Le conflit se durcit entre Turcs et Syriens et touche l’Europe : près de 15.000 migrants à la frontière grecque


Le risque d'escalade est réel


La situation ne cesse de se tendre depuis une quinzaine de jours entre les régimes turcs et syriens. Jeudi dernier, une frappe aérienne syrienne a fait 33 morts dans les rangs des soldats turcs. La réplique ne s’est pas faite attendre. La communauté internationale appelle au calme, mais le risque d’escalade, et d’une confrontation militaire internationale majeure sont réels selon l’Union Européenne. 

Au moins 33 soldats turcs ont été tués jeudi dans la province d’Idleb dans des raids attribués au régime syrien de Bashar al-Assad par Ankara. En vertu d’un accord de désescalade conclu en 2018 entre Moscou et Ankara, la Turquie dispose de douze postes d’observation dans la province d’Idleb en Syrie. Signe que la situation risque d’empirer, les turcs ont riposté quelques heures plus tard en bombardant des positions de Damas, faisant craindre une escalade et un nouveau désastre humanitaire. Seize soldats de l’armée syrienne ont été tués dans ces représailles, selon l’Observatoire syrien des droits de l’Homme (OSDH). Damas n’a pas commenté pour l’heure l’escalade avec Ankara dans cette province du nord-ouest de la Syrie, ni fourni de bilan.

La présidence d’Erdogan a annoncé à cette occasion que : « toutes les positions connues du régime (syrien) ont été prises sous le feu de nos unités terrestres et aériennes. » Le directeur de la communication, Fahrettin Altun, a diffusé un communiqué officiel. « Nos valeureux soldats se sont vengés », s’est-il réjoui. Le responsable turc a par ailleurs exhorté la communauté internationale, y compris la Russie et l’Iran, parrains de Damas, à « prendre leurs responsabilités pour faire cesser les crimes contre l’humanité que commet le régime. » 

Moscou envoie deux navires de guerre en Méditerranée

Alors que la tension autour d’Idleb est à son comble, Moscou a annoncé vendredi l’envoi de deux frégates en Méditerranée. Les frégates Amiral Grigorovitch et Makarov ont ainsi quitté leur port de Sébastopol en Crimée et commencé dès vendredi à traverser le détroit du Bosphore, a déclaré un porte-parole de la flotte russe de la mer Noire, Alexeï Roulev. Les deux navires, équipés de missiles de croisière,  « effectuent une traversée planifiée de Sébastopol vers la haute mer où elles intégreront le groupe permanent de la Marine en Méditerranée », a précisé ce porte-parole. Ce dernier s’est néanmoins gardé de divulguer dans quelle zone précise les frégates se rendent.

Suite à l’attaque syrienne précédemment évoquée, la Russie a accusé les soldats turcs d’avoir été parmi des « unités combattantes de groupes terroristes » (groupes d’opposants au régime syrien), assurant qu’elles « n’auraient pas dû s’y trouver ». Une version rejetée par la Turquie. Ces incidents affaiblissent encore les accords russo-turcs conclus ces dernières années qui étaient censés ramener la paix en Syrie.

Plus tard dans la journée de vendredi, le président russe Vladimir Poutine et son homologue turc Recep Tayyip Erdogan se sont entretenus par téléphone. Ce coup de fil a eu lieu à l’initiative d’Ankara, a précisé le chef de la diplomatie russe qui a présenté ses condoléances à la Turquie, assurant vouloir éviter que de « telles tragédies » se reproduisent et que Moscou « fait tout pour assurer la sécurité des soldats turcs » déployés en Syrie. Lors de cet échange téléphonique, Vladimir Poutine et Recep Tayyip Erdogan auraient convenu de mettre en place de nouvelles mesures visant à un apaisement des tensions en Syrie.

L’Union Européenne a exprimé quant à elle, sa vive inquiétude face au risque d’une confrontation militaire. « Il est urgent de mettre un terme à l’escalade actuelle. Il y a un risque de glissement vers une confrontation militaire internationale ouverte majeure », a déclaré le chef de la diplomatie de l’Union, Josep Borrell. Dans un message sur son compte Twitter, il écrit : « l’UE appelle toutes les parties à une désescalade rapide et regrette toutes les pertes de vies humaines. » Avant de conclure que « l’UE envisagera toutes les mesures nécessaires pour protéger ses intérêts en matière de sécurité. Nous sommes en contact avec tous les acteurs concernés ».

13.000 migrants affluent vers la frontière gréco-turque pour rejoindre l’Europe

Toujours dans la journée de vendredi, souhaitant sans doute faire pression sur l’Union Européenne pour que celle-ci se positionne, un haut responsable turc a déclaré que son pays n’empêcherait plus les migrants fuyant les guerres, qui essaient de se rendre en Europe de franchir la frontière. Cette menace intervient en l’absence d’un soutien de l’Union Européenne à l’opération militaire de représailles menée par la Turquie. Porte d’entrée vers l’Europe, la Grèce a aussitôt décidé de renforcer ses patrouilles à la frontière avec la Turquie après cette annonce.

Autre conséquence immédiate, le nombre de migrants affluant vers la frontière gréco-turque n’a cessé de grossir ces dernières heures. Selon l’Organisation internationale des migrations (OIM), hier, samedi 29 février 2020, ils sont au moins 13.000 à tenter de quitter la Turquie pour gagner l’Europe. « Le nombre de migrants venant d’Edirne (nord-ouest de la Turquie) pour traverser la frontière grossit au cours de la journée, à mesure que les voitures, taxis et bus arrivent à Istanbul », a constaté le chef de la mission turque de l’OIM, Lado Gvilava. Selon des journalistes de l’AFP présents sur place, au moins 2.000 migrants supplémentaires sont arrivés aujourd’hui, dimanche 1er mars, à la frontière grecque pour tenter de gagner l’Europe.

Plusieurs événements peu rassurants sont survenus ces dernières heures

Les événements du jour ne tendent pas à rassurer. Ces dernières heures, à la frontière entre la Grèce et la Turquie, la police et l’armée grecque auraient effectué des tirs de sommation face aux migrants, qui auraient répondu par des jets de pierres et de cocktails Molotov. La Grèce refuse pour le moment de les faire entrer. La Turquie a annoncé ce matin avoir lancé une nouvelle offensive militaire contre l’armée syrienne à Idleb, dans le nord-ouest de la Syrie. Elle a par ailleurs abattu deux avions syriens dans la province d’Idlib, rapporte l’agence de presse Sana qui précise que les deux pilotes se sont éjectés.

Le rédacteur en chef de Sputnik Turquie (média russe) a été interpellé à Ankara en fin de matinée. L’interpellation a également été annoncée sur Twitter par la rédactrice en chef globale du groupe RT, Margarita Simonian. Dans un communiqué publié  en milieu de journée, le département de l’information et de la presse du ministère russe des Affaires étrangères a condamné l’agression, en Turquie, de journalistes travaillant pour l’agence de presse russe Sputnik. Plusieurs événements qui ne rassurent pas, et laissent présager, malheureusement, la poursuite des tensions dans cette région du monde, dont nous ne manquerons pas de suivre les évolutions.

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