Vraie ou fausse bonne idée ?


Son utilisation massive pendant le confinement a relancé le débat sur le télétravail. Quels sont les arguments pour ou contre ?

D’après un sondage, près de 76% des Français interrogés seraient favorables à un plus grand développement du télétravail en France. Il faut dire que ce mode de fonctionnement est loin d’être la norme dans l’hexagone. En effet, alors que la moyenne européenne se situe aux alentours de 20% de télétravailleurs et que le chiffre grimpe même jusqu’à 35% dans certains pays du nord, la France compterait à peine 8,4% de télétravailleurs.

POUR – Plus de temps pour soi et sa famille

Pour beaucoup, le télétravail est synonyme de liberté. Affranchis du temps de transport et disposant d’une gestion de leur temps plus personnel, leurs adeptes débloquent ainsi de nombreuses heures. Si l’on prend le cas d’un salarié passant 1h30 chaque jour travaillé dans les transports, on peut arriver jusqu’à 322h perdues sur la route par an. Soit plus de treize jours chaque année. Sur une carrière entière, ce chiffre représente même près d’un an et demi dans les transports uniquement pour se rendre au travail… Une perte de temps considérable rognée sur la vie de famille ou les loisirs personnels.

CONTRE – Le risque d’isolement social

Si le télétravail permet donc de retrouver une vie de famille, il peut en revanche provoquer chez certains un sentiment d’isolement social. Pour beaucoup de Français, le lieu de travail représente en effet une grande partie des interactions sociales. Ce manque pourrait même conduire à l’ennui et couper le sentiment d’appartenance à l’entreprise. Beaucoup de télétravailleurs ont d’ailleurs choisi d’exercer dans un espace de cotravail afin de combattre la solitude.

POUR – Une épargne financière importante

Il faut également prendre en compte le fait que les heures perdues à se rendre au travail ne sont pas rémunérées. Pire elles coûtent même de l’argent ! Un Français dépense ainsi en moyenne 204€ par mois pour se déplacer. Même si ce coût ne dépend pas à 100% du travail, celui-ci en représente tout de même la majorité. Le télétravail permettrait donc une épargne financière importante, notamment sur les frais d’essence. Il représenterait également une économie substantielle pour les entreprises qui pourraient se contenter de locaux moins grands, voire même se dématérialiser complètement.

CONTRE – Un nouveau privilège de classe ?

Pour bon nombre de métiers, la question du télétravail ne se pose même pas. En effet, il est impossible à mettre en place, ni pour l’éboueur, l’ouvrière, le commis de cuisine ou encore la femme de ménage. Au contraire, il semble majoritairement applicable à des emplois de bureaux, souvent mieux payés que les jobs de terrain. Le télétravail ne risque-t-il pas d’être perçu comme un privilège et de devenir un nouveau motif de fracture sociale dans la population ?

POUR – Faire revivre les campagnes

On le sait au cours du dernier siècle, l’exode rural a été massif. De nombreux ruraux ont ainsi quitté les campagnes pour trouver du travail en ville. Depuis 1999, la tendance a tout de même commencé à s’inverser. Le télétravail pourrait lui aussi largement contribuer à faire revivre les campagnes. De plus en plus de citadins y prennent d’ailleurs goût. Un cadre sur deux affirme en effet qu’il se mettrait au vert si l’on généralisait le télétravail.

POUR – Des bénéfices environnementaux

Même si le télétravail n’est bien sûr pas une solution miracle pour sauver la planète, il contribuerait néanmoins à réduire les émissions de gaz à effet de serre d’une part et il permettrait également d’améliorer la qualité de l’air. À l’heure actuelle, près de 70% des travailleurs utilisent une voiture dans le cadre de leur emploi. On a d’ailleurs pu constater une augmentation de la qualité de l’air durant le confinement.

CONTRE – Un prétexte à la délocalisation ?

Dernièrement, une note du Groupe d’étude géopolitique relève un possible risque du télétravail, celui de la délocalisation. En effet, pour certains employeurs, embaucher à distance dans des pays étrangers pourrait représenter une aubaine. En théorie, jusqu’à 40% de d’emplois qualifiés pourraient être délocalisés de cette manière. De manière plus réaliste, en prenant en compte le risque de baisse de productivité et d’innovation, le chiffre de 10% parait plus raisonnable.

Le télétravail, une marque de confiance

Si le télétravail a tant de mal à percer, c’est aussi sans doute une question de confiance. En effet, celui-ci offre beaucoup plus d’autonomie aux salariés et l’employeur a moins la possibilité de surveiller son travail. La gestion de son temps par l’employé peut aussi devenir problématique pour certains patrons. Beaucoup ont du mal à supporter qu’un salarié finisse en 3h un travail pour lequel il est payé 5h… Fondamentalement, accorder le télétravail à un employé est donc une immense marque de confiance. Un pas que beaucoup ne sont pas encore prêts à franchir. On a ainsi vu Geoffroy Roux de Bézieux, patron du medef, réclamer un retour au travail. Décriant le télétravail, il a notamment pointé du doigt les « problèmes de management » posés par ce fonctionnement.

LIRE AUSSI > Des voix s’élèvent pour les 32h par semaine

Au-delà de ce que l’on pense du télétravail, le débat remet également une autre question sur la table : celle du partage du travail et de la même façon des richesses. Et sur ce plan, il y a encore du boulot…

Le Média pour Tous

Vous êtes les garants
de notre indépendance

SOUTENEZ-NOUS
Partagez l'info

Cher visiteur, les commentaires sont soumis à modération. Veuillez éviter les commentaires injurieux, appelant à la violence ou à la haine. Ils ne seront pas diffusés sur le site.

Par ailleurs, les commentaires n'engagent que leurs auteurs et en aucun cas le Média pour Tous.

S’abonner
Notifier de
2 Commentaires
plus ancien
plus récent Le plus populaire
Inline Feedbacks
View all comments
théron simone-laure
2 mois il y a

Le télétravail c’est formidable, extra, génial…C’est le bonheur, surtout si on habite la campagne…
Le télétravail représente pour moi un privilège, mais les autres, ceux qui ne peuvent pas faire du télétravail doivent être récompensés et doivent avoir une prime chaque mois, car ils dépensent plus en carburant, véhicule, sans parler du temps perdu dans le transport… Affaire à suivre…

Banicet
2 mois il y a

Je pense que le télétravail va effectivement s installer massivement dans le paysage et changer le mode de vie :
-des salariés qui deviendront peut être plutôt des prestataires indépendants multi employeurs ce qui ne sera pas forcément une libération,
-des employeurs qui pourront faire d immenses économies et se décharger socialement de beaucoup de charges et Contraintes tout en étant plus exigeant !
..vigilance !