« Baisse » du chômage : comment le gouvernement truque les chiffres

Depuis ce matin, de nombreux médias semblent s’enthousiasmer sur la baisse du chômage en France. Mais en creusant un peu plus, on s’aperçoit que la réalité du marché de l’emploi est bien plus sombre que ce que l’on pourrait croire.

La petite musique de la baisse du chômage résonne partout aujourd’hui dans les médias de nos chers milliardaires. Le Parisien s’extasie ainsi sur « une baisse record », Le Point se demande lui s’il « faut remercier Emmanuel Macron », et LCI est certain que « le chômage a fortement baissé en 2019. » Mais que se cache-t-il vraiment derrière cette communication miraculeuse ?

Parmi les chômeurs, ces annonces n’ont pas manqué de faire réagir. Ce sont notamment les conditions répressives mises en place par le gouvernement, par le biais de Pôle Emploi, qui sont mises en cause. Depuis plusieurs années, tout est ainsi fait pour radier les chômeurs et faire baisser artificiellement les chiffres du chômage. Relayé par le média indépendant bastamag, un conseillère Pôle Emploi  confie ainsi qu’en dix ans de métier elle « n’a jamais vu ça, un tel durcissement, aussi violent. » La réforme de l’assurance-chômage qui est entré en vigueur le 1er novembre dernier a d’ailleurs empiré les conditions d’accès à l’assurance chômage. Deuxième étape prévue pour le 1er avril ; 1,3 millions de personnes verront leurs droits réduits brutalement. Le gouvernement espère ainsi économiser 3,4 milliards d’euros d’ici 2021, une nouvelle fois sur le dos des plus précaires.

Les conseillers sous pression

Parmi les conseillers Pôle Emploi, certains se sont insurgés d’avoir ainsi vu leur métier devenir une véritable officine de contrôle. L’un d’entre eux explique même à bastamag, qu’ils vont « avoir plus de pressions. Si un conseiller ne signale jamais aucun chômeur au service du contrôle, cela lui sera reproché lors de son entretien annuel, c’est évident. » Les radiations seront alors de plus en fréquentes. Pour rester inscrit à Pôle Emploi il faudra donc remplir de plus en plus de conditions. A partir du mois de juin, un autre outil pourrait être testé. « Il faudra que les gens justifient de 35 heures de recherche active. Certains contrôleurs ne vont pas faire de cadeaux. Ça va vraiment être très violent. Tout ça pour faire baisser les chiffres du chômage. » explique le conseiller.

Des offres illégales

En 2018, la CGT avait mené une étude sur plus de 1200 offres d’emplois. Résultats : « Entre 50 et 60% des offres de pôle emploi étaient illégales »  explique  Pierre Garnodier, secrétaire CGT du comité privés d’emplois et précaires. Pire, pour les offres qui venaient des plateformes privées, ce chiffre grimpait jusqu’à 75%.

Pôle emploi n’est plus là pour aider les gens, mais pour les contrôler

Le syndicaliste poursuit en expliquant qu’aujourd’hui on a retiré à pôle emploi « des missions de services publics, notamment celle de l’accompagnement et de l’insertion professionnel, au profit de missions qui sont plus de l’ordre du contrôle. » Il pointe ainsi du doigt l’un des décrets du gouvernement Macron qui durcissait les conditions de vie des chômeurs. Depuis, un millier d’agents pôle emploi qui étaient chargés de l’accompagnement ont été transférés vers des missions uniquement de contrôle.

Il suffit de traverser la rue… ou pas

Les études récentes de la CGT montrent aussi que de nombreuses offres ne correspondent absolument pas à leur réalité concrète. « Les mensonges qu’il y a autour des offres d’emplois et du nombre d’emplois disponibles vont permettre à Muriel Penicaud de dire « aujourd’hui en France, il y a 7 millions d’emplois, il suffit de traverser la rue » et de justifier une politique répressive contre les chômeurs… » insiste Pierre Garnodier. Une situation aggravée depuis que le privé a pris les choses en mains en 2015.

Et la précarité dans tout ça ?

Même si le chômage semble effectivement baisser, est-ce pour autant significatif sur les conditions du marché du travail français ? Tout semble indiquer le contraire. La France est en effet toujours parmi les pays avec le plus haut taux de chômage en Europe. Par ailleurs, il faut aussi prendre en compte une précarité croissante. 87% des embauches aujourd’hui se font en CDD, pire 70% des gens entrent dans une entreprise avec un CDD de moins d’un mois. Combien d’invisibles n’apparaissent pas dans les statistiques pour un contrat de un jour ? Combien ne sont même plus inscrits à Pôle Emploi par désespoir administratif ? Et que valent les chiffres du chômage face à ceux de la pauvreté ? Rappelons qu’aujourd’hui en France, 9,3 millions de gens vivent sous le seuil de pauvreté… Le Point se demande-t-il s’il faut également remercier Emmanuel Macron sur ce sujet ? Étrangement, non…

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