Capitale martyre d'un pays à genou

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Mardi 4 août, deux énormes explosions ont eu lieu dans le port de Beyrouth, la capitale du Liban, provoquant plus de 100 morts et 4.000 blessés selon la Croix-Rouge libanaise. Les explosions, accompagnées d’un incendie, sont parties d’un entrepôt stockant plusieurs milliers de tonnes de nitrate d’ammonium.

Une ville brisée

Mardi, aux alentours de 18 heures (heure locale), une première explosion a retenti dans le quartier du port, dans le centre-ville de Beyrouth, déclenchant alors un incendie. Quelques minutes plus tard, à 18h07, une seconde explosion – beaucoup plus puissante – survint et provoqua d’immenses dégâts sur plusieurs kilomètres à la ronde. Selon la Croix-Rouge libanaise, plus de 100 morts et 4.000 blessés sont à déplorer pour le moment. Un triste bilan qui ne devrait que s’alourdir davantage dans les prochaines heures. Le souffle provoqué par l’explosion aurait également été ressenti jusqu’à l’île de Chypre, pourtant située à plus de 200 km du Liban. D’autre part, l’institut américain de géophysique basé en Virginie a enregistré l’explosion comme un séisme de magnitude 3,3 sur l’échelle de Richter.

Le nitrate d’ammonium en cause

Ces terribles déflagrations sont survenues depuis un entrepôt stockant massivement du nitrate d’ammonium : 2.750 tonnes y étaient en effet entreposées. Le nitrate d’ammonium est un engrais azoté généralement utilisé dans le milieu agricole, qui dispose cependant d’un potentiel explosif dangereux. En effet, une fois chauffée à plus de 200 degrés, cette substance, initialement sous forme de granulés, se transforme en différents gaz pouvant provoquer une puissante onde de choc accompagnée d’un colossal effet de souffle. Ce véritable drame n’est pas sans rappeler la catastrophe de l’usine AZF à Toulouse, qui provoqua la mort de 31 personnes le 21 septembre 2001, après l’explosion de 300 tonnes de nitrate d’ammonium. Soit près de dix fois moins que l’explosion survenue dans la capitale libanaise.

Des dégâts considérables

Au-delà des pertes humaines encore sous-évaluées, une partie importante de la ville a été détruite, voire rasée. Le port, point de départ de la catastrophe, a été gravement touché par l’explosion. De nombreux bâtiments se sont retrouvés éventrés, désarticulés, détruits. Les flux et transactions maritimes entre le Proche-Orient et le monde entier transitaient par ce port. Sa destruction est un véritable désastre pour le pays du Cèdre, qui importe 80% de son alimentation dont 60% par le biais de ce port. En effet, des pénuries sont à craindre, notamment de farines après la destruction des silos à grains portuaires qui pouvaient contenir jusqu’à 120.000 tonnes de céréales. De nombreux incendies se sont également déclarés après les explosions, monopolisant ainsi les secours déjà submergés par des milliers de blessés et peinant à progresser à travers les rues jonchées de gravats. Selon le gouverneur de Beyrouth Marwan Abboud, les dégâts causés dans la capitale pourraient atteindre plus de 3 milliards de dollars, 300.000 personnes ont perdu leur domicile : « près de la moitié de Beyrouth est détruite ou endommagée », a-t-il ajouté. Devant la télévision libanaise, le gouverneur a déclaré : « c’est une catastrophe nationale. C’est un désastre pour le Liban. […] Nous devons rester forts et courageux, mais notre peuple a traversé tellement de choses », avant de s’effondrer en larmes face à une telle tragédie.

Les hôpitaux pris d’assaut

Déjà confrontés à la crise du Covid19, les hôpitaux de la capitale libanaise doivent désormais faire face à l’arrivée massive de personnes blessées suite aux dégâts provoqués par les explosions. De surcroît, de nombreuses structures hospitalières ont été évacuées, endommagées ou détruites par les déflagrations, restreignant alors les capacités de soins pour des milliers de victimes. Le premier ministre libanais, Hassan Diab, a déclaré lors d’une visite d’un hôpital que « c’est une catastrophe dans tous les sens du terme ». « Les hôpitaux de la capitale sont tous pleins de blessés », a-t-il souligné, appelant les Libanais à se rendre dans des établissements situés en banlieue. Le premier ministre a d’ailleurs décrété trois jours de deuil national à partir de ce mercredi.

Le monde au secours du Liban

La communauté internationale a décidé d’agir et de venir en aide à un Liban dévasté, déjà à genou et faisant face à de multiples crises économiques, sociales et sanitaires. Le premier ministre libanais a en effet lancé un « appel urgent à tous les pays amis et les pays frères », tandis que le président Michel Aoun a déclaré Beyrouth comme ville sinistrée et en état d’urgence. De nombreux pays comme la France, l’Allemagne, les États-Unis, la Russie, et même Israël – pourtant techniquement en guerre avec le Liban – ont déclaré vouloir apporter leur aide à Beyrouth. La France a ainsi donné son feu vert pour l’envoi de trois avions militaires en urgence, avec 55 personnes de la sécurité civile « spécialistes du sauvetage et du déblaiement », accompagnés de 15 tonnes de matériel. Une dizaine de médecins urgentistes sont également envoyés sur place afin de renforcer les hôpitaux de la capitale, alors que des militaires français de la Finul (mission de l’ONU au Liban) sont déjà intervenus hier soir.

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théron simone-laure
1 mois il y a

C est catastrophique. Les murs, les toitures, les bâtiments…seront reconstruits mais les femmes, les hommes, les enfants morts ou blessés vont endeuiller le pays pour longtemps…

dominique maillery
1 mois il y a

ÇA ME DONNE ENVIE DE PLEURER
LES HUMAINS SONT FOUS
PAR QUEL DÉMON SONT ILS POSSÉDÉS ?

Marco
1 mois i