Christophe, arboriculteur menacé de liquidation judiciaire à cause de pesticides qu’il n’a pas utilisés

Cela fait 30 ans que Christophe a planté son verger, et 18 qu’il est passé en bio. Mais depuis trois ans il enregistre des pertes de production immenses et soupçonne les pesticides épandus par son voisin.

 

Christophe, arboriculteur bio, va-t-il être obligé de déposer le bilan à cause de pesticides qu’il n’a pas utilisés ? Installé depuis 30 ans dans le sud de l’Ille-et-Vilaine, au cœur d’un verger d’une trentaine d’hectares, il enchaîne depuis quelque temps des récoltes catastrophiques sans trop savoir pourquoi. Jusqu’à ce que des soupçons pointent à l’encontre d’herbicides utilisés sur des cultures de maïs voisines. Il espère que les juges en charge de son dossier devant le tribunal d’instance prêteront attention à cette piste lors de la prochaine audience, ce lundi 8 janvier 2024.

Une floraison magnifique, à terre en quelques jours

Au printemps 2023, le temps était humide et froid, mais la floraison était belle dans les pommiers de Christophe. Arpentant les allées de son verger, il a alors le sourire aux lèvres. Et se dit que, cette année, la récolte sera abondante. « Cela m’a mis du baume au cœur, dit-il dans un sourire, parce que depuis le mois de février, j’étais en redressement judiciaire. Je voyais là une chance de pouvoir m’en sortir. » Mais quelques jours plus tard, aux alentours du 1er mai, toutes les fleurs – ou presque – sont à terre. Christophe se demande ce qui s’est passé. Et puis, pris par d’autres soucis, il laisse filer.

Le décrochage de rendement, constaté dès le mois de juin, se confirme au moment de ramasser les pommes, à la mi-septembre. « Je savais que je ne ferais pas la récolte du siècle, mais là, je n’ai quasiment rien ramassé. Seuls quelques arbres, situés en bordure de parcelle, sous les chênes, ont produit un peu. » C’est d’autant plus étonnant que 2023 était censée être « une année haute », c’est-à-dire promise à un bon rendement. Les pommiers, comme de nombreux autres fruitiers, produisent en dents de scie, une année sur deux, avec une régularité de métronome. « La production de 2023 aurait dû être conséquente et à la hauteur du niveau de floraison, globalement comme d’autres vergers en Bretagne », estime un spécialiste qui suit le dossier de Christophe.

Maudissant sa malchance, et ne comprenant pas ce qu’il a mal fait, Christophe se dit que les abeilles ont peut-être été feignantes. « Quand il pleut, elles ne sortent pas beaucoup et ne peuvent pas assurer la pollinisation sans laquelle on ne peut pas avoir de fruits », soupire-t-il en balayant du regard son bureau encombré de dossiers. Pour l’arboriculteur, le coup est rude. Car depuis une perte record de récolte en 2020, où il n’a ramassé que 50 tonnes de pommes sans comprendre non plus pourquoi, il galère. « 2021 a été passable et en 2022, j’ai sauvé les meubles. Mais les tonnages récoltés restent trop faibles pour redresser la barre. »

 

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