Depuis le 21 mai, le gouvernement a généralisé le pass culture, d’un montant de 300 euros, et à dépenser sous deux ans, dans le domaine culturel, à tous les nouveaux majeurs. Pour certains, cette nouveauté ressemble à une grossière manœuvre électorale à l’approche de 2022.
Ces dernières semaines, les grands médias n’ont pas manqué de s’extasier sur la généralisation du « pass culture », un dispositif censé amener des milliers de jeunes vers la culture. « C’est Noël avant l’heure » s’extasiait même RTL. Combien de témoignages de petits libraires a-t-on pu entendre se réjouir du retour des jeunes dans leur boutique pour y acheter des mangas ? À en croire certains médias, grâce au glorieux chef de l’État certains jeunes seraient même devenus par inadvertance des grands fans de Victor Hugo ou de Dostoïevski. Et pourquoi pas de fans de Macron ?
Macron à la conquête des jeunes
De plus en plus détesté à travers le pays, comme en témoignent l’épisode de la gifle et la colère sociale qui gronde en France, Emmanuel Macron est depuis quelques mois en opération reconquête. Pour ce faire, le chef de l’État compte sur les plus jeunes d’entre nous, sans doute plus influençables. On l’a ainsi vu faire le pitre avec des youtubeurs à l’Élysée, et maintenant tenter de séduire avec ce pass culture.
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Une promesse de campagne
Le pass culture était cependant l’une des promesses de campagne d’Emmanuel Macron. Passons sur le fait qu’il devait s’élever à 500€ et qu’il ne sera finalement que de 300. On se demande pourquoi avoir attendu aussi longtemps pour le mettre en place. Il n’avait pourtant fallu au chef de l’État que quelques semaines pour faire supprimer l’ISF. En réalité, cette mesure a tout d’un procédé cosmétique destiné à faire son auto-promotion juste avant les élections. Pire encore, selon certains observateurs, elle n’apportera pas grand chose au monde de la culture.
Un pass manga
En commission, à l’automne dernier, le député LFI Michel Larrive s’insurgeait : « La médiation culturelle ne peut se réduire à un simple catalogue d’activités ou de produits culturelles » En effet, selon lui, pour que les jeunes élargissent leur champ culturel, « un accompagnement et une médiation sont nécessaires au risque de voir s’amplifier les pratiques culturelles dominantes, au détriment d’une diversification ». Force est de constater que la réalité semble lui donner raison : les jeunes se sont précipités en masse sur des bandes dessinées japonaises, à tel point que certains ont déjà rebaptisé le pass culture en « pass manga ».
Marchandisation de la culture
Ici, la Macronie favorise donc une culture de masse, au profit de grandes entreprises. À l’inverse nos artistes indépendants et autres petits auteurs en difficultés sont une nouvelle fois délaissés. À titre d’exemple, à peine 4% des auteurs déclarés en France parviennent à vivre de leur plume. Pour la Macronie, la culture ne semble hélas qu’un objet de consommation comme les autres.
Abrutir la population
Il faut dire que l’accès à la culture est un premier pas vers l’émancipation intellectuelle. Un phénomène que les dirigeants néolibéraux ont tout intérêt à endiguer. En effet, une population inculte sera bien plus facile à contrôler, d’autant qu’elle se réfugie massivement dans l’abstention. Seulement à trop jouer à ce petit jeu, l’arme peut finir par se retourner contre vous, comme on a pu le voir aux Etats-Unis ou au Brésil avec Trump et Bolsonaro. Bientôt le même sort pour la France ?
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