourd’hui un « régime autoritaire ».

« Mais allez en dictature ! Une dictature, c’est un régime ou une personne ou un clan décident des lois. » s’est emporté le président.

Cette envolée n’a pas manqué de faire réagir. Jean-Luc Mélenchon qui dénonce régulièrement la « monarchie présidentielle » a ainsi ironisé sur le vote des lois en France.

Il est vrai que dans le système de la cinquième république, personne n’a le moindre pouvoir pour s’opposer au bon vouloir de la majorité et donc du président. En témoigne une nouvelle fois le climat actuel contre la réforme des retraites, rejetée par une majorité de Français, mais imposée par le gouvernement.

De son côté, Joffrey Bollée, conseiller Île de France pour Les Patriotes a dénoncé un « manichéisme stupide qui empêche de penser ». Il ajoute ainsi que « dans une vraie démocratie, on organise des référendums et on les respecte », faisant là encore référence au mépris de Nicolas Sarkozy pour le résultat du référendum de 2005. Rappelons que depuis 1793, la France n’a organisé que 24 référendums (dont 10 seulement depuis 1958). Un référendum tous les 10 ans, belle prestation. À titre de comparaison la Suisse en a mis en place 626 depuis 1848. Sans doute beaucoup trop de travail pour l’exécutif français… Rappelons que dans l’imaginaire démocratique d’Emmanuel Macron, le référendum d’initiative citoyenne, fortement réclamé par les Français, ne doit surtout pas voir le jour. Pire, pour lui le RIC « tue la démocratie parlementaire ». Peut-être que justement, les Français n’en veulent plus, de cette démocratie « parlementaire » ?

Dans la suite de l’interview, le président français poursuit son laïus : « Une dictature, c’est un régime où on ne change pas les dirigeants, jamais. Si la France c’est cela, essayez la dictature et vous verrez ! » Certes la France change régulièrement de dirigeants, les têtes se renouvellent, et alors ? A-t-on vu une différence de politique entre Sarkozy, Hollande ou Macron ? Le gouvernement actuel est d’ailleurs composé d’anciens membres des deux partis qui se sont partagés le pouvoir en France depuis 50 ans.

Une certaine notion du respect

Dans la suite de sa déclaration, le natif d’Amiens a ajouté « Il y a en démocratie un principe fondamental : le respect de l’autre, l’interdiction de la violence, la haine à combattre ». Cette citation, sans doute placardée dans tous les cantonnements de CRS, semble ainsi animer les forces de l’ordre… Dans cette vision sereine de la démocratie, on peut donc admirer le respect, l’interdiction de la violence (sauf pour les dangereux manifestants allongés par terre) et surtout la haine à combatte (à coup de LBD dans l’œil)…

« Une démocratie », continue Macron, « c’est un système politique où l’on choisit nos dirigeants. C’est un système politique où l’on choisit des représentants qui auront à voter librement les lois qui régissent la société. Cela a beaucoup d’exigence, cela veut dire que la liberté du peuple et sa souveraineté sont reconnues. Mais cela a une contrepartie, c’est que dans une démocratie, on a un devoir de respect à l’égard de ceux qui représentent et votent cette loi, parce que précisément, on a le pouvoir de les révoquer. »

Par cette déclaration, le président français perpétue une tradition et travestit le « gouvernement représentatif » en démocratie. Au contraire, comme l’explique Etienne Chouard, « élire c’est renoncer à voter (…) la démocratie serait des citoyens qui votent leurs lois ». Il faudrait ainsi rappeler au président que le mot démocratie vient du grec Demos Kratos, qui signifie « le pouvoir au peuple » et non pas « le pouvoir à ses dirigeants »… Mais pour cela, il faudrait rendre le pouvoir aux  « cyniques », « illettrés », « alcooliques », « fainéants », bref à « ceux qui ne sont rien ».

Une démarche peut-être un peu trop démocrate pour notre pourfendeur de haine…

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erka
6 mois il y a

Pas besoin d’y aller… nous y sommes !

Pierre Jean
6 mois il y a

Comme un simple petit citoyen de cette République Monarchique,