« Si l’UE ne se met pas d’accord, le projet européen est terminé ! »

Auteur :

La presse italienne est vent debout contre l’Union Européenne (UE), qui tarde à aider concrètement le pays le plus touché par le covid-19. La décision des 27 pays membres de reporter l’examen de mesures fortes et majeures pour lutter contre la crise sanitaire, économique et sociale qui touche l’Europe et particulièrement l’Italie, provoque une vague d’indignation chez nos voisins de la botte. Pour une grande partie de la presse locale, le Coronavirus pourrait sonner la fin de l’UE. 

Réunis en visioconférence ce jeudi 26 mars 2020, les 27 pays membres de l’UE n’ont pas réussi à se mettre d’accord sur des mesures communes, fortes et d’urgence visant à apporter un soutien aux nations les plus touchées par la terrible épidémie de coronavirus. L’Italie est actuellement de loin le pays le plus touché d’Europe voire du monde, avec plus de 10.000 décès liés à ce virus au moment où nous écrivons ces lignes (pour environ 30.000 morts dans le monde).

Lors du sommet, Giuseppe Conte, le Premier Ministre italien, visiblement agacé par le manque de soutien de ses partenaires européens, est allé jusqu’à menacer de refuser de signer la déclaration commune si les autres pays de l’UE n’adoptaient pas des mesures fortes et immédiates.  « Des instruments financiers innovants et réellement adéquats pour une guerre que nous devons mener ensemble » a-t-il déclaré. Si le sommet n’a pas permis aux 27 de trancher, ceux-ci se sont néanmoins mis d’accord pour « présenter des propositions dans un délai de deux semaines ». Une proposition intenable et insultante pour les italiens.

Le quotidien Corriere della Sera, journal le plus lu du pays et pourtant pro-européen, a très mal pris cette décision et se montre aujourd’hui très catégorique sur l’avenir de l’Union, plus que jamais fragilisée par la crise du coronavirus. Pour le journal, « Si l’UE ne se met pas d’accord, le projet européen est terminé » !

Le Premier Ministre italien, Giuseppe Conte, a demandé à plusieurs reprises à l’Union Européenne de faire tout son possible pour aider son pays. Avec notamment l’aide de la France, ces pays proposent la création de « coronabonds » qui mutualiseraient la dette des États membres. Ils jugent que les états d’Europe vont avoir besoin d’investissements massifs dans les prochains mois  pour lutter contre la crise sanitaire et relancer l’économie. Une voie qui risque de faire exploser les dettes déjà énormes des pays, et qui va creuser les déficits budgétaires. L’Allemagne en premier lieu s’est opposée pour le moment à la création de ces coronabonds, avec plusieurs autres pays du nord.

« Nous avons dit, du côté allemand, mais aussi de la part d’autres participants, que ce n’était pas la conception de tous les États membres » [d’émettre ces emprunts européens communs pour soutenir l’économie], a déclaré la chancelière allemande Angela Merkel à l’issue du sommet. Angela Merkel a réaffirmé sa préférence pour le MES (ou Mécanisme européen de stabilité). Il s’agit d’un fonds de secours créé en 2012 lors de la crise de la dette, et doté d’une capacité de prêt de 410 milliards d’euros. Pas de quoi satisfaire le Corriere della Sera donc, qui parle d’accord « a minima ». Le quotidien fustige une « union qui ne fait pas la force ».

Il Fatto Quotidiano titre : « Conte dit à une Europe morte d’aller se faire foutre »

Un autre quotidien, Il Fatto Quotidiano, va plus loin encore avec une Une choc : « Conte dit à une Europe morte d’aller se faire foutre. » Même son de cloche du côté d’un troisième quotidien, lui aussi du pro-européen, La Repubblica, qui parle d’une « laide Europe ». Pour le quotidien financier Il Sole-24Ore, Bruxelles est « à un tournant ». Le journal cite notamment un diplomate qui estime que « quand on compte les morts, on ne compte pas les milliards ».

De nombreuses autres réactions en Italie pour critiquer la décision de l’UE

Le chef de la diplomatie italienne, Luigi Di Maio, s’est montré ferme avec Bruxelles dans un message sur Facebook : « Nous attendons de la part de nos partenaires européens de la loyauté, nous attendons que l’Europe fasse sa part, parce que les belles paroles, on ne sait pas quoi en faire. »

Même son de cloche du côté d’Antonio Tajani, l’ancien président du Parlement européen. Membre du parti Forza Italia, il a qualifié l’Europe de « lâche » et a prédit qu’elle serait « emportée par le coronavirus ». « Pendant que l’on meurt et que l’économie s’effondre, les décisions sont renvoyées à dans deux semaines. L’égoïsme masochiste des tenants de la rigueur est myope et dangereux pour tous » a-t-il également tempêté.

Enfin, sur la chaîne Rete4, le gouverneur de la Vénétie (région du nord-est particulièrement touchée par l’épidémie), Luca Zaia, s’est montré lui aussi très critique envers Bruxelles : « Une fois de plus, l’Europe démontre son absence, il n’y a pas de stratégie. » Nul doute que cette crise laissera des traces dans les futures relations entre la botte et Bruxelles.

Une fracture irrémédiable entre les pays du Nord et du sud de l’Europe ?

En France, Éric Maurice, de la Fondation Robert Schuman, a confié son analyse de la situation à l’AFP. « Le sommet d’hier [du 26 mars NDLR] a recréé l’image des deux camps en Europe, le Nord contre le Sud » a-t-il précisé.

Cette opposition entre des pays du nord de l’Europe aux finances saines et des pays du sud davantage en difficulté n’est pas nouvelle. Elle avait déjà éclaté au grand jour lors de la crise grecque ou celle de la dette en 2012 estime Éric Maurice :« En temps de crise, la solidarité est difficile à mettre en place. […] Est-ce que l’Allemagne, les Pays-Bas, l’Autriche ou la Finlande sont sur une ligne: “On va réfléchir concrètement à ce qui est possible car il faut être efficace sur le moyen et long terme”. Ou sont-ils dans un refus de principe? », s’interroge-t-il.

Devant le manque de soutien de ses partenaires européens, Rome s’est tourné vers le monde et a demandé de l’aide à plusieurs pays dont certains ne sont pas en bons termes avec Bruxelles. La Russie, Cuba ou encore la Chine ont envoyé médecins et matériel dans la péninsule, afin d’aider à lutter contre la propagation du virus. De véritables marques de solidarité, dont l’UE n’a pas su (encore ?) faire preuve. La situation italienne (et bientôt française au vue de la propagation du virus dans notre pays ?) amène une question principale et centrale : l’Union Européenne survivra-t-elle au coronavirus ?

Le Média pour Tous

Vous êtes les garants
de notre indépendance

SOUTENEZ-NOUS
Partagez l'info

Cher visiteur, les commentaires sont soumis à modération. Veuillez éviter les commentaires injurieux, appelant à la violence ou à la haine. Ils ne seront pas diffusés sur le site.

Par ailleurs, les commentaires n'engagent que leurs auteurs et en aucun cas le Média pour Tous.

S’abonner
Notifier de