[vc_row][vc_column][vc_column_text]Les résultats des élections européennes sont tombés : Le Rassemblement National, avec sa stratégie hasardeuse (et illusoire ?) « d’alliance populiste au sein de l’Union Européenne pour la réformer », devance d’une courte tête (23,3%) la liste ultra-européiste de la « Renaissance » (22,4%) portée à bout de bras par Emmanuel Macron. Mais cette « victoire » du parti de Marine Le Pen est en trompe l’oeil. Tout d’abord, le score du RN est inférieur à celui des élections de 2014, où le RN avait recueilli 24,86% des suffrages, ou plutôt, si l’on regarde les résultats en valeur absolue, l’écart qui le sépare des autres partis est bien moindre en 2019 qu’en 2014 (800.000 voix d’avance en 2014 face à l’UMP contre 200.000 voix d’avance en 2019 face à LREM). Ces résultats en réalité mitigés du RN expliquent les commentaires unanimes des médias :
La liste Loiseau, portée par le parti au pouvoir LREM a réalisé un “score honorable” qui montre que “la majorité présidentielle tient bon”, a estimé dimanche soir l’entourage d’Emmanuel Macron. Source RTL
Malgré la poussée des populistes, les partis pro-européens sont parvenus à contenir la percée des eurosceptiques lors d’un scrutin marqué par une forte participation et la progression des Verts. Source 20minutes
De surcroît, en plaçant ostensiblement le RN face à lui, Macron pense se ménager un second tour gagnant pour les présidentielles de 2022. C’est le cœur de sa stratégie : utiliser Marine Le Pen comme « meilleure ennemie » en prétendant faire barrage à la « menace fasciste » après l’avoir faite mousser médiatiquement. Mais au regard de l’effondrement (prévisible) de la liste LR (8,5% !), l’économiste Jacques Sapir souligne les limites de cette stratégie :
« (…) Emmanuel Macron a, assurément, limité les dégâts. Mais, son réservoir potentiel de voix s’est réduit. Ainsi, pour LREM, faire 22% des suffrages avec une liste LR à 15% n’est pas la même chose qu’avec une liste LR à 8,4%. Cela aura des conséquences sur les élections municipales à venir en 2020, car Les Républicains ne peuvent espérer remonter qu’en se situant désormais dans une opposition franche et assumée à Emmanuel Macron. Des listes communes apparaissent désormais moins probables au niveau municipal. Or, c’est à travers ces élections que se jouera, ou que se perdra, la capacité de LREM à s’enraciner localement, ce qui est la condition de sa pérennisation et donc de la capacité d’Emmanuel Macron à se représenter en 2022. »
Nuançons toutefois ce constat en précisant que la percée des listes ultra-européiste EELV (13,5%) et Envie d’Europe (6,2%) lors de ces européennes constitue une réserve de voix potentielle pour Emmanuel Macron, tout comme d’ailleurs une partie de la France Insoumise (au nom du « barrage au fascisme ») dont pourtant la débâcle à ces élections (6,3% !) devrait conduire Mélenchon à remettre en question sa stratégie de dernière minute « d’union de la gauche » et d’abandon de la ligne souverainiste qui avait en partie permis son bon score aux présidentielles de 2017.
Imperturbable, Macron, malgré la très sérieuse mise en garde que représente la crise des Gilets Jaunes, suit donc sa stratégie et engage la France pour encore peut-être 8 ans (s’il est réélu) dans la voie de l’ultra-libéralisme exigé par l’Union Européenne.
Des élections qui ne changeront rien
Car toutes ces considérations ne peuvent masquer un fait incontournable : ces élections européennes ne changeront rien, peu importe leur résultat et l’interprétation qu’en feront les uns et les autres, y compris nous. L’Union Européenne a été conçue pour être irréformable. C’est ce que s’évertuent à rappeler certains partis, comme l’UPR dont le résultat à ces européennes (1,2%) a été jugé « décevant » par son président Asselineau, tout en rappelant que ce score marquait un progès par rapport aux dernières élections (Source : vidéo de l’UPR). Réunies, les listes professant la sortie de la France de l’UE, de l’euro et de l’OTAN atteignent difficilement les 2% (UPR + les Patriotes) soit moins que le parti animaliste qui a obtenu 2,2% des suffrages sans faire campagne (hormis une affiche exhibant une tête de chien ou de chat, au choix) ! Notre reportage sur les élections européennes le montrait déjà : une infime partie du corps électoral semble consciente des enjeux pour la France de rester au sein de l’Union Européenne, de continuer à participer à cette pantomime de démocratie. L’immense majorité des électeurs semblent continuer à croire « qu’une autre Europe est possible », y compris dans les rangs du RN. Pendant encore combien de temps ?
Reste la question de l’abstention, cette masse énorme d’inscrits sur les listes électorales et qui ne votent pas. En nette baisse (49,88% contre 57,57% en 2014) ces quelques 23 millions de Français, par désintérêt de la politique ou par dégoût, ne participent pas à cette mascarade électorale et peut-être ont-ils raison. Cependant, leur mobilisation demeure la véritable variable décisive pour les élections futures : les européistes convaincus votent déjà (par « peur du fascisme », la peur a toujours été un puissant mobilisateur en politique), tandis que les déçus, les fatalistes ou les révoltés se comptent par millions dans le camp des abstentionnistes. Si au cours des prochaines années, un ample travail de réinformation ne suffit pas à les mobiliser massivement, alors ne restera plus pour résoudre les contradictions de la profonde crise en cours que la voie qu’ont commencé à emprunter les Gilets Jaunes : celle du rejet violent des « élections », de l’instauration par la force d’une démocratie authentique, en un mot, la voie de la Révolution.
La rédaction[/vc_column_text][/vc_column][/vc_row]