Ce mercredi 15 janvier, en pleine crise de la réforme des retraites, Emmanuel Macron présentait ses vœux à la presse. Comme souvent, il a une nouvelle fois créé la polémique en s’attaquant cette fois-ci aux réseaux sociaux et à la presse « non officielle ».
Alors qu’Emmanuel Macron avait fustigé la presse lors de l’affaire Benalla, en juillet 2018, déclarant qu’elle « ne cherchait plus la vérité », le chef de l’État semble avoir changé son fusil d’épaule lors de ses traditionnels vœux aux journalistes. Devant le petit Paris réuni, il a ainsi préféré tirer à boulets rouges sur les réseaux sociaux évoquant une liberté de la presse « bousculée par la pression, les effets de foules qui accompagnent les réseaux sociaux […] et une forme d’ordre moral qui accompagne notre époque ».
Le leader d’En Marche a aussi dénoncé « une forme de concurrence déloyale, non seulement des plateformes, mais de chaque citoyen qui devient un journaliste […] non réglementé ». Il a ainsi estimé que l’information était une « part de vérité » qui « revient » aux seuls journalistes, insistant sur le fait que « l’information est une affaire de professionnels ».
Après la mise en place de sa loi très controversée sur les fake news, Macron semble aujourd’hui vouloir légiférer sur les moyens d’informations alternatifs, assurant que « toutes les informations ne se valent pas, parce qu’elles n’ont pas toutes le statut d’information […] ce qui veut bien dire que quelque part, il faut réguler ou réglementer ».

Emmanuel Macron a insisté par la suite, affirmant que la profession de journaliste « repose sur une certaine idée de la vérité », une « certaine idée » qui repose probablement sur la vision du monde que partagent les dix milliardaires qui possèdent la quasi intégralité des médias français… Dans le même temps, l’ex-banquier de chez Rothschild a dénoncé « la multiplication […] de simili journalistiques » qu’il juge comme « une menace pour la démocratie », invitant les journalistes officiels à ne pas « laisser prospérer une forme de concurrence déloyale dans la vérité ». Il a ainsi encouragé le développement d’outils de vérifications d’informations et s’est félicité de leur partenariat avec certains réseaux sociaux comme Facebook, ajoutant que « Si chacun peut faire du journalisme, sans qu’on sache qui, comment, à quel moment, il n’y aura plus de journaliste de presse », mais « des citoyens cherchant à convaincre d’autres citoyens qu’ils ont une vérité ». N’est-ce pas le principe d’un débat démocratique ?
Ce discours a aussi été une occasion pour revenir sur le traitement médiatique du mouvement des Gilets Jaunes. Le chef de l’État a ainsi souligné que « nombre de concitoyens ont considéré que les journalistes étaient devenus des ennemis […] parce qu’ils ne disaient pas une vérité qui étaient la leur ». Il est vrai que les médias avaient pourtant fait preuve d’une grande objectivité durant ces événements… À l’image du journaliste le plus neutre de France, Yves Calvi.
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L’ancien ministre de François Hollande n’a d’ailleurs pas manqué de féliciter les collègues d’Yves Calvi, avançant « qu’ils empêchent que les seules passions s’empare de l’espace public et que le peuple se réduise à l’état de foule ».
Enfin, Emmanuel Macron n’a pas hésité à en remettre une couche contre les fake news. Il a ainsi déclaré être « confronté à une lutte contre les fausses informations ». Pensait-il à son ministre de l’intérieur, Christophe Castaner, qui affirmait n’avoir « jamais vu de violences policières », ou à sa porte parole Sibeht Ndiaye, qui déclarait « j’assume parfaitement de mentir pour protéger le président » ? Le natif d’Amiens a enfoncé le clou en dénonçant des « élections manipulées, de manière établies, par des attaques sur les réseaux sociaux et des détournements informations ». Heureusement, pendant ce temps, les médias traditionnels, eux, travaillent dans une impartialité totale et n’ont aucunement influencé l’élection présidentielle française de 2017.

« La défense du pluralisme va avec la démocratie » a tout de même conclu Emmanuel Macron. Sans doute n’a-t-il simplement pas la même définition du pluralisme et de la démocratie que son « peuple réduit à l’état de foule ». Que restera-t-il du pluralisme lorsque la totalité des médias indépendants auront été fichés comme diffuseurs de fake news ? Que restera-t-il du pluralisme lorsque nos concitoyens seront sommés de choisir entre BFM et France Inter ?
Censure, démonétisation, suppression de page Facebook, shadow banning, l’avenir des médias indépendants, et non estampillés « officiels » par les autorités, semble de plus en plus compromis.
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